Gilles Wullus aux lecteurs de TÊTU: «La France est plutôt bien lotie en presse LGBT» (2/2)
Couverture, rubriques, concurrence...Voici la suite et la fin des réponses du directeur de la rédaction de TÊTU aux questions que vous lui avez posées la semaine dernière.
Vous pouvez retrouver sur cette page la première partie de ce sujet.
LES FILLES
De donibane
«Quand est ce que vous avez le courage de faire un magazine pour les filles?»
Donibane, ce n'est pas du courage qu'il faut pour faire un magazine pour les filles, mais des moyens! Même si nous sommes sur la bonne voie, TÊTU n'a toujours pas trouvé son équilibre économique, et doit d'être toujours en activité au soutien constant de son actionnaire unique, Pierre Bergé. Créer un deuxième magazine pour les filles est aujourd'hui hors de portée. Il ne faut pas oublier que la presse traverse une crise profonde depuis 2008, crise des ventes et crise des recettes publicitaires. Malgré ce contexte défavorable, TÊTU a pu mener à bien des projets de développement et de rénovation. C'est une chance.

De Armel
«J'achetais Tetu regulierement,tous les mois, presque comme une habitude...que j'ai perdue depuis que Tetu s'est transforme en une sorte de "Elle" pour homos...Un magazine qui se revendique pour gays et lesbiennes mais qui ne met une femme en couverture même pas une fois par an, c'est une hypocrise qui me derange! Têtu est un magazine fait par des Parisiens pour les Parisiens. Aucun intérêt pour ceux qui comme moi n'habitent pas Paris. Heureusement, le site ratrappe largement les déficiences du magazine.»
Je devine que l'expression «Elle pour homos» se veut péjorative, mais j'aimerais comprendre pourquoi. Elle est lu chaque semaine par des centaines de milliers de femmes, j'en connais personnellement beaucoup, et qui sont des personnes très intelligentes et estimables.
Il n'est pas juste de dire que TÊTU se revendique pour gays et lesbiennes ; ce slogan a été abandonné il y a cinq ans par mon prédécesseur, qui a pris acte du fait que depuis 2000, le magazine était devenu, de fait, un masculin gay. En revanche, il y a eu des femmes en couverture, en l'occurrence trois depuis que je dirige le magazine (Mylène Farmer, Catherine Deneuve, Beth Ditto).
LA CONCURRENCE
De Morgan S.
«Une seule question: la disparition de l'excellent "Pref" d'une part, la sortie d'un nouveau magazine gay "friendly" d'autre part, ainsi que la publication de "M" qui change (un tous les deux mois maintenant) vous font-ils craindre pour les recettes et les ventes de Têtu? Et plus précisément, quelle politique comptez-vous mener face à ces "concurrents" qui sont pourtant un contre-poids nécessaire à votre propre ligne rédactionnelle? (Je pense aussi au marché des gratuits comme "Sensitif"). En effet, en France il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent en comparaison des "Out", "Menbox", "DNA", "Attitude", "XY", "Playguy"...»
Je réponds en commençant par la fin: contrairement à ce que vous pensez, la France est plutôt bien lotie en termes de presse LGBT, et ce principalement grâce à l'existence continue de TÊTU depuis 1995. En Europe, seuls le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Espagne et les Pays-Bas ont des magazines gays, tous les autres pays, y compris l'Italie, n'ont que des gratuits. Il y a plus de titres anglo-saxons, mais ils ne sont pas vraiment concurrents entre eux: DNA est australien, Attitude est britannique, Out est américain. Tous sont d'ailleurs dans des situations économiques difficiles, même aux Etats-Unis, où les historiques Out et The Advocate sont maintenant vendus ensemble. De plus, si vous comparez chacun de ces titres avec TÊTU, vous constaterez que TÊTU est de loin le magazine qui offre le plus de pages et le plus de contenus différents, sans même parler de la qualité.
