Il y a trente ans naissait «Gai Pied», le premier magazine gay
En 1979, le premier journal d'information destiné aux homosexuels sort en kiosques. En quelques années, il va devenir l'emblème de la communauté gay. Rétrospective.
À la fin des années 70, la société française est profondément conservatrice. L'homosexualité est un délit, les gays sont considérés comme des malades qu'il faut soigner et le parcours politique d'un Harvey Milk semble impensable. Pour défendre la cause des homosexuels, Jean le Bitoux et Gérard Vappereau décident de créer leur propre média. Gai Pied sort en avril 1979, sur le modèle du quotidien Libération, alors d'extrême gauche. Il est distribué dans les kiosques par les circuits officiels. «Pour une fois, on était comme tout le monde car on avait notre organe d'expression. Gai Pied était à l'image de notre vie réelle et non pas de notre vie fantasmée», souligne Luc Marcelot, 55 ans, lecteur de la première heure.
À l'intérieur, on trouve des interviews d'hommes politiques, des critiques littéraires et des photos d'hommes nus. Les petites annonces de rencontre, très importantes pour les gays en régions, souvent isolés, financent une grande partie du journal. Pour le premier numéro, le philosophe Michel Foucault propose un article sur le suicide. Il est suivi par les écrivains Jean-Paul Aron et Jean-Paul Sartre. «Le soutien de tous ces intellectuels nous a permis d'éviter la censure politique et d'acquérir une légitimité», rappelle Jean le Bitoux, l'un des fondateurs. Fin 1979, les ventes de Gai Pied atteignent 15 000 exemplaires.
Un outil de visibilité pour la communauté gay
En 1982, l'homosexualité est dépénalisée. C'est l'année où le journal de la rue Sedaine change de formule. Il devient hebdomadaire et se concentre sur des sujets tendance, au détriment d'un engagement militant. La publicité prend davantage de place. Fermement opposés à ce tournant commercial, Jean le Bitoux et une trentaine de journalistes démissionnent. D'autres crises et scissions suivront. Pendant ce temps, le titre trouve un nouveau public. Les ventes culminent à 30.000 exemplaires en 1983. Pour Jean-Luc Hennig, collaborateur du journal dans les années 80, Gai Pied trouve alors sa place car il apporte une visibilité à la communauté gay. «C'était un espace de liberté pour une parole collective. Le magazine a aidé de nombreux homosexuels à sortir de leur honte et de leur anonymat».
L'arrivée du Sida marque une étape dans l'histoire de l'hebdomadaire. Dans un premier temps, Gai Pied Hebdo évite d'en parler, estimant qu'il s'agit d'une campagne de diabolisation. Mais devant la progression de l'épidémie, le journal se lance dans la prévention. En 1985, un préservatif est inséré dans un numéro pour défendre le safe sex. À partir de cette date, une partie du lectorat s'en détourne. Au début des années 90, le tirage est réduit à 9.000 exemplaires. Une dernière formule avec une ligne éditoriale plus militante ne permet pas de faire revenir les lecteurs. Les recettes du minitel gay, 3615 GPH, ne suffisent pas à compenser les pertes. En 1992, le journal disparaît. C'est la fin des années Gai Pied. Une période clé dans l'histoire de l'émancipation des homosexuels français.
Florianne Finet












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De anje
Je l'ai lu, ce journal était un évènement pour nous, j'avais 33 ans,que de bons
souvenirs. Mais je préfère 2009, le présent est différent, mais formidable.
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De Gayvox
Pour rappel : GAI PIED , ses archives, l'histoire, documents, photos de la rédaction, les diverses marques du groupe ont été racheté en 2002 par le site www.Gayvox.fr
Le rachat du Gai-Pied par Gayvox.com
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En 2002 nombres d'associations et représentant se sont émus de l'avenir et du devenir des archives des Éditions du Triangle Rose.
Patrick Elzière, directeur général de Gayvox.fr ( http://www.gayvox.fr), semblait alors peu inquiet de leur avenir, et pour cause : la société Webscape, éditrice du portail Gayvox, signalait qu'elle « vient de se porter acquéreur d'un certain nombre d'actifs du groupe Gai Pied ».
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Extrait du communiqué de presse de l'époque :
« Parce qu'il s'agit historiquement du plus grand conglomérat homosexuel de presse, d'édition de messagerie et de vente en France, Gayvox.fr est conscient de la richesse et de la notoriété de ce patrimoine singulier.
C'est donc dans un souci de respect total de ce fond hors du commun, et suite à cette acquisition, que la société Webscape détient aujourd'hui ce fantastique trésor culturel et patrimoine de la vie gay.
Avec ces nombreuses marques, dont Café, Projet X, Gai Boutik, etc., la plus célèbre étant Gai Pied,
- Gayvox tient à entretenir le souvenir d'un grand passé selon un devoir de mémoire collective et une volonté de faire partager un riche patrimoine que constituent ces archives.
- C'est pourquoi la direction de Gayvox.fr examine diverses orientations afin d'entretenir un tel fond de documentation. (…)
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Enfin, Webscape envisage dès l'été 2003 de ressortir le guide des établissements Gai Pied, réactualisé en ligne.
- Consultable sur chacun de ces sites et grâce à gayvox.fr, nous ferons de ce guide Gai Pied un événement et une référence. »
Pour mémoire, la « galaxie » Gai Pied était constituée de différentes sociétés :
- Éditions du Triangle Rose (créée en 1979) : éditeur de presse (Gai Pied Hebdo, Guide Gai GPH, Projet X...), éditeur Internet (gaipied.fr).
- La Folie Méricourt (créée en 1983) : administration des entreprises du groupe. Vente par correspondance (Gai Boutik).
- Netgate (créée en 1996) : activités télématiques (36 15 GPH, Luc, Nic...) et Internet (projetx.com).
- Delta Éditions (créée en 1996) : éditeur de presse (Café bimensuel, e-m@le hebdo, Paris Guide e-m@le...).
- PX Presse (créée en 1996) : Édition de Projet X et du Guide Gai GPH entre 1997 et 2000.
Le magazine Gai Pied, d'abord mensuel puis hebdomadaire (Gai Pied Hebdo), a marqué profondément l'histoire collective de l'homosexualité en France dans les années 1980.
- Créé par Gérard Vappereau et Jean Lebitoux, le premier numéro du Gai Pied est sorti le 1 avril 1979, imprimé par les presses de la Ligue Communiste Révolutionnaire.
- Son nom un peu saugrenu été imaginé par Michel Foucault.
On se souviendra
- des collaborations avec Michel Foucault, Jean Paul Aron, Tony Duvert, Renaud Camus, Yves Navarre
- et des entretiens avec Hockney, Barthes, Tournier, Sartre (le dernier avant sa mort), Bérégovoy, Quilès, Deferre, Barbara, etc.
Le magazine a disparu en octobre 1992.
- Sa diffusion était passée de 33 000 à 9 000 exemplaires.
- La marque a survécu jusqu'en 2001 au travers du guide [Gai Pied] annuel et du site web gaipied.fr