Santé des lesbiennes et bisexuelles: que fait-on en France?
Lors de la présentation du rapport de l'Ilga au centre LGBT de Paris-Île-de-France, les responsables associatives françaises ont fait avec "Têtu" le point sur la santé des lesbiennes et bisexuelles.
L'Association internationale gay et lesbienne (Ilga) a publié la version française de son rapport sur la santé mentale et physique des lesbiennes et bisexuelles*. Un ouvrage présenté au Centre LGBT de Paris-Île-de-France, samedi 1er décembre, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Le rapport relève la double discrimination dont sont victimes les lesbiennes et bisexuelles –être femme et non-hétérosexuelle–, et les répercussions sur leur santé psychologique et physique, parmi lesquelles figurent les violences au sein du couple. Le bilan déplore que "les lesbiennes et bisexuelles [soient] invisibles dans le monde de la recherche" et appelle à une coordination internationale pour diffuser les informations. Enfin, un chapitre recense les bailleurs de fonds qui soutiennent des initiatives en faveur des lesbiennes et bisexuelles.
Ainsi, quatre femmes engagées dans la santé des lesbiennes et bisexuelles donnent leur avis sur le guide et la santé des lesbiennes et bisexuelles: Patricia Curzi, la coordinatrice du Projet Femmes à l'Ilga, Coraline Delabarre, du Kiosque Info Sida, Christine Le Doaré, présidente du Centre lesbien, gay, bi et trans de Paris Île-de-France et Jocelyne Fildard, présidente de la Coordination des lesbiennes de France.
Créer un réseau de solidarité international entre femmes. Patricia Curzi, la coordinatrice du Projet Femmes à l'Ilga, explique comment elle a appréhendé cette recherche. "Ce qui résulte de ce guide, c'est que les prestataires de services ne savent rien des lesbiennes et bisexuelles. Il y a donc urgence à intégrer leurs problématiques dans le travail des fondations généralistes, comme celles qui s'occupent par exemple du cancer chez les femmes. Il y aurait ainsi une étendue plus vaste de l'information qui toucherait plus de lesbiennes et bisexuelles. Parmi les initiatives, il faut ensuite donner une visibilité au travail des associations rassemblé sur une plateforme consultable sur internet. Ainsi, on créerait alors un réseau de solidarité international où les associations pourraient partager leurs expériences et travailler davantage en coordination. Tous mes préjugés sont tombés lorsque je me suis rendue compte du travail percutant réalisé au Costa Rica, au Nigeria ou aux Philippines. Le simple fait de parler des initiatives des lesbiennes et bisexuelles les rend visibles. Or la visibilité donne davantage de droits."
Former le corps médical à la spécificité de la santé lesbienne. Coraline Delabarre s'occupe de prévention au Kiosque Info Sida. "La priorité, c'est de former les professionnels de la santé à la spécificité de la sexualité des lesbiennes. Pourquoi certains gynécologues ne font-il pas de frottis à leur patiente sous prétexte qu'elle est lesbienne? Ensuite on doit aider les lesbiennes et bisexuelles à avoir davantage d'estime de soi. C'est primordial pour qu'elles prennent soin d'elles et augmentent ainsi leurs compétences psycho-sociales. Le problème de l'invisibilité des lesbiennes se pose même dans les associations homos. Au Kiosque par exemple, on dépend des subventions des pouvoirs publics qui financent par exemple la lutte contre le VIH chez les gays. Les problèmes des lesbiennes ne font pas partie des priorités des pouvoirs publics, donc nous avons peu de moyens pour agir… Mais au moins, ce guide condense toutes les problématiques liées à la santé des lesbiennes et bisexuelles. C'est un tour d'horizon sur les actions à une échelle internationale."
Intégrer les problématiques lesbiennes et bisexuelles dans les campagnes de prévention nationales. Christine Le Doaré, présidente du Centre lesbien, gay, bi et trans de Paris Île-de-France. "Les autorités et les ministères devraient prendre en charge les questions relatives à la santé des lesbiennes et bisexuelles pour les rendre accessibles aux lycées et universités. Ensuite, il faudrait une formation spéciale du milieu médical aux problématiques des lesbiennes. En effet, ces femmes sont de plus en plus nombreuses à venir au Centre pour demander les coordonnées de gynécologues sans préjugés sur l'homosexualité. On finit par leur constituer un carnet d'adresses pour qu'elles ne souffrent plus d'homophobie lors de leurs consultations. L'avantage de ce guide, c'est qu'il aborde la santé globale des lesbiennes et des bisexuelles, en parlant de leur relation avec leur gynéco ou leur psy, mais aussi des risques de cancers du sein ou de l'utérus. On a d'abord besoin de groupes non-mixtes pour libérer la parole des lesbiennes. Ensuite, une confrontation est nécessaire pour que leurs problématiques soient inclues parmi les revendications des gays peu réceptifs pour le moment. C'est important pour qu'elles ne restent pas isolées, sinon, elles demeurent invisibles."
Appuyer nos revendications sur des documents officiels. Jocelyne Fildard, de la Coordination des lesbiennes de France. "Un travail officiel comme celui de Paul Hunt, le rapporteur spécial sur le Droit à la santé à l'ONU, nous donne l'appui nécessaire pour faire entendre nos revendications. Nous continuons de faire pression auprès de nos institutions pour inclure les lesbiennes et bisexuelles dans toute documentation sur la santé des femmes. Des campagnes nationales orientées vers les femmes lesbiennes et bisexuelles leur donneraient une image positive d'elles-mêmes pour oser se dire lesbiennes ou bi, autant dans leur vie privée qu'auprès de professionnels de la santé. Nous poursuivons notre travail d'information sur des sujets comme les violences à l'égard des lesbiennes qui cumule la honte d'être victime et la culpabilité de ne pas être conforme à ce qu'attendrait la société, parce qu'on est lesbienne. Les conséquences sont lourdes."
* Pour consulter le rapport en français de l'Ilga sur la santé des lesbiennes et des bisexuelles, cliquez ici.
Une vidéo sur la digue dentaire, cliquez ici.











