Jean-Paul Cluzel: «Une communauté gay fait progresser les choses»
Dernier volet des entretiens inédits avec Jean-Paul Cluzel, publiés sur internet en complément de l'interview que vous trouverez dans le magazine TÊTU de juin. Thème du jour: les communautés, notamment gay, et la République.
TÊTU: Vous avez écrit en janvier dans Le Monde une tribune sur la diversité. Vous y faites référence au combat des droits civiques des Noirs américains...
Jean-Paul Cluzel: Entre 19 et 23 ans, j'ai vécu presque essentiellement aux Etats-Unis, pendant le combat des droits civiques. À l'époque, j'étais à l'Université de Chicago. J'ai acquis, à ce moment là, la conviction que si la France n'avait pas des actions plus radicales à l'égard de ses minorités, nous aboutirions à de sérieux problèmes d'unité nationale. Que si nous n'avions pas plus d'actions efficaces, les mêmes causes produiraient les mêmes effets. L'avenir m'a donné raison, on a vu ce qui s'est passé à Montfermeil trente ans plus tard... ou même en Martinique plus récemment. On ne peut pas avoir une République qui proclame «Liberté, Égalité, Fraternité», mais dans laquelle seule la Liberté existe, et pas vraiment l'Egalité et la Fraternité. Aux Etats-Unis, le combat pour les droits civiques ont abouti à la fin de la ségrégation, mais aussi à l'Affirmative Action, qui a existé pendant vingt ans. L'accès de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis est le résultat des lois prises sous le président Johnson, j'en suis convaincu.
Pourtant, en France, quand on écoute les différents responsables, on a l'impression que le travail est déjà fait...
À l'évidence, il n'est pas fait. Pourquoi le taux de chômage de nos banlieues est-il deux à trois fois supérieur de celui des centres-villes ? Pourquoi n'y a t il pas 10 à 20 % de Noirs, de Maghrébins à l'école Polytechnique, à l'Essec, à Hec ? Et qu'est-ce qu'a fait Richard Descoing, le directeur de Science Po, sinon une Affirmative Action ? Il l'a fait avec beaucoup d'habilité et il a eu raison. Dieu merci, peu à peu, toutes les grandes écoles suivent. C'est encore le gay catholique et libéral qui parle... Entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime, et la loi qui protège, tout est dit.
Mais justement, en France, la forme communautaire est souvent critiquée, prise uniquement sous un aspect négatif...
Si les communautés ne sont pas bien vues, c'est que la Révolution Française a été une révolution violente, avec l'émigration d'une grande partie des élites, la Terreur, l'opposition des Jacobins et des Girondins, qui se termine apparemment par la victoire des Jacobins. Ce grand moment dans lequel la nation moderne se forme, est fait contre les communautés. Depuis, la notion de communauté n'a pas bonne presse, d'autant plus aujourd'hui, où apparaissent simultanément, les problèmes ethniques, et la multiplication des «tribus» au niveau culturel. Mauvaise presse également, car elles correspondent à des niveaux économiques très différents. Dans la communauté gay, pour avoir accès aux grandes réunions festives, comme la Démence à Bruxelles, ou faire les «circuit parties», seuls des gays appartenant aux catégories des cadres supérieurs, peuvent se permettre de vivre dans cet univers. Le gay, qui, soit n'est pas beau, ou soit n'a pas l'argent pour entrer dans le monde des «circuit parties» ne voit pas d'un si bon œil que ça le marais...
Vous soulignez pourtant l'aspect protecteur de la communauté...
Dans la démocratie traditionnelle, le groupe de pression est considéré comme l'ennemi de la démocratie. Or, les anglo-saxons nous ont montré que les lobbies n'étaient pas uniquement anti-démocratiques. De la même manière que les droits des salariés n'auraient pas pu progresser sans les syndicats, les différents lobbies, et en particulier la communauté gay, ont été évidemment l'un des moyens par lequel la liberté et la dignité ont progressé. Donc la formation d'une communauté gay, d'une presse gay, sont évidemment une manière de faire progresser les choses, parce qu'il arrive tous les jours des faits divers qui montrent bien que les homosexuels ne sont pas encore bien traités dans ce pays.
Propos recueillis par Marc Endeweld
Lire le premier volet: «Nicolas Sarkozy a une relation plus affective avec les médias»
Lire le deuxième volet: «Je suis gay, catholique et libéral»
Dans Têtu News de ce mois-ci, retrouvez une interview de Jean-Paul Cluzel, sur la polémique créée par le calendrier d'Act up, et sur les déclarations de Nicolas Sarkozy sur le mariage et l'homoparentalité lors de la rencontre qu'il a eue avec lui.


















De phil86
encore !!! cluzel cluzel encore cluzel !!! on sature, là...