Le candidat gay du «Jeu de la Mort» revient sur «l'affaire Hondelatte»
EXCLUSIF. Durant l'enregistrement du débat prévu après ce vrai-faux jeu, Christophe Hondelatte aurait évoqué l'homosexualité de Jérôme contre son gré. La polémique enfle depuis une semaine. Pour TÊTU, Jérôme donne sa version des faits.

Mercredi dernier, France 2 créait l’événement en diffusant, en prime-time, Le Jeu de la mort (photo) faux jeu télévisé conçu par Christophe Nick d'après l’expérience Milgram. Objectif: montrer les dérives de la télé-réalité. Jérôme P., 30 ans, ouvertement gay, a participé à ce jeu fictif. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais le jour de la diffusion du programme, une énorme polémique éclate suite un article paru dans Libération sur les coulisses du débat qui a suivi l'émission. L'animateur du débat, Christophe Hondelatte, aurait évoqué l'homosexualité de Jérôme contre son gré.
Rappel des faits. Le matin de la diffusion du Jeu de la mort de Christophe Nick, Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine (qui est partenaire de l'émission de France 2), publie une tribune dans Libération dans laquelle il raconte un «incident violent» lors de l’enregistrement de ce débat, auquel il a participé. Christophe Hondelatte, l’animateur du débat, aurait dévoilé l’homosexualité «d’un candidat» venu raconter son expérience contre l’avis de celui-ci.
Bien qu’il ne soit pas nommé dans l’article, ce «candidat» n’est autre que Jérôme – il est le seul «candidat» venu débattre sur le plateau! S’en serait suivi un énorme malaise, et une altercation entre Lacroix et Hondelatte. Suite à l’article dans Libé, tout le monde se met à commenter cet outing et le coup de sang d’Hondelatte.
David Abiker et Jean-Marc Morandini, également présents au débat, donnent leurs versions des faits. Finalement, la séquence décrite par Alexandre Lacroix ne sera jamais diffusée à l’antenne et l’homosexualité de Jérôme révélée uniquement par… l’article de Libération! En exclusivité pour TÊTU, Jérôme raconte ce qui s'est passé. Il ne mâche pas ses mots.
INTERVIEW. Depuis mercredi dernier, tout le monde a donné sa version des faits concernant l'incident révélé par Libération, qui se serait produit lors du débat suivant le Jeu de la mort. On ne vous a pas entendu sur le sujet. Que s’est-il passé avec Christophe Hondelatte?
Jérôme P.: La plupart des choses qu'on a pu lire sont fausses. Voilà ce qui s’est passé. Au début, tout se déroule normalement. Hondelatte me pose des questions sur le jeu (Le Jeu de la mort), souligne que je travaille dans le social… C’est cette séquence qui a été diffusée sur France 2. Puis, sans aucune transition, il lance: "Je crois qu’on peut le dire: vous êtes homosexuel". Ça a été très direct, très violent. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Je ne savais pas quoi répondre.
Beaucoup de choses se sont bousculées dans la tête. J’ai pensé à mon copain, ma famille… Tout n’est pas forcément facile vis-à-vis d’eux. Et je me suis dit que le débat n’était pas centré là-dessus, donc je ne voyais pas l’utilité d’en parler. Alors la première chose que j’ai dite c’est: "ça fait partie du privé, je n’ai pas envie de répondre à cette question".
Hondelatte m’a alors dit quelque chose du genre: "Pas de problème, je comprends. Ça sera coupé au montage". Il n’a pas insisté. Le débat s’est poursuivi, et quand le rédacteur en chef de Philosophie Magazine (Alexandre Lacroix) a pris la parole, il a commencé à s'en prendre violemment à Hondelatte en lui disant qu’il se mettait dans la position du bourreau. Là, le ton est monté, Hondelatte a eu un coup de sang…
J'ai alors dit: «Attendez, je suis peut-être le premier concerné dans cette histoire, j’ai peut-être aussi droit à la parole. Le sujet du débat, c’est la télé, pas l’homosexualité de quelqu’un. Voilà, je ne veux plus en parler.» Après, le débat a repris.
Ce n’est pas vraiment la scène décrite par Alexandre Lacroix dans sa tribune de Libération. Il raconte une scène violente où Hondelatte cherche à vous faire dire que vous êtes homo avant de le dire pour vous…
A mon avis, Lacroix a cherché à régler ses comptes avec Christophe Hondelatte dans cette affaire. Hondelatte a manqué de tact c'est sûr. Il a été très maladroit. A mon avis, il voulait que j'évoque mon homosexualité pour dire que j’avais dû me battre dans ma vie et faire un parallèle avec le jeu où j'ai accepté d'être soumis. Peut-être que si il m'avait posé la question différemment, j’aurais parlé de mon homosexualité. Je n'avais pas besoin de faire mon coming out, je ne me cache pas.
