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Un «Priscilla folle du désert» version russe, pour faire évoluer les mentalités

Par Rédaction mardi 27 octobre 2009, à 12h15 | 3590 vues
Plus de: Russie, cinéma, Gais Lurons, homophobie, visibilité

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Sorti mi-octobre en Russie, le film «Les Gais Lurons» raconte les aventures tragicomiques de cinq drag-queens à Moscou. Une étape importante de la visibilité LGBT, saluée par la presse et les gays russes, dans un pays encore largement homophobe.

 

Resplendissante en satin rose et boa à plumes, une drag-queen déambule dans un village russe décrépit interprétant le mythique «I Will Survive» en imitant Gloria Gaynor. C'est l'un des passages haut en couleur de Gais Lurons (Veseltchaki), premier film grand public à traiter de la question gay en Russie, où l'homophobie reste très vivace. Le film, sorti à la mi-octobre, raconte l'histoire de cinq drag-queens qui se produisent dans une boîte de nuit gay de Moscou. Elles partagent sans compter bonne humeur, maquillage et vodka, oubliant les coups et les critiques qui pleuvent dans la journée.

Paradoxe moscovite
Mais pas de happy end. La conclusion du film est beaucoup plus sombre: après les éclats de rire, un lourd silence s'installe à la fin du film lorsque les cinq héros tombent sur de jeunes homophobes et décident de foncer sur eux, dans un ultime acte de bravoure à l'issue prévisible.

Cette tragicomédie reflète le paradoxe vécu par les homosexuels moscovites, qui disposent d'une scène nocturne développée et décomplexée, alors que dans la rue et jusque dans les sphères du pouvoir, ils doivent encaisser les brimades.



72 salles

«J'ai vraiment aimé ce film ! Ca me rend heureux de voir que, pour la première fois, un film s'attaque à ce sujet», réagit à la sortie de la projection un des spectateurs, Vladimir Frolov, à Moscou. Le film est projeté dans 12 villes et 72 salles, une diffusion non négligeable en Russie. Il doit être projeté également au Kazakhstan, en Ukraine et dans les Pays baltes.

Victoire supplémentaire, des multiplexes et pas seulement des petites salles anonymes diffusent Gais Lurons à Moscou, alors même que la maire de la capitale, Iouri Loujkov, considère l'homosexualité comme «l'œuvre de Satan». Dans ce contexte, la presse libérale russe s'est félicitée qu'un tel film ait enfin vu le jour en Russie, où, malgré de multiples tentatives, les parades gays sont systématiquement interdites par les autorités.

Le réalisateur, Félix Mikhaïlov, «a réalisé le premier film articulé qui soutienne les homosexuels», note le quotidien Vremia Novosteï, dans une critique intitulée «Douloureusement nécessaire». «On tombe tellement amoureux de (l'acteur finlandais) Ville Haapasalo dans sa robe en lurex que la fin tragique de son personnage est ressentie (par le spectateur) comme un deuil personnel», relève le magazine culturel Time Out dans son édition russe.

«Cela change les gens, même un tout petit peu»
Le réalisateur, qui n'est pas lui-même homosexuel, raconte avoir eu l'idée du film il y a dix ans en travaillant avec une troupe de drag-queens et dément avoir voulu mettre en scène un plaidoyer pour les droits des homosexuels en Russie. «S'ils le voient comme ça tant mieux (...) mais on a voulu éviter toute idéologie», explique Félix Mikhaïlov, qui se dit d'ailleurs opposé à l'organisation d'une parade gay en Russie. «Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Pas parce que c'est quelque chose de bon ou de mauvais, mais parce que dans notre pays nous n'avons pas la culture des festivals de masse», juge-t-il, estimant qu'une telle manifestation en Russie aurait des allures «pathétiques et bon marché».

Si ces déclarations du réalisateur paraissent tout sauf militantes, voire contradictoires avec le message de visibilité mis en avant par son long-métrage, il n'en reste pas moins que la communauté gay accueille ce film comme une bouffée d'air frais. La société russe considère encore largement cette question comme un tabou, malgré la chute de l'URSS et la décriminalisation des rapports homosexuels qui a suivi. «Lorsqu'un bon film sort, lorsque c'est fait avec humour –et ce film appartient à cette catégorie– cela change les gens, même si ce n'est qu'un tout petit peu», se réjouit Ed Michine, qui publie le principal magazine gay de Russie, Kvir (Queer).

En bonus, la bande-annonce (en VO):

 

Avec AFP.

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11 réactions de la communauté

 
NémoGizmo

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De NémoGizmo

Le 27 octobre à 13h02

Là c'est vraiment drôle et subversif, rien à voir avec de la stupide télé réalité.

;o)

 
JDC

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De JDC

Le 27 octobre à 14h04

Le film a l'air vraiment sympa...surement une belle bouffée d'oxygène en Russie...!

