Mobilisation pour la journée de lutte contre le sida dans une société plutôt indifférente
Le Premier ministre s'est contenté de visiter un local d'aide aux malades, tandis qu'Act Up dénonçait la fermeture de centres de dépistage.
Aucune action de grande ampleur en France n'aura marqué la journée mondiale contre le sida, hier, jeudi 1er décembre, au cours d'une année où la maladie, pourtant érigée grande cause nationale par le gouvernement précédent, continue de progresser dans l'indifférence du grand public. Selon un sondage réalisé par Ifop pour Paris Match et Sidaction, 91% des Français ne se sentent "pas menacés" par le VIH, un tiers d'entre eux croyant d'ailleurs qu'on peut en guérir. Ruban rouge au veston, Dominique de Villepin s'est contenté de visiter une antenne de Basiliade, association de terrain dédiée aux malades du sida, dans le IIIème arrondissement de Paris. Des partis de gauche ont regretté "l'inaction coupable" du gouvernement: en 2005, le sida "a vite été oublié par le gouvernement qui n'a pris aucune initiative" selon la députée de Paris Martine Billard (Verts). Pour Homosexualités et Socialisme (HES), "rien n'a été mis en œuvre pour renforcer l'effort de recherche et améliorer l'accès aux soins, pour promouvoir une vraie politique de dépistage et de prévention." Hier également, l'association Act Up-Paris a exprimé son inquiétude à propos de la fermeture annoncée de nombreux centre de dépistage en centre-ville au profit du dépistage dans les hôpitaux, en occupant pendant plusieurs heures les locaux de l'Institut national de prévention à Saint-Denis. À Paris, la marche interassociative annuelle s'est tenue dans un froid glacial, du Parvis de Beaubourg à la place de l'Opéra, avec une émotion toujours aussi vive. À Lyon, le collectif Rhose Lyon a lancé une "capotine", distribution de préservatifs gratuits. Une marche aux flambeaux à Strasbourg et un lâcher de ballons à Montpellier étaient les principales manifestations en province. À Nantes, les Gays randonneurs nantais (GRN) ont remis trois chèques de 3.100 euros chacun à l'Association de recherche VIH/Sida du CHU de Nantes, à l'Association de lutte contre le sida et d'aide aux malades du Burkina-Faso, et au réseau Matoutou, une association d'aide aux patients séropositifs en Guyane française. Ces sommes correspondent aux bénéfices récoltés par la revue "Les plus belles girls", émanation des GRN, lors des trois représentations de leur spectacle "Elles et Jules", en octobre dernier. En Argentine, l'obélisque érigé au centre de Buenos Aires a été entièrement recouvert d'un immense préservatif de couleur rose à l'initiative du gouvernement, afin de "ne pas baisser la garde" de la prévention. À Moscou, trois gagnantes ont été désignées au premier concours de beauté organisé en Russie pour les femmes séropositives, mais une seule d'entre elles a accepté de dévoiler son visage devant le public. Alors que le sida a déjà tué plus de 3 millions de personnes dans le monde en 2005, les ministres de la Santé de l'Union européenne ont réaffirmé, à Londres, la priorité de "l'accès aux préservatifs masculins et féminins et à des seringues propres pour les toxicomanes, seul moyen efficace de prévenir de nouvelles infections". Et ont rappelé leur opposition face à la politique de l'administration américaine, à l'origine de la moitié des dons dans la lutte contre le sida, qui fonde son action sur le triptyque "abstinence, fidélité et préservatifs en dernier recours", ce qui a eu pour effet une baisse drastique des aides aux associations qui distribuent des préservatifs et des contraceptifs.