En France, les titres gays n'ont jamais vraiment été concurrents. Pref avait choisi une ligne éditoriale pointue, pour ne pas dire hermétique, ce qui le condamnait à une diffusion très modeste. Friendly choisit plutôt de suivre la ligne de TÊTU, mais sans beaucoup de moyens. Quant aux gratuits, ils ont toujours existé et ne sont pas du tout sur le même créneau que TÊTU, y compris vis-à-vis des annonceurs publicitaires. Ils sont plutôt complémentaires.
LA COUVERTURE
De scooter
«A quand des bears la cinquantaine en couv?»
Ma réponse pourra paraître un peu cynique, mais il ne faut pas se voiler la face: si TÊTU publiait en couverture un modèle quinquagénaire, bear ou pas, il est quasi certain que les ventes ne seraient pas au rendez-vous. Toutes les enquêtes auprès de nos lecteurs l'indiquent. Il ne faut pas non plus s'en étonner: les gays ne sont pas différents des autres personnes. Les magazines féminins, même ceux majoritairement achetés par des femmes d'âge mûr, proposent des femmes jeunes en couverture. Si je prends l'exemple du concours des Mister Gay, chaque mois sur Têtu.com, le goût majoritaire va plutôt vers les minets, plutôt jeunes, plutôt imberbes et plutôt blancs. C'est un fait, et nous essayons malgré tout de bousculer parfois ces tendances, avec par exemple notre numéro spécial Beurs en avril, ou notre dernier cover boy, barbu et poilu.
LES RUBRIQUES
De Jacaix
«Bonjour,
Pas de commentaire en particulier ; je regrette la disparition d'infos gays pour les jeux numériques PC ou consoles.
 Jacaix»
C'est une des conclusions de nos enquêtes lecteurs : cette rubrique était, de très loin, la moins lue du magazine (moins de 1 sur 5). 
De GodnessBook
«La section Jeunes tient sur une page! Pourquoi ne pas y mettre un vrai sujet ou alors une section plus grande et avec plus de thèmes?»
La rubrique «15-20 ans» tient sur une page, en effet, mais cela ne veut pas dire que les jeunes sont absents des autres pages. Les rubriques Je-Tu-Ils et Sexo notamment concernent tout le monde et notamment les jeunes. Dans le dernier numéro (janvier), le sujet «Je n'aime que les mecs machos» fait intervenir deux témoins de 18 ans.
De Petit phoque
«Pourquoi faut-il à tout prix mettre une section jeunes? Pourquoi pas une section vieux? Les vieux homos ont beaucoup plus de problèmes que les jeunes homos. D'ailleurs, la vieillesse est beaucoup plus dramatique que la jeunesse. Ce culte de la jeunesse et ce mépris de la vieillesse nous mènent à notre perte.»
Je ne sais pas si les «vieux» ont plus ou moins de problèmes que les jeunes, mais ils sont en général mieux armés, psychologiquement, pour les affronter. Oui, découvrir son homosexualité à 12, 15 ou 18 ans reste très spécifique, car cela se passe en général sans qu'on ait d'interlocuteur évident pour en parler.
De NémoGizmo
«À quand des petites bases de données simples (carte / adresse+tél / liens web) -et mises à jour au moins 2 fois par an- sur le nombre de lieux LGBT (assoces, commerces par thèmes...) dans les grandes villes (France et ailleurs)?»
Le Guide des adresses, que TÊTU co-gère désormais avec son partenaire MyGayTrip.com, répond déjà à cette demande. Nous essayons continuellement de l'améliorer. Mais c'est un travail titanesque, qui ne peut réussir qu'avec la participation de tous (établissements, associatifs, usagers) pour les mises à jour. Notre fichier compte actuellement plus de 4.000 adresses. Nous ne pouvons pas, même une fois par an, appeler les 4.000 adresses pour vérifier les infos, cela demanderait des moyens trop lourds. C'est aussi aux propriétaires d'établissements ou aux responsables associatifs d'acquérir le réflexe de nous prévenir pour que la base de données soit à jour, et au service de toute la communauté.
De TONY/TARN
«Pourquoi avoir supprimé les actus du monde en une carte?»
Elles n'ont pas été supprimées, la double page a simplement été redessinée (pages 114-115 dans le dernier numéro).
