Russie: La journaliste lesbienne qui milite contre l'homophobie
PORTRAIT. Elle est journaliste, ouvertement lesbienne et militante. Elena Kostyuchenko, qui travaille pour le fameux quotidien russe Novaïa Gazeta, est une personnalité impressionnante de la lutte contre l'homophobie en Russie.

Elena Kostyuchenko fume ses Vogue au tiers; elle parle trop. La journaliste de Novaïa Gazeta et militante LGBT en action depuis quelques mois reçoit sans cesse des menaces de mort via son blog. Eu égard à ses enquêtes qui dérangent, sur la corruption en politique et dans le monde des affaires notamment, et à son orientation sexuelle dorénavant. Novaïa Gazeta c'est ce quotidien russe connu pour être très critique vis à vis du gouvernement et dont neuf collaborateurs (dont Anna Politkovskaïa) ont été assassinés en l'espace de dix-huit ans.
Agression lors de la gaypride
On s'attend à voir arriver un roc: c'est la douceur incarnée. Dès lors, on imagine mal comment la frêle jeune femme de 24 ans a essuyé les coups de son agresseur, le 28 mai dernier, pendant la courte gay pride de Moscou (lire notre article). Elena Kostyuchenko décide ce jour-là de faire coïncider la marche des fiertés avec son coming out. Si elle n'a jamais dissimulé son orientation sexuelle au sein de sa rédaction, son homosexualité n'est pas de notoriété publique.
Au bras de sa compagne dont elle partage la vie depuis deux ans, Elena défile donc avec force pancartes et drapeaux. Mais la marche est de courte durée: «On est sorties du métro vers 13 heures, se souvient la jeune femme. On a fait 200 mètres avec nos écriteaux qui portaient des inscriptions telles que "je l'aime, elle". Soudain, un homme a jailli de la foule et a arraché nos drapeaux, puis mon amie Anya s'est faite chahuter. Jusqu'à ce que je reçoive un coup d'une rare violence à la tempe gauche: je n'entendais plus rien.» Quelques semaines d'hospitalisation plus tard, Elena s'aperçoit de l'ampleur qu'a pris sa participation à la gay pride: le post qu'elle a publié la veille de la manifestation sur son blog a été lu par quelque 500 000 personnes et son agression a été relayée par tous les medias.
Quatre collègues assassinés
Née dans une famille pauvre de Iaroslavl, ville russe située à quelque 300 km au nord-est de Moscou, Elena est journaliste depuis neuf ans. Faites le compte: elle a commencé à travailler à 13 ans! «Au début, j'ai cherché à gagner de l'argent dans le but de me payer une paire de bottes, se souvient-elle. Cet été-là, j'ai acheté un numéro de Novaïa Gazeta dans lequel je suis tombée sur un article d'Anna Politkovskaya (ex-journaliste du quotidien, abattue dans sa cage d'escalier en octobre 2006, ndlr) sur les enfants de Tchétchénie.» C'est le déclic: Elena se promet de tout faire pour intégrer un jour la rédaction de ce journal. Un an plus tard, la jeune fille déménage à Moscou où elle obtient d'être d'abord stagiaire à Novaïa Gazeta. En sept ans de collaboration, la jeune journaliste a vu quatre de ses collègues assassinés.
«Si la Gay Pride était à refaire, je n'hésiterais pas une seule seconde», reprend Elena. A vrai dire, semble-t-il, il n' y a pas grand chose qui effraie la jeune femme. Et quand on lui demande si ce n'est pas invivable de se sentir menacée en permanence, Elena rétorque le plus simplement du monde, sourire à demi, que non. «Depuis l'instant où j'ai compris que si l'on veut me tuer, on me tuera et que je n'ai pas le contrôle là-dessus, je suis très sereine. C'est comme la pluie: elle tombe sur moi, je ne peux pas l'arrêter.»
Photo: TÊTUE.











LES CHAÎNES 














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De Brebis
Chapeau bas à tous ces journalistes parce que, pour être journaliste en Russie, il en faut du courage et, être mis sur le même pied d'égalité qu'Anna Politkovskaïa à seulement 24 ans, c'est un véritable honneur!
La lutte continue! :)