"Pendant l'été, les gays relâchent l'attention sur la prévention."
Gabriel Girard est animateur de prévention gay à l'association Aides, qui lance une campagne de prévention des IST sur les plages gay durant l'été.
Quel est le dispositif de prévention sida mis en place cet été par Aides? En plus de la prévention habituelle que nous faisons sur les lieux de dragues, nous déployons une centaine de bénévoles sur les plages les plus fréquentées par les gays durant l'été. Une dizaine de sites sont couverts, de Berck-sur-mer à Nice, en passant par la plage de l'Espiguette dans le Gard, et même des étangs très fréquentés autour de Rennes. Durant l'été, on essaie d'aborder les gens de façon plus ludique, décontractée. On est plutôt bien accueillis, mais les intervenants rapportent qu'en général, les gays semblent se relâcher davantage sur la prévention durant l'été. Le message à faire passer, celui de se protéger et de protéger son partenaire, reste donc essentiel. On est également attentifs à ne pas donner de leçons. Cette mauvaise habitude a entraîné la lassitude de beaucoup de gays sur ces questions. Alors, on crée un dialogue avec eux, on les écoute et on essaie d'évaluer leur rapport aux risques. On les amène surtout à prendre conscience de leurs actes. Le dernier baromètre gay (lire Quotidien* du 20 juin) démontre une fois de plus l'importance des prises de risques chez les homos. Comment le ressentez-vous sur le terrain? D'une certaine manière, les gens semblent décomplexés par rapport à leurs prises de risque. Il y a quelques années, ils pouvaient nous mentir en affirmant qu'ils se protégeaient toujours, comme s'ils voulaient nous faire plaisir… ou plutôt se débarrasser de nous! Désormais, ils disent ouvertement qu'il leur arrive de ne pas utiliser de préservatif. C'est le cas d'une grande partie d'entre eux, sans être une majorité. Je pense qu'ils sont conscients des risques qu'ils prennent, cela semble intégré dans leurs pratiques. Ils savent que parfois ils ne vont pas se protéger et ils "gèrent" leur risque. La discussion arrive très vite sur ce sujet et révèle que la prise de risque est souvent associée à un état dépressif. Est-ce dû à un manque d'information? Comme ils nous parlent de leurs rapports non protégés, ils veulent souvent faire le point sur les traitements post-exposition. Mais généralement, ils sont à peu près au courant en ce qui concerne le sida, excepté pour la fellation, sur laquelle il y a encore beaucoup d'interrogations. Par contre, les autres maladies sexuellement transmissibles sont très méconnues. Certains intervenants ont d'ailleurs pour "tactique" d'aborder les gays en leur parlant de la syphilis. Le grand public connaît peu les symptômes et les moyens de dépistage et de prévention. Et puis, tout récemment, la publication des chiffres énormes de décès liés à l'hépatite B et C (de l'ordre de 4.000 par an) nous a amenés à recentrer la prévention sur ces virus. On n'y pensait pas suffisamment, et on la rend systématique désormais. Mais dans le cas particulier de l'hépatite B, comme le baiser profond est un vecteur de transmission, le préservatif ne suffit plus. La prévention passe aussi par la vaccination qui est vivement recommandée. Photo DR