De funpack
«Bravo pour votre nouvelle formule! Il m'a fallu 2 numéros pour m'y habituer mais ça y est... c'est fait! J'ai retrouvé avec plaisir mes rubriques préférées, souvent enrichies. Les articles me semblent plus complets, plus fouillés. Et puis, j'ai adoré l'intervention de Gilles dans Homomicro. 
Mes questions: 1/comptez-vous développer un peu plus la page romans en faisant un zoom sur ceux qui sont publiés dans des maisons d'éditions gays? 2/envisagez vous de renforcer le lien avec les acteurs de la communauté gay au travers d'interviews de responsables d'association, d'artistes (même peu connus! il n'y a pas que les people qui comptent!)?
 Merci de nous accompagner au quotidien avec votre magazine. Eric.»
Nous parlons de littérature et de romans à la fois dans le magazine et sur le site. Les titres des maisons d'édition gays, malheureusement très rares, sont plutôt traités sur Têtu.com par Bertrand Deckers («Au rayon livres»).
Nous continuons à rendre compte des acteurs du monde associatif, que ce soit dans le magazine ou sur les sites. Il y a deux pages Associations dans chaque numéro de TÊTU, j'ai tenu à les conserver même si, malheureusement, ce ne sont pas les plus lues selon nos enquêtes lecteurs.
De Antônio-Niort
«Bonjour, J'ai beaucoup aimé votre nouvelle version de Têtu, j'ai l'impression qu'on est sorti de certains clichés pour rentré dans un vrai magazine d'actualité et d'information! Ceci-dit j'aimerais savoir quand est-ce qu'on aura une rubrique pour les homo-parents? Avec des infos, des lieux, des conseils et surtout des études!»
De soapopera
«Une rubrique Famille Homoparentale serait la bienvenue.»
Nous nous sommes posés la question d'une rubrique Parentalité, mais nous avons choisi de ne pas cantoner ce thème dans une rubrique. Depuis que j'ai pris la direction de TÊTU en 2008, le magazine accorde une place très importante aux problèmes de parentalité ; dès le début 2009, TÊTU a été le premier à consacrer un grand dossier à la gestation pour autrui (mères porteuses) pour les couples gays français. Nous continuerons d'en parler, dans les pages Décryptages, Droits, MaGayLife, etc. Notamment des études, quand il y en aura, mais elles sont encore très rares !
L'ÉQUIPE TÊTU
De Mout-hard
«Ah, et pourrait-on "visiter" les locaux TETU ? (sur papier, ou web)»
De NicolasCanut
«4/ Sinon, ce serait bien que l'équipe de Têtu se dévoile (je ne parle pas de photos de nus, hein!) dans ces prochains numéros, afin d'être encore plus proches de leurs lecteurs, serait-ce possible? :-)»
Nous avons le projet de vous faire découvrir qui nous sommes, comment nous travaillons, prochainement sur Têtu.com. D'ailleurs, n'hésitez pas à nous dire ce que vous souhaitez savoir à propos de l'équipe TÊTU, cela nous aidera à rendre ce projet encore plus pertinent!











LES CHAÃŽNES 














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De Hélo says Hello
Le magazine n'aurait-il pas un plus grand succès s'il était destiné à l'ensemble des LGBT ? Têtu est le magazine gay le plus diffusé en France, le plus accessible et comme vous l'avez dit sans réel concurrence alors pourquoi ne pas en faire un mag LGBT plutôt qu'un mag seulement gay ?
Ca coûterait moins d'argent que de lancer un nouveau magazine, non ?
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De Alex Simons
Effectivement! Moi en tout cas je commencerai à l'acheter quand il s'adressera aux L, G, B et T, et pas seulement aux homosexuels masculins comme c'est le cas maintenant (avec tout de même quelques rares exceptions je le reconnais).
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De Korial : je vis avec Robocop
@alex tu sais pour les bi, il y a elle ou femme actuelle ... SIIK
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De Alex Simons
Pfff... Je ne parlais pas que des bi!
Désolé mais un magazine LGBT ça m'attire plus qu'un magazine simplement gay.
