"Il se passe quelque chose de magique quand on s'habille en sœur"
Sœur Thylège de la Vache folle, cofondatrice du Couvent de Paname des Sœurs de la perpétuelle indulgence.
Allez-vous défiler à l'occasion du 1er décembre, Journée mondiale contre le sida? Nous ne savons pas si nous serons toutes présentes. La grande manifestation a été avancée, cette année au 30 novembre, à la veille de la Journée mondiale, sans concertation et dans le seul but d'avoir plus de médias. Nous en sommes consternées. Les sœurs disponibles avaient posé un jour de congé le 1er décembre. Or nous le savons depuis longtemps, le sida n'intéresse plus les grands médias. La conséquence de ce changement de date va être qu'il y aura encore moins de monde que les années précédentes.
Le Couvent de Paname célèbre ses dix ans cette année, qu'en retenez-vous? Le Couvent de Paname est né d'une scission avec le Couvent de Paris, en avril 1996, pour des raisons sur lesquelles nous ne désirons plus revenir. Depuis, nous sommes sorties plus de 300 fois, avec depuis huit ans, les messes aux Solidays comme événement phare (sur notre photo: Sœur Thylège à gauche, avec Sœur Wel'l du Couvent de Bordeaux, lors du festival de Solidarité Sida). Avec simplement des bouts de ficelle pour nos costumes, nous avons récolté 30.000 euros. 86% sont alloués aux opérations de "ressourcement", qui demeure le projet principal des sœurs: la possibilité pour les malades du sida de partir se vider la tête à la montagne. À chaque sortie, on met nos vœux en application: amour, joie et fêtes, droit à la différence, solidarité et bien sûr, information et prévention autour du sida. On y a également ajouté, récemment, le devoir et droit de mémoire. Face à l'oubli qui semble se répandre sur la jeune génération, et au décès du déporté homosexuel Pierre Seel, on se sent obligé de rester sur nos gardes tout le temps, et d'autant plus que les présidentielles de 2007 approchent. Bien sûr, on passe pour des dinosaures…
Justement, certains homos vous reprochent une attitude trop extravertie à leur goût, et vos slogans très provocateurs. Que leur répondez-vous? Que je suis choquée par leur discours, à eux. 99% des gens nous aiment bien, et 1% nous déteste. Parmi ces derniers, il y a des religieux, bien sûr, mais aussi quelques pédés dans le placard. Mais ceux-là oublient que s'ils peuvent vivre leur vie librement aujourd'hui, c'est parce qu'une bande de folles s'est battue contre les flics en 1969 [les émeutes de Stonewall, à New York], et à juste titre. Nous en portons tous l'héritage. Tout comme nous, les Sœurs, portons le deuil de plus de 25 ans d'épidémie. De plus, nous, on prend tous les risques. À Bègles lors du mariage homosexuel en 2004, on a failli se faire casser la gueule par un groupe de fachos. Même chose lors du sommet du G8 à Evian en 2003, car on dit les choses en face des gens. Mais quand on enfile ces costumes de sœurs, avec la transgression et la provoc' que cela implique, il se passe quelque chose de magique. Ça fout le bordel, ça suscite une réaction, et ça ouvre le dialogue. Subitement, les gens viennent nous parler, ils sont forcément interpellés et souvent touchés.
Photo Paul Parant
Soeurs de la perpétuelle indulgence, Couvent de Paname, 3, rue Saint-Jérôme, 75018 Paris.
Tél.: 01 44 92 06 12. Site Internet











