MONDO LESBO: Portrait de Yu, butch japonaise en transition
Yu est une butch japonaise de 23 ans en quête d'une nouvelle identité car, selon elle, être une lesbienne butch trouble d'avantage la norme sociale que de changer de sexe. TÊTUE est allée à sa rencontre dans le quartier homo tokyoïte de Shinjuku Ni-Chôme où les lesbiennes masculines sont assez invisibles.

La grande discrétion des lesbiennes japonaises ne facilite pas les rencontres, surtout avec les butches, peu nombreuses à Tokyo, même dans le quartier gay Tokyoïte à Shinjuku Ni-Chôme.
Aide-soignante dans une maison de retraite, Arisa souhaite qu'on l'appelle Yu (un prénom masculin japonais) et se présente, sans complexes, comme une butch. A la rencontre de cette Japonaise aux lunettes rectangulaires, à la voix grave et au look travaillé façon garçonne, on ne s'étonne pas d'apprendre qu'on «l'appelle toujours 'Monsieur' dans la rue». D'aussi loin qu'elle se souvienne dans sa plus tendre enfance, elle a toujours cherché à entretenir cette ambiguïté de genre, «sans pour autant me faire remarquer» ajoute t-elle, avec un sourire timide.
Une homosexualité acceptée comme une nature profonde
Puis elle replonge dans ses souvenirs: «J'étais très influencée par mes deux frères et je ne jouais qu'avec des groupes de garçons dans la cour de récréation et, comme eux à l'adolescence, je commençais à ne m'intéresser qu'aux filles…» En dépit du conformisme japonais assez rigide, Yu raconte que son coming out à l'adolescence fut très simplement acceptée par sa famille et ses amis: «Tout le monde a compris que mon homosexualité faisait partie de ma nature profonde.»
Aujourd'hui, le cercle d'amies butches auxquelles elle s'identifie lui permet de se sentir moins isolée: «le partage, c'est essentiel. En dehors de Shinjuku Ni-Chôme, je ne peux pas souvent parler de mon expérience avec des filles qui me comprennent.»
Devenir un homme plus facile que de s'assumer comme butch
L'air gêné et la voix moins assurée, elle ajoute: «Je garde néanmoins toujours cette impression de ne pas être normale.» S'afficher comme lesbienne et plus encore comme butch est en effet difficile à assumer au pays du Soleil Levant. Yu explique en effet que les personnes dont l'homosexualité est marquée dans le look ne sont pas prises au sérieux dans les milieux professionnels et restent fréquemment l'objet de railleries dans les médias. Elle appuie son propos en citant l'exemple de Kaba-Chan, un célèbre danseur très médiatisé à la télé, qui joue le clown de service et dont se moque parce qu'il est gay et l'affiche ouvertement comme tel. Yu souffre également de «ce manque de crédibilité» et a conclu que devenir un homme serait plus facile à vivre que de rester butch. Ici, dit-elle, «ce qui compte, c'est entrer dans la norme et être hétérosexuel pour ne pas se distinguer des autres Japonais. Après l'opération, ce sera mon cas.»
Une opération pour changer de sexe
Pour ne plus sortir du rang tout en restant cohérente avec son identité de genre, Yu a ainsi décidé de franchir une étape radicale au bout de trois ans de réflexion: elle a choisi d'avoir recours à des traitements hormonaux à la fin de l'année 2010 pour une première transformation physique. Ensuite, il faudra que deux psychiatres confirment l'existence de son «trouble de l'identité sexuelle», une condition légale et obligatoire au Japon pour changer de sexe. Rien que pour l'opération, il lui faudra débourser l'équivalent de 15.000 Euros. Mais Yu reste motivée et continue d'économiser.
L'homme qu'elle rêve de devenir, elle rappelle qu'elle le doit à Aya Kamikawa, le premier transsexuel élu au Japon en 2003. Cet homme politique s'était alors battu pour le droit au changement de sexe des transsexuels dans les documents administratifs et légaux. En 2004, il s'agissait alors d'une véritable refonte juridique très attendue : «Même si cela fait longtemps que l'opération est légale au Japon, le changement de nom et de sexe sur les papiers n'a été reconnu qu'en 2004 par le gouvernement.» Malgré cette victoire, Yu tente de rester pragmatique et lucide en rappelant que l'opinion japonaise sur les transsexuels évolue dans le bon sens, mais lentement… La butch ne sera donc bientôt plus, vive la renaissance de Yu en homme!
Photo: Agnès Gallais.