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De Hélo says Hello
Tout à fait d'accord Alex !
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De TONY/TARN
j'ai une question.
( merci de ne pas me crier dessus, si je pose la question c'est parce que je ne connais pas la réponse)
Pourquoi LGB avec T?
Un trans devient physiquement un homme ou une femme et du fait LGB ou hétéro.
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De Gilles Wullus, directeur de la rédaction de TÊTU
@Hélo
On pourrait penser en effet qu'un magazine ciblant un public plus large aurait un plus grand succès. Mais la majorité des lecteurs ne sont sans doute pas comme vous. Historiquement, la presse LGBT a été dominée par les gays, à l'image du mouvement LGBT lui-même. En France comme dans les autres pays, même aux Etats-Unis, où le lectorat potentiel est six fois plus important qu'en France.
Et c'est l'histoire de Têtu aussi: à partir du moment (2001) où le magazine a mis en couverture un coverboy sexy, les ventes ont doublé!
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De TONY/TARN
personne n'a de réponses?
Même pas M le directeur?
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De Korial : je vis avec Robocop
&tony;peut etre que la transition etant longue ...: bha ya un moment ou tu es entre les deux... Je dis ça, ja dis rien hein ... SIIK
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De Anomalie Anthropomorphique
Pour répondre à Tony/Tarn. Pour comprendre l'absolue nécessité de joindre nos luttes (L,G,B et T) il faut bien comprendre une chose de base : l'homophobie comme la transphobie ont une même racine qui est le sexisme et l'hétéropratricat. Sans ségragation des genres et classement de ces genres entre eux (ce que sont le sexisme et l'hétéropratriarcat) la transphobie et l'homophobie n'ont plus lieu d'être. Pour être plus clair, sans genre mâle ou femelle, que deviennent les mots hétéro ou homo? Plus rien. C'est exactement la même chose pour les trans, si la distinction n'existe plus, où serait le problème de "passer" d'un genre l'autre (sachant que le genre n'existerait plus). Je sais je sais, ça part un peu dans le philosophique et j'ai moi-même mis quelques années pour comprendre tout cela, j'ai beaucoup lu (je conseille à toutEs l'excellent "marché au sexes" de Gayle Rubin et Judith Butler - pas très long mais une véritable claque!) , cogité, discuté... avant de m'accepter entièrement en temps que gay. Donc oui et plus que oui, les Trans ont bien leurEs places avec les LGB (ou le contraire). Tient Têtu, je ne suis pas sûr d'avoir lu quelque chose de simple sur les théories queer et la gender thoerie. Je ne parle pas des interview (comme celle de Judith Butler, toujours aussi renversante) mais d'une explication simplifiée pour qu'on puisse comprendre cela sans être passé par khagne et hypokhagne?
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De Hélo says Hello
Certes,historiquement le mouvement LGBT doit beaucoup aux gays sans doute parce que ceux ci sont plus nombreux que les lesbiennes sans parler des trans et des bi. Cela veut donc dire qu'on doit négliger cette part du marché LGBT au profit de la part gay ? Est-il donc impossible de concilier les quatre lettres dans un seul et même magazine ?
Parce qu'avec l'argument du nombre, on peut tout aussi bien supprimer la presse gay par rapport à la presse hétéro, non ?
C'est assez frustrant dans le sens où encore aujourd'hui l'homosexualité féminine est une sexualité qui existe mal, elle a longtemps été niée et aujourd'hui ce n'est guère mieux. Comme dit souvent l'excellente Océanerosemarie : "aujourd'hui dans un bar deux gays se font potentiellement insulter voire tabasser, deux lesbiennes se font draguer".
C'est assez décevant de voir que dans la presse écrite, les lesbiennes semblent inexistantes et qu'un magazine aussi important que Têtu dans la communauté LGBT ne prenne pas ce problème là à coeur. Un virage dans la ligne éditoriale du mag serait un signe fort pour toute la communauté.
Et je n'ai parlé que des lesbiennes parce que je connais mieux la chose mais j'imagine que pour les trans et les bi le problème est le même.