 
Numa

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De Numa

Le 27 octobre à 14h14

Si j'écris un message pour dire que ce film est à peu près l'équivalent de la Cage aux folles dans les années 70, je vais passer pour un incorrigible pessimiste.

Je mets donc en parallèle la critique optimiste d'un journal et la déclaration réelle du réalisateur ; les plus malins comprendront :

1) "Le réalisateur, Félix Mikhaïlov, «a réalisé le premier film articulé qui soutienne les homosexuels», note le quotidien Vremia Novosteï"

2) "On a voulu éviter toute idéologie», explique Félix Mikhaïlov, qui se dit d'ailleurs opposé à l'organisation d'une parade gay en Russie."

Voilà, tout est dit.

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 27 octobre à 14h35

tu as vu juste pour cette apparente contradiction, mais en fait c'est exactement quand, en 2008, est sorti le film français sur l'homoparentalité, "Comme les autres": pour la promo, pour que le film soit bien distribué en salles et ne fasse pas trop peur :-(, on se défend qu'il soit militant etc etc etc..

hélas même des homos visibles (gérants de médias, sites web, commerces...), en Russie, se disent hostiles à la tenue de "gay pride" dans leur pays...
par ailleurs, pourquoi écrire ici le nom de "Ed (Edouard) Michine" (ou Micha) en itlaique comme si c'était un titre de film ou de journal?

 
hector dumas

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De lepédé

Le 27 octobre à 17h00

je me méfie toujours des gens qui ont un avis sur tout... vous pouvez toujours fantasmer dans le vide, vous n'avez même pas vu le film !!! Voilà, tout est dit.

 
hector dumas

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De Numa

Le 27 octobre à 17h04

Tiens, on a trouvé l'horripilant de service. Dis donc, t'as l'air bien lourd, toi, hein.

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 27 octobre à 17h11

@ lepédé:

toi tu a toujours un avis sur l'avis des autres, c'est assez bizarre dans le genre mal-embouché-avec-la-tête-de-Jackie-Sardou... ca a un côté "vieux grognon" du Muppets show! :o)

pas de chance pour toi, un ami russe, courageux et très militant (on ne compte plus ses arrestations), l'a déjà vu. je lui fais confiance sur le côté "subversif et drôle".

et sinon, pour ma part surtout j'ai tenté d'expliquer la démarche de promo et la position sur les "gay pride"...

 
hector dumas

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De Numa

Le 27 octobre à 17h15

Je préfère largement le grognon du Muppets Show !. La comparaison est très flatteuse.

 
Numa

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De Numa

Le 27 octobre à 17h45

Nemo, ton ami russe il était aux côtés de Volker Beck quand il s'est fait arrêter ? C'est effectivement courageux !

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 27 octobre à 18h00

il n'était pas loin du tout... :o)

comme d'autres amis et proches.

bises

 
vpi79

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De vpi79

Le 04 novembre à 19h15

@TETU : « malgré la chute de l'URSS et la décriminalisation des rapports homosexuels qui a suivi »

Mais ce n'est pas allé assez loin: la Russie la considère toujours comme une maladie, et les traitements inhumains, enfermements dans les hopitaux psychiatriques, électrochocs, soumission à des images pornographiques hétérosexuelles pour forcer les enfants que les parents soupçonnent d'homosexualité, afin de les guérir de force, ou l'envoi des gosses dans des camps paramiliaires, voire l'incorporation forcée dans l'armée, où ils sont soumis à toutes sortes de brimades et de coups (voire aussi à des meurtres en réunion et non réprimés), tout ça c'est parfaitement autorisé.
Et que dire des ratonnades, insultes, racket, dans les établissements scolaires et universités russes : pas un élève ou étudiant responsable n'est expulsé pour ça : on renvoie l'élève victime.
Que dire aussi des enseignements de certains profs russes, qui enseignent clairement la doctrine homophobe (d'ailleurs présente dans les programmes officiels) sans être sanctionnés.
Que dire des licenciements et abus divers dans le monde du travail en Russie, où les gays doivent absolument faire très attention à ne jamais être identifiés comme tels (pas un employé qui brimerait un collègue gay pour ça n'est licencié ou poursuivi en justice, et même si ça se produit, ça conduit à des non-lieus, ou simplement la justice accepte le licenciement pur et simple comme seule solution au problème).
Que dire des médias russes sous le contrôle d'un quasi-dictateur mafieux installé au Kremlin grace à des lois d'exception faites sur mesure pour lui permettre de garder ce contrôle à vie pour lui ou ses amis, et qui viole le droit et peut faire renvoyer n'importe quel journaliste ou animateur à sa guise.
La Russie n'a malheureusement jamais eu l'expérience d'une démocratie, elle est toujours passée d'un empire à un autre, et elle n'a aujourd'hui que l'illusion d'une liberté tous les jours mise à mal, et elle vénère tous ses dictateurs.

 
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