Dans «Siné Hebdo»: la Justice reconnaît une deuxième maman
REVUE DE PRESSE. Le magazine satyrique révèle une décision exceptionnelle en France: les juges ont reconnu officiellement qu'un individu pouvait avoir, pas seulement deux, mais plusieurs parents. Une histoire touchante.
«Le modèle culturel de la famille composée d'un père, d'une mère et de leur progéniture se craquelle», écrit Siné Hebdo, «avec le jugement rendu le 8 juillet 2009 par le tribunal de Paris». Le nouvel hebdomadaire du mercredi, créé par le célèbre licencié de Charlie Hebdo, revient en longueur sur une famille presque ordinaire: Sybille et Sylviane, couple de lesbiennes, et leur fille, Louise. La justice vient d'autoriser l'adoption simple par la deuxième de l'enfant conçu par la première.
On imagine que ce n'est pas une victoire juridique qui changera le cours de la vie des protagonistes de cette histoire: Louise, en effet, est déjà un beau bébé de... 24 ans et 1,72 mètres! Aux «enfants» majeurs en effet, la justice accorde plus facilement le droit d'être adopté par un parent homosexuel. «Ce n'est donc pas une histoire unique, même si les cas sont rares», explique la spécialiste homoparentalité de TÊTU, Taina Tervonen. «Même s'il est évidemment aberrant de devoir attendre la majorité de l'enfant pour avoir des chances d'obtenir cette adoption...» C'est tout de même «une première» selon Siné Hebdo, «dans cette situation précise: l'adoption simple (et non plénière) par un membre d'un couple pacsé d'un enfant majeur ayant été reconnu par son père.
La co-parente se sentait figurante
L'histoire racontée par Siné Hebdo dans son édition du 5 août (en vente jusqu'à mercredi), est en effet touchante: Sybille et Sylviane, qui s'aiment alors depuis trois ans, ont en effet conçu Louise en 1985, avec l'aide d'un ami, Gérard, qui a reconnu Louise lorsqu'elle avait dix ans. Mais dans «ce débordement d'amour, de connivence, de simplicité» entre les trois grandes personnes et la petite fille, Sylviane se sent «figurante, juridiquement, donc socialement» par le fait qu'elle ne soit pas reconnue, elle aussi, comme mère. Le pacs des deux femmes en 2000 n'y changera rien.
«Mon chagrin, c'était de devoir me taire, moi qui aime tant communiquer, confie Sylviane, toujours citée par le journal. J'étais enseignante et certains élèves m'ont souvent demandé si j'étais mariée, si j'avais des enfants... Je répondais "non". Ce genre de situation, le mensonge, les cachotteries, c'est invivable pour un co-parent.»
Cinq ans de procédures
D'où le bonheur lorsque, après cinq ans de procédures et un nombre «incalculable» de documents à fournir, Sylviane a accès à l'adoption simple de sa fille. «J'ai envie de dire, non pas "Nous avons gagné", mais "Nous avons réussi!"», dit Louise.
A lire également dans ce numéro de Siné Hebdo, un point sur l'homoparentalité face à la loi et une interview d'Eric Garnier, président d'honneur et membre de la commission politique de l'APGL (Association des parents gays et lesbiens). Et une chronique de Michel Onfray qui se souvient de son interview de Nicolas Sarkozy, durant laquelle il assimilait homosexualité et pédophilie. «J'avais levé un lièvre qui a beaucoup couru depuis, se souvient le philosophe: la fameuse prédisposition génétique à la criminalité, à la pédophilie et à l'homosexualité» dans la tête du Président, qui «doit, comme tous les psychonévrosés, croire qu'il n'a pas d'inconscient.»


















De degreefm
On voit mal les raisons juridiques qui feraient que l'adoption serait acceptée pour les majeurs et pas pour les mineurs. On peut espérer que la Cour de Cassation finisse par clarifier la jurisprudence et pousse ainsi le Gouvernement à légiférer, que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Mais j'imagine mal qu'on aille à contre-courant de l'Histoire, toute nouvelle législation est favorable à l'égalité des droits, il n'y a presque jamais de retour en arrière.