LES CHAÎNES 














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De Hinageshi
Curieux.
Il semblerait qu'elle ne souffre pas exactement du « trouble de l'identité sexuelle » qui lui permettrait de changer légalement de sexe.
On sait qu'en Iran, de nombreux homos ont — de gré ou de force —changé de sexe ; mais le Japon n'est tout de même pas l'Iran !
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De Delphine2612
Trouble de l'identité? quesako?
Je suis désolée Hinageshi, mais il va falloir revoir vos notions sur le genre et sur les raisons de la transidentité et la réalisation d'une transition.
Ces raisons sont bien décrites dans l'article:
"Ici, dit-elle, «ce qui compte, c'est entrer dans la norme et être hétérosexuel pour ne pas se distinguer des autres Japonais. Après l'opération, ce sera mon cas.»
Donc tout simplement l'oppression binaire (donc le fait que le sexe prime dans l'identité sexuée d'une personne selon l'idéologie imposée par les États) et l'hétéropatriracat.
Rien de plus!
Tout le reste: raisons médicales, ordre naturel ... ne sont que pets de lapins, mais des pets qui font souffrir des millions de gens sur cette planète: les gays, les lesbiennes, les bi, les trans, les femmes, ...
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De Delphine2612
Juste deux suppléments pour information:
lisez ces deux documents pour commencer à voir le monde différemment:
- Droits de l'Homme et identité de genre sur ce lien:
https://wcd.coe.int/com.instranet.InstraServlet?command=com.instranet.CmdBlobGet&InstranetImage=1561633&SecMode=1&DocId=1458356&Usage=2
- Les principes de Jogjakarta sur celui-ci:
http://www.yogyakartaprinciples.org/principles_fr.htm
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De Hinageshi
Nous ne sommes pas sur la même longueur d'ondes apparemment.
J'ai repris l'expression « trouble de l'identité sexuelle » dans l'avant-dernier paragraphe de l'article de TÊTU, et ne l'ai ni inventée ni sortie de mon chapeau :
« Ensuite, il faudra que deux psychiatres confirment l'existence de son “trouble de l'identité sexuelle”, une condition légale et obligatoire au Japon pour changer de sexe. »
Ce dont semble souffrir Yu, selon l'article de TÊTU, c'est d'homophobie et pas de troubles de l'identité de genre.
(« S'afficher comme lesbienne et plus encore comme butch est en effet difficile à assumer au pays du Soleil Levant.
Yu explique en effet que les personnes dont l'homosexualité est marquée dans le look ne sont pas prises au sérieux dans les milieux professionnels et restent fréquemment l'objet de railleries dans les médias. »)
On peut raisonnablement penser que, dans une hypothétique société où l'homosexualité serait parfaitement acceptée, Yu s'épanouirait en lesbienne butch sans souhaiter changer de sexe.
Et c'est donc pourquoi je ne suis pas certain que les psychiatres (dont les certificats médicaux sont requis) poseront un diagnostic de « trouble de l'identité sexuelle ».
Voilà, voilà…
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De Delphine2612
Hinageshi a écrit:
"Nous ne sommes pas sur la même longueur d'ondes apparemment."
seulement si on considère que les boites, les classements entre les personnes sont nécessaires pour classifier le sujet.
Si l'identité de genre était prédominante par rapport à la norme imposée que l'aspect des organes génitaux sont la base de la classification, alors il n'y aurait nul besoin de devoir respecter ces dites normes politiques.
Yu souffre de la discrimination imposée par cette idéologie comme quoi l'aspect physique prime.
Donc, dans une société dans laquelle cette idéologie serait mise aux oubliettes, PERSONNE ne souffrirait de son identité de genre et de son orientation sexuelle.
Je sais, cela semble inconcevable, mais l'utopie de ce jour ne peut-elle être la réalité de demain?
Finies alors les classifications ''trans'', ''gays'', "lesbiennes'', ... avec des sous classes " butchs" ...
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De Delphine2612
Ensuite plus précisément sur la question de la transidentité:
"« Ensuite, il faudra que deux psychiatres confirment l'existence de son “trouble de l'identité sexuelle”, une condition légale et obligatoire au Japon pour changer de sexe. »"
Cette condition est obligatoire légalement partout sur la planète, les trans étant encore classéEs dans je DSM en maladie psychiatrique.
Cette obligation est liée à la non compréhension de la notion de genre, et à l'idéologie Etatique.
En fait, nul psychiatre n'est nécessaire pour confirmer la transidentité de la personne. ChacunE est capable de connaitre son genre, et donc de savoir si une transition est nécessaire.
" ... je ne suis pas certain que les psychiatres (dont les certificats médicaux sont requis) poseront un diagnostic de « trouble de l'identité sexuelle »."
pourquoi poser un diagnostic pour une non maladie?
la notion de ''trouble de l'identité de genre'' ramène à une maladie, or la transidentité n'est pas une maladie: c'est uniquement la conséquence de l'idéologie imposée que le sexe doit primer sur le genre!!!
Plus appliqué à Yu, si il/elle (pour l'instant il/elle n'a pas visiblement défini son genre) fait une transition uniquement sur une base homophobe, l'échec est assuré.
En effet, faire une transition n'est absolument pas anodin, n'est bien évidemment absolument pas liée à l'orientation sexuelle. Commencer une transition sans avoir fait "l'état des lieux" dans sa tête, sans avoir fait le ménage et sans savoir exactement qui on est est suicidaire.
L'idéal serait d'avoir bien assimilé cette opposition induite par l'idéologie que l'aspect des organes génitaux, l'aspect physique prime sur le genre, avoir bien assimilé que la transition que l'on va faire est une OBLIGATION du fait de cette idéologie, uniquement car la société ne nous permet pas de Vivre si le changement physique n'est pas effectué.
Nombre de trans restent encore avec la vision du siècle précédent qu'il faut absolument mettre son corps en accord avec la personne enfermée à l'intérieur avec tous les moyens médicaux et chirurgicaux.
Il faut arriver à se dire: la société m'oblige à faire cette transition complète, mais qu'est-il nécessaire pour moi afin de trouver mon équilibre? ce bilan étant fait, je fais une transition non pour plaire à la société, mais pour moi car je vis dans cette société.
La nuance semble subtile, je pense que toute personne transidentitaire devrait y réfléchir.
Ensuite chacunE fait comme il peut, comme il veut, l'important étant de Vivre.