En tout cas, il n'y aurait jamais eu de polémique sans la tribune d’Alexandre Lacroix dans Libération. J’ai d’ailleurs transmis au journal un droit de réponse (finalement Libération devrait publier prochainement une interview de Jérôme). J'avais demandé à Lacroix qu'il ne publie pas son article…
Comment ça?
Suite au débat avec Hondelatte, Lacroix m’a contacté. Il m'a expliqué qu'il voulait réagir avec un article. Il m’a dit "je vous l’envoie et vous me dites ce que vous en pensez". Il m’a effectivement envoyé son article. Je lui répondu qu’en l’état je ne voulais pas que cela soit publié. Ensuite, Alexandre Lacroix m’a relancé à deux reprises. Chaque fois, je lui ai répondu que je ne voulais pas qu’il publie un article. Finalement, il a publié sa tribune dans Libé en son âme et conscience. Il n'a pas mentionné mon nom, mais cette prudence ne servait à rien. Nous n'étions que deux participants invités aux débat. J’étais le seul garçon et mon nom a été signalé à l'antenne! Ensuite, tous les médias se sont engouffrés…
David Abiker et Jean-Marc Morandini, qui étaient présents à ce débat, ont écrit sur leurs blogs que vous aviez donné votre accord à l’équipe de Hondelatte pour évoquer votre vie privée et votre homosexualité durant l'émission…
Cela ne s’est pas passé exactement comme ils ont pu l’écrire ou le dire. En effet, quelques jours avant l’enregistrement du débat avec Hondelatte, j’ai eu un entretien avec l’une de ses assistantes. Elle m’a expliqué que c’était en vue de préparer le débat, de préparer les questions. On en est venu à parler de beaucoup de choses, de ma vie, de ma famille. Et je lui ai dit que j’étais ouvertement gay. Mais à aucun moment, elle ne m’a dit que tout ce qui avait évoqué entre nous allait être utilisé.
Regrettez-vous d’avoir participé au Jeu de la mort?
Non, pas du tout. Ça a été une aventure humaine formidable. Tout s'est bien passé avec la production. J’ai fait de belles rencontres. J'ai même gardé contact avec plusieurs participants du Jeu de la mort. Et puis, ça a pas mal changé mon point de vue sur la télévision. Je ne le regarde plus comme avant. Par contre, depuis la diffusion de l'émission, mercredi dernier, sur France 2, des inconnus ont retrouvé mon nom et m’ont contacté sur internet. J'ai reçu des messages pas très sympathiques…
Dans toute cette histoire, j’ai le sentiment d'avoir servi de prétexte à une guéguerre entre Lacroix et Hondelatte. Et c'est dommage. J'aurais préféré qu'on insiste sur le débat lancé par le documentaire de Christophe Nick. On est allés à trois mille lieues du centre du débat.
VENDREDI 26 MARS 2010. Suite à la parution de cet article, Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, a tenu à apporter les précisions suivantes:
«Il est exact que, Jérôme et moi, nous avons eu des échanges le mardi 16 mars, soit la veille de la parution de ma tribune dans Libération, par mail et téléphone. De ces échanges, il ressortait deux choses. Jérôme était "très transparent sur son homosexualité", son entourage était au courant, et la publication de ma tribune ne le gênait pas pour cette raison. Au téléphone, Jérôme m'a donc d'abord donné son accord pour publier le texte. Après l'avoir lu, il m'a répondu toutefois qu'il n'aimait pas mon texte.
Son argument: ma tribune allait créer une polémique entre Hondelatte et moi et empêcher le vrai débat autour du "Jeu de la mort" d'avoir lieu. Pour cela, il préférait que je ne la publie pas. Mais dans le même mail, il disait aussi: "après, vous en ferez tout de même ce que vous souhaitez, puisque vous étiez là".
Par ailleurs, il me faut préciser mes intentions. Primo, je ne cherche nullement à régler son compte à Christophe Hondelatte (n'ayant pas la télévision, je ne connaissais même pas son visage avant le débat, ni ses émissions). Secundo, sur le plateau, après avoir assisté à une violation de vie privée, j'ai été agressé, j'ai subi une tentative d'intimidation et il me semblait normal de le faire savoir, pour que de telles pratiques ne se reproduisent pas. Tertio, tout ceci confirme l'expérience du Jeu de la mort de Christophe Nick: le pouvoir du présentateur sur le plateau est excessif.
Enfin, la version donnée par Jérôme est fausse sur un point et un seul, mais il est important (mais pourquoi ne sortent-ils pas les bandes?): Christophe Hondelatte n'a pas dit que l'échange sur l'homosexualité serait coupé au montage avant mon intervention.»
Alexandre Lacroix
Un reportage de France 2 sur Le Jeu de la mort:
Photos: France 2.












0
De vpi79
Le plus con c'est que c'était passé inaperçu, pendant l'émission (peut-être grace au montage), mais que maintenant, c'est plutôt Libé et TETU qui font l'outing forcé.