Toronto: Clôture de la conférence dans la colère
La XVIème conférence internationale sur le sida, s'est achevée vendredi 18 août après-midi à Toronto, dans une ambiance de colère et de détermination.
La XVIème conférence internationale sur le sida, s'est achevée vendredi 18 août après-midi à Toronto, dans une ambiance de colère et de détermination (lire également notre chronique du 16 août). Signe que l'exaspération a peut-être gagnée même les plus polis des fonctionnaires internationaux en charge de la lutte contre l'épidémie, la cérémonie de clôture a été le lieu de discours jusqu'alors inattendus. Mark Wainberg, co-directeur de l'IAS, a dit refusé toute "compromission".
La dénonciation de la politique américaine "ABC"
Stephen Lewis, l'envoyé spécial de l'Onu pour le sida en Afrique, a ensuite, dans un long discours qui était son dernier devant ces instances, présenté en 16 remarques ce qu'il étendait par l'expression "Passons aux actes", thème général de la conférence. Il a commencé par une condamnation sans conditions de la politique ABC, pierre angulaire du programme de lutte contre le sida américain, mené par le Pepfar. L'approche ABC -A (abstinence) pour abstinence, B (being faithful) pour fidélité, C (condoms) pour préservatifs le cas échéant, "ne marche pas […] et cette approche a un nom: cela s'appelle du néo-colonialisme". La veille déjà , de nombreuses associations avaient dénoncé les conséquences de l'ABC qui a conduit à une réduction drastique des moyens là où les associations font la promotion de l'usage des préservatifs et de la contraception. Second point présenté par Lewis: "les programmes de réduction des risques fonctionnent. L'échange de seringues et l'accès à la méthadone sauvent des vies". Pour la première fois en 25 ans d'épidémie, on reconnaît dans les plus hauts échelons, l'effet bénéfique de ces politiques. Et -enfin pourrait-on dire-, certains États, notamment la Russie ou la Chine ont unanimement été appelés à légaliser l'échange de seringues et l'accès à des produits de substitution.
L'Afrique du Sud face à ses malades
Le représentant de l'Onu a ensuite dénoncé certaines situations particulières, en premier lieu, la politique gouvernementale sud-africaine en matière de lutte contre le sida. L'Afrique du Sud "est le seul pays en Afrique dont le gouvernement continue à proférer des théories plus dignes de marginaux illuminés que d'un État préoccupé et capable de compassion", a déclaré Stephen Lewis, applaudi par une salle comble, dont par les membres de Treatment Action Campaign (TAC) qui se battent pour un accès aux traitements dans le pays qui compte plus de 5,55 millions de séropositifs. La ministre de la santé sud-africaine, Manto Tshabalala-Msimang, n'a jamais voulu reconnaître l'efficacité des antirétroviraux, et assure qu'un programme alimentaire, à base d'ail ou d'huile d'olive, soigne du VIH, dans un pays où 900 personnes meurent des suites du sida chaque jour. Le discours de Stephen Lewis s'est enfin achevée sur une remarque de bon sens: en tant qu'envoyé spécial sur le sida en Afrique, il a souhaité que ce soit un africain qui prenne sa succession et plus important encore –aux vues de l'épidémie en Afrique- qu'il s'agisse "d'une femme africaine". La colère de Lewis était aussi partagée par plusieurs activistes qui ont demandé à prendre la parole durant cette dernière session. Loon Gangte, président du Dehli Network of Positive people, a rappelé à l'intention des gouvernements que "lorsque vous signez des accords de libre échange, qui réduise la possibilité de produire localement des médicaments génériques, vous me tuez". Il a raconté comment de tels accords bloquent l'accès aux traitements génériques, qui représentent l'unique possibilité de survie dans des pays aussi touchés que l'Inde.
Nouvelles molécules: des espoirs déçus
La veille, le 17 août, les ultimes sessions étaient consacrées aux résultats d'essais récents. Côté nouvelles molécules, la déception est venue des essais relatifs aux anti-CCR5 ou inhibiteurs d'entrée, nouvelle classe de molécules qui semblait très prometteuse. Sur les trois molécules étudiées, deux essais avaient déjà été arrêtés pour des problèmes de toxicité, notamment hépatiques. Et pour ce qui est de la troisième et dernière molécule, le maraviroc, testé par Pfizer, l'efficacité en termes virologiques n'est pas démontrée après 48 semaines de prise. Par contre, les résultats préliminaires concernant un inhibiteur d'intégrase, le MK-0518 développé par Merk, montre une activité anti-VIH dans le cadre d'une trithérapie chez des malades non traités auparavant, sur une période de 16 semaines. On attend les résultats sur une plus grande période. Enfin, en ce qui concerne Prezista (anciennement TMC114), l'efficacité vient d'être démontrée à 48 semaines chez des patients prétraités qui recevaient la molécule boostée avec Norvir. Prezista est disponible sur le marché américain depuis fin juin, dans le cadre d'une autorisation de mise sous le marché (AMM) pour les patients en échec thérapeutique. Il faudra atteindre les résultats de phase III et des données à 96 semaines pour espérer une AMM complète et une mise à disposition en Europe. Alors, à défaut d'avoir rapidement à disposition de nouvelles molécules, beaucoup se sont réjouis que les essais relatifs à un allègement des multithérapie donnent des résultats concluants (lire la brève hebdo du 24 août).Photo Gaëlle Krikorian











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