Oscars: «Milk» fera-t-il mieux que «Brokeback»?
Les Oscars 2009, c'est dimanche! En 2006, à la surprise générale, «Brokeback Mountain» n'avait pas remporté la statuette du meilleur film. «Milk» a-t-il plus de chances?

L'Oscar du meilleur film avait échappé en 2006 au western gay Le Secret de Brokeback Mountain, à la surprise générale. Trois ans plus tard, la biographie du héros gay Harvey Milk a-t-elle une chance devant ce jury parfois jugé conservateur?
8 fois nommé
Tourné par Gus Van Sant, Harvey Milk, qui sort sur les écrans français le 4 mars, raconte le destin du premier homme politique américain ouvertement homosexuel à avoir été élu à un poste à responsabilités, à San Francisco dans les années 1970. L'œuvre a été nommée à huit reprises pour les 81e Oscars, et dans des catégories prestigieuses: film, réalisateur, acteur pour Sean Penn dans le rôle titre, second rôle masculin pour Josh Brolin et scénario original.
Mais l'histoire récente des Oscars incite à la prudence sur les chances de victoire d'une telle oeuvre. En 2006, Brokeback Mountain, qui était donné favori pour le trophée le plus convoité, celui du meilleur film, avait perdu face à Crash (Collision en version française). Ang Lee s'était consolé avec l'Oscar du réalisateur. Certains commentateurs avaient affirmé que des électeurs de l'Académie des Oscars avaient voté pour Crash par hésitation à récompenser un film perçu comme «gay».
«Il n'y a pas de doute que l'homophobie et la nature de Brokeback Mountain aient incité certains membres de l'Académie à ne pas le soutenir. Je ne pense pas que cela ait été la majorité, mais cela a pu être assez pour faire pencher la balance», observe Neil Guiliano, président de l'association américaine de défense des homosexuels GLAAD. «Cette année, je suis certain que les problèmes d'il y a trois ans auront servi de leçon aux membres de l'Académie et qu'ils voteront pour le film dont ils estiment vraiment que c'est le meilleur de l'année», explique M. Guiliano à l'AFP.
Une histoire authentique et significative
En brisant les conventions du western et l'image du cow-boy, Brokeback Mountain avait provoqué l'exaspération de groupes conservateurs. Harvey Milk est loin d'être aussi polémique, souligne Larry Gross, professeur de communication à l'université de Californie du sud et spécialiste des rapports des médias à l'homosexualité: «il s'agit d'une "biographie filmée assez classique, il n'y a pas beaucoup de sexe, juste un baiser au début». Mais il note aussi qu'un tel film «n'a pu se monter que parce que Sean Penn était là». La présence de cet acteur de premier plan, Oscar en 2004, a contribué à débloquer un projet dans les limbes depuis 15 ans.
Pour M. Guiliano, le simple fait que ce film ait pu se tourner montre que «notre culture est en train de changer, et devient plus tolérante». Sorti par coïncidence quelques semaines après le rejet des mariages homosexuels par les électeurs californiens, Harvey Milk permet de «rappeler à Hollywood que le public a soif d'histoires qui racontent des histoires authentiques et significatives sur les homosexuels et les lesbiennes», selon lui.
Même optimisme pour Todd Heusen, directeur du festival du film gay Outfest de Los Angeles, où Gus Van Sant avait été récompensé il y a dix ans pour l'ensemble de sa carrière. Il rappelle que le début du changement d'attitude de Hollywood sur les personnages homosexuels a eu lieu lorsque Tom Hanks a reçu un Oscar pour son rôle de malade du sida il y a quinze ans dans Philadelphia. «Puis il y a eu de plus en plus de rôles d'homosexuels dans les séries télévisées», note-t-il.
«Cela nous a mené à voir Brokeback obtenir un important succès et être accepté par le grand public, et le fait qu'il ait été nommé (aux Oscars) et obtenu le trophée du réalisateur constituait un sacré succès», selon M. Heusen, pour qui ce film «a montré le pouvoir du cinéma à faire évoluer» les mentalités.
(Avec AFP.)




















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De antinous
A la différence de Brokeback Mountain, le film de Gust Van Gus Van Sant s'inscrit dans une double trajectoire.
La première, c'est évidemment celle du film historique. La Liste de Schindler, Braveheart, Le Titanic, Amadeus, Le Dernier Empereur, Gandhi ... quelques films qui dans les 30 dernières années révèlent l'attachement de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences aux films dont la vérité historique est le leitmotiv.
La seconde trajectoire est celle de l'actualité brûlante. Les Etats-Unis, 30 ans après la disparition d'Harvey Milk, 40 ans après celle de Martin Luther King, 44 ans après celle de Malcom X, viennent de désigner dans une proportion quasi-historique un président black. Ce n'est pas une histoire de couleur, c'est une histoire d'Histoire. En 2001, Bush a ouvert une page sécuritaire où les libertés ont été étouffés sous le bruit des bottes. Aujourd'hui, c'est un courant inverse qui s'est installé. Les libertés publiques et l'égalité sont redevenus des combats américains (l'égalité homme-femme a fait un pas avec la signature par Barack Obama de la loi Lilly Ledbetter). Qui peut croire que nous serons laissés sur le côté.
Et puis s'il suffisait d'une phrase au jury outre-atlantique : If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door.