L'Unity Bar fête ses dix ans
Corinne et Jean ont ouvert l'Unity Bar en 1996. Dix ans se sont écoulés. Déjà ...
Vendredi 9 juin, l'Unity Bar fête ses dix ans. L'occasion pour nous de raconter un peu l'histoire du milieu des filles à travers le regard de Corinne. Récalcitrante à l'interview au départ, elle explique que ce sont les clientes elles-mêmes qui parleront mieux de son bar. Mais plus le temps passe, plus elle se confie, toujours directe dans ses propos. Un caractère volontaire qui laisse pointer une sensibilité touchante.
L'ouverture du bar a-t-il posé problème dans le quartier?
Oui, au début, en 1996, il n'y avait aucune visibilité homo. Il y avait bien sûr la Champmeslé depuis 1979. Mais j'ai rencontré ma compagne Jean (prononcer "Djine") aux États-Unis. Grâce à son influence, c'était plus facile de s'affirmer à Paris comme font les gays et les lesbiennes là-bas. La visibilité n'existait pas chez les lesbiennes en France, c'était avant-gardiste d'ouvrir ce bar et de planter un drapeau multicolore. Sinon en 1996, il y avait aussi un policier qui ne comprenait pas le concept de bar lesbien. Alors il nous reprochait la soi-disant nuisance sonore, en se disant sans doute:"On va faire chier les lesbiennes…" Mais j'y allais toujours de mon: "Bonjour monsieur, merci monsieur, au revoir monsieur…" Sinon je n'ai pas eu trop de problèmes.
Pourquoi l'Unity Bar?
Ce nom vient du thème "Unity" des Gay Games aux États-Unis en 1994. Et on a gardé le côté américain avec le billard au milieu du bar.
Qu'est-ce qui fait la spécificité de l'Unity pour vous?
Ici, c'est avant tout un bar de quartier. Souvent, ce sont les clientes qui organisent elles-mêmes les soirées, les animations. On a des improvisations de théâtre, des tournois de billard… C'est très familial. Depuis deux ou trois ans, les lesbiennes conçoivent leur enfant toutes seules, alors qu'avant elles avaient vécu précédemment avec un homme. Avant c'était tabou d'en faire en tant que lesbienne. Aujourd'hui, c'est un fait de société qui va se répercuter sur l'ensemble de la société. Dès 16 heures, on voit régulièrement des mères venir avec leur bébé. Ici, c'est un cocon, c'est convivial. Aujourd'hui, les lesbiennes ont des enfants ou le désir d'en avoir, elles sont décomplexées. La visibilité dépend de chacune ensuite. Certaines estiment que la société a assez évolué, et que ce n'est plus la peine de se battre maintenant.
Quels droits les homos pourraient-ils revendiquer avant tout?
Plus que des droits, c'est la mentalité des gens par rapport aux homos qu'il faudrait faire évoluer. On n'a pas à insulter un homo parce qu'il est homo. Le Pacs a beaucoup fait évoluer les choses, il a libéré beaucoup de jeunes homos, c'est plus facile. C'est un fait qui a été réalisé et accepté. Pourtant la tolérance n'est encore qu'apparente, la société est hétérosexuelle. Avant, il y avait un interdit par rapport aux enfants pour les lesbiennes. Mais les lesbiennes devraient se regrouper, se prendre en main et se battre: il n'y a pas assez d'unité entre elles. Elles pourraient plus s'entraider. Même le soutien de quelques copines, c'est important. Il faut arrêter de s'exclure, ne pas exclure mais s'exprimer aux côtés des gays.
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