"Être élevé par des homos ne perturbe pas le développement des enfants"
Avant l'important débat sur l'homoparentalité, le 3 février à Paris, interviews croisées avec Franck Tanguy et Martine Gross, de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL).
Comment se présentera le débat organisé le 3 février prochain à Paris ? Franck Tanguy: Avec des scientifiques des sciences humaines et sociales de renom (notamment l'anthropologue Maurice Godolier et le psychanalyste Serge Hefez), on fera le point sur l'homoparentalité en France. Juste avant l'élection présidentielle, c'est un moyen d'amener le débat politique sur ce sujet. L'APGL, qui existe depuis 21 ans, est la plus légitime pour créer ce débat-là . Pour les avoir rencontrés à de multiples reprises depuis les débats sur le Pacs, on a constaté que les partis, Les Verts et le Parti communiste en tête, étaient de plus en plus réceptifs à ce sujet. Le Parti socialiste, au départ assez réticent, est désormais ouvert à reconnaître nos familles, sans toutefois reconnaître l'insémination artificielle avec donneur pour les lesbiennes. Quant à la droite, on sent qu'elle est en train de faire le même boulot. Les candidats à l'élection présidentielle seront-ils tous présents ? Franck Tanguy : Nous aurions préféré que l'UMP nous envoie quelqu'un d'autre, pour ce débat, que Stéphane Dassé, président du mouvement GayLib. Bien qu'il soit compétent, il n'est pas représentatif de son parti. En revanche, la candidate Marie-George Buffet sera présente pour le PC. On souhaite un mot d'engagement de la part de Dominique Voynet (Verts) et de Ségolène Royal (PS), Noël Mamère et Patrick Bloche seront là pour représenter leurs partis respectifs. Le député Jean-Christophe Lagarde, pour l'UDF, complètera le panel d'invités. Parallèlement, vous publiez la version 2007 du Guide bibliographique de l'homoparentalité. Pourquoi? Martine Gross : L'idée est de créer un outil pour favoriser le travail des chercheurs, et prouver qu'il existe bel et bien des textes documentant l'homoparentalité dans le monde: on en dénombre près de 1000 en 35 ans. Il y en a 319 rien qu'en France, dont sept thèses de doctorat et 11 mémoires de DEA, et d'autres sont en cours. Il s'agit de contrer les hommes politiques qui affirment que ces études sont inexistantes. On nous affirme souvent que le développement et l'équilibre psychologique des enfants élevés par des homos seraient menacés, or on a retrouvé moins d'une vingtaine de textes négatifs sur le développement psychique de l'enfant, dont la majorité sont le fruit de recherches financées par le milieu religieux américain. En réalité, de toutes les études existantes, il ressort que le fait d'être élevé par des homos n'entraîne pas de différence notable pour les enfants. Ils ne vont pas plus mal que dans des familles traditionnelles. Y a-t-il déjà eu une impulsion politique pour lancer ces études scientifiques? Martine Gross : Non, et il serait effectivement très bien qu'un groupe parlementaire commande une étude au CNRS sur le sujet. Cela permettrait d'attribuer plus de moyens aux chercheurs, car, comme dans la recherche en général, le manque d'argent est criant. De cette façon, on ne pourrait pas, comme l'a fait Valérie Pécresse [rapporteure de la mission parlementaire sur la famille] dans une interview, insinuer que les études sont financées par les associations homosexuelles. C'est absolument faux. Débat "Homoparentalités, questions et réponses aux familles d'aujourd'hui", samedi 3 février de 13h30 à 17h, amphithéatre de l'EHESS, 105 boulevard Raspail, 75006 Paris, métros Saint-Placide / Notre-Dame-des-Champs.Guide bibliographique de l'homoparentalité, disponible sur le site de l'APGL.











