Feuilletez en ligne «Akademos», la première revue homosexuelle
Un siècle exactement après l'arrêt de sa parution, la toute première revue homosexuelle française renaît sur le net, grâce à une association qui se consacre aux archives gays et lesbiennes. Découvrez quelques pages de ce document exceptionnel.

«Je voudrais (…) fonder à Paris, en février prochain, une revue d'art, de philosophie, de littérature, dans laquelle petit à petit pour ne pas faire d'avance un scandale, on réhabilite l'autre Amour.» Ainsi écrit fin 1907, à son ami Magnus Hirschfeld, le baron Jacques d'Adelswärd-Fersen. Il allait créer deux ans plus tard la revue Akademos, première tentative française de parler d'homosexualité à travers une revue.
Fersen publiera Akademos chaque mois jusqu'au douzième numéro, daté de Noël 1909. «Malgré une assez heureuse vente au numéro», écrira-t-il, «les abonnements sont d'une rareté dérisoire, et pour raison simple que l'on considère dangereux de s'abonner». La revue aura tout de même récolté des collaborations prestigieuses, dès ce premier numéro dont nous publions ci-contre quelques pages: Colette (dont une silhouette est ici publiée sous le nom de «Colette Willy»), Laurent Tailhade, Maurice Barrès, Robert de Montesquiou, Henri Barbusse, Anatole France, la comtesse de Noailles. Des noms qui ont fait les beaux jours des salons littéraires de l'époque, et qui pouvaient, dans Akademos, s'exprimer librement: on lit une étude sur Verlaine, un texte sur le music-hall par Colette, un poème d'amour, la partition d'une chanson… L'intérêt et le contexte historique du premier numéro d'Akademos sont à lire sur le site de l'Académie gay et lesbienne, qui a mis en ligne cette publication cent ans presque jour pour jour après qu'elle a cessé de paraître.
En ligne grâce à une association
Un «coup de chance» a permis à Phan Bigotte et Thomas Leduc, qui président l'Association gay et lesbienne, de mettre la main sur ce document. «Une vieille bouquiniste de Londres vendait ce document sur internet. On l'a acheté, à nos frais, pour une bouchée de pain. Jusqu'au moment où on l'a eu dans les mains, on refusait de croire que c'était bien un original en état correct: c'est tellement rare!»
Il s'agissait pourtant d'une pièce authentique. Et, plutôt que de la placer «dans une belle vitrine» réservée à quelques bienheureux, les présidents de cette association à financement privé du Val-de-Marne (lire notre article) ont décidé d'en scanner les 166 pages et de les laisser à la libre consultation du public sur le site de l'Académie. L'association mettra en ligne prochainement d'autres documents historiques, et notamment les photos inédites prises en 1982 avant la fermeture du Club d'Arcadie. Grâce leur en soit rendue!
Lire aussi sur TÊTU l'histoire et quelques pages du premier numéro de Gai Pied, paru en 1979.
Voici quelques morceaux choisis du premier numéro d'Akademos:














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De NémoGizmo
bon travail de numérisation, merci!