Les homos syriens sortent timidement de l'ombre
À l'Onu, la Syrie est le porte-parole des pays homophobes. Mais dans les rues de Damas, les gays sont bien là et commencent à revendiquer le droit d'exister.
En Syrie, les homosexuels commencent à sortir de l'ombre avec l'appel, lancé sur Internet par une poignée d'entre eux, à la tolérance dans une société relativement conservatrice qui les considère comme des malades ou des pervers.
«Ils sont de plus en plus visibles dans certains points de rencontres à Damas», une rue commerciale d'un quartier chic, un jardin public près d'un grand hôtel, des pubs dans le centre historique où ils se rencontrent une fois par semaine, affirme à l'AFP un journaliste syrien. Ils sont issus de la petite bourgeoisie urbaine qui «constitue le moteur de l'émancipation des homos», affirme-t-il. Et c'est sur Internet qu'ils «se dévoilent le plus sincèrement», estime ce jeune journaliste qui veut garder l'anonymat.
«Je suis ton semblable»
L'Internet est un moyen de «contourner toutes les restrictions sociales», qui permet de se défouler dans l'anonymat ou de former son propre réseau de connaissances, explique-t-il.
Sur le web, quelque 200 homosexuels syriens ont constitué un groupe «Je suis ton semblable» et ont publié un manifeste à la tolérance (voir la page Facebook). «Je suis homosexuel, j'ai le droit d'exprimer mon opinion. Je fais partie de cette société qui me doit son respect. Je suis homosexuel, mais je ne viens pas d'une autre planète», affirme cet appel sans précédent. Le texte appelle à l'abrogation d'une clause du code pénal qui «sanctionne les individus pour leurs orientations sexuelles qu'ils n'ont pas choisies».
«Relations outrageantes»
En Syrie, comme dans la plupart des pays arabes, l'homosexualité est considérée comme «un délit». Celle-ci n'est pas explicitement mentionnée par la loi qui prévoit une peine allant de six mois à un an de prison pour des «relations outrageantes», explique Ammar Qorabi, président d'une organisation des droits de l'Homme.
L'écrivain Nabil Fayyad, qui se présente comme un défenseur des droits des minorités, dénonce lui «l'amalgame» entre homosexualité et prostitution. Selon lui, «il y a plus d'homosexuels et de lesbiennes que l'on ne croit. 20% sont des homos ou des bisexuels», mais la majorité des Syriens refusent de le reconnaître. Il évoque des jardins publics et des restaurants à Damas. Des hammams, où les gens venaient jadis pour discuter, «sont devenus un traditionnel lieu de rencontre» pour les gays, assure-t-il. Il se rappelle d'un Américain, Edward G., originaire de San José (Californie, ouest) qui se rendait régulièrement en Syrie pour du «tourisme sexuel». Il était muni d'un guide gay et se disait «étonné par l'extension de ce phénomène».
«Sauver les apparences»
Souheil, la trentaine, ne donne pas son véritable prénom. Il dit mener une double vie pour «sauver les apparences». Il «souhaite que les mentalités changent» et que les droits de tous soient «respectés indépendamment de leur identité sexuelle». Bassam, chauffeur, affirme au contraire «être dégoûté». Il voit dans l'homosexualité «une maladie». «Les homosexuels doivent se faire soigner», ajoute-t-il.
En décembre 2008, un appel à la dépénalisation de l'homosexualité déposé à l'Assemblée générale de l'ONU, a été signé par 66 pays. Soixante autres pays ont signé une déclaration opposée, qui avait été lue par la Syrie et soutenue par les pays arabes.
Par Roueira Mabardi/AFP. Photo: Fotolia.
























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De Tomfralex
Bon, déjà , on nous parle de Damas, et la photo illustrant l'article nous montre le chemin d'accès de la forteresse d'Alep. Encore une photo qui dévie du sujet de l'article, quoi ! Merki Têtu !
Petit commentaire sur la vidéo que le site de Têtu met en lien sur le site de www.mefeedia.com à propos de trois "gays" irakiens ayant fui vers la Syrie. Deux des trois intervenants, "Claudia" et "Silvana", sont sous-titrés en anglais par un banal "je suis gay" alors qu'ils emploient bien également le terme en vogue "je suis du troisième sexe". C'est important de noter ceci : le mouvement d'émancipation naissant dans le monde arabe tente d'utiliser, à tort ou à raison, le concept selon lequel les homosexuels masculins feraient partie d'un troisième sexe, associant plus ou moins l'idée selon laquelle ce serait génétique, inné, et ainsi irrémédiable. Voulu par Dieu, en quelque sorte.
Cela rappelle évidemment la classification "uranien-ne / dyonisien-ne" de Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895) et de Magnus Hirschfeld (1868-1935), où l'homosexuel est "une âme de femme dans un corps d'homme". C'est-à -dire que les homosexuels du monde arabe adoptent progressivement un mode de justification existentielle dont l'échec a été patent au XXe siècle en Occident. Puisqu'ils ont été élevés dans une mentalité selon laquelle l'on est soit inséré, soit insérant, dans le rapport sexuel, beaucoup d'entre eux adoptent inconsciemment l'attitude de l'inséré, ce qui signifie forcément, dans un monde machiste et androcentré, ÊTRE la femme, dont il faut adopter les attitudes, voire les attributs, pour être reconnu, tout au moins être plus acceptables.
D'où les revendications de "troisième sexe", d'où la confusion systématique entre homosexuel et transsexuel, d'où l'adoption d'un prénom typiquement féminin ("Claudia" et "Silvana" en sont de beaux exemples dans ce reportage), d'où un code vestimentaire ou capillaire typiquement non-masculin pour la région, d'où le port de certains bijoux, d'où le fait que "Silvana" parle d'un autre homo au féminin en arabe (cela est fréquent entre les individus d'un groupe d'amis homosexuels), d'où le recours à la prostitution en tant que passif (parce que c'est une activité qu'on attend d'une femme et pas d'un véritable "homme"), d'où la tentation de ressembler même physiologiquement à une femme ("Claudia" s'injecte des hormones), d'où la vision des gays/travestis/transgenres/transexuels comme étant plus proches des femmes que des hommes (ex : "Claudia" utilise un pluriel externe spécifiquement féminin en arabe pour désigner des gays : al-gayât), d'où le comportement efféminé de nombre d'individus plutôt passifs (dans leurs rapports sexuels), qui ont intégré, plus ou moins inconsciemment, passif = femme. Et ce, malgré les vagues de répression (ex : Egypte, Arabie, Emirats, Irak, Maroc, Algérie...) et le regard désapprobateur d'autrui.
Deuxièmement, "Claudia" affirme qu'avant, ils avaient la liberté, sous-entendu sous le régime du sanguinaire Saddam Hussein. Ce qui amène forcément un commentaire : sans doute le raïs, dirigeant d'une main de fer un pays sous le coup de sanctions économiques onusiennes, avait-il d'autres chats à fouetter que de réprimer les hommes visiblement efféminés et les comportements sexuels considérés comme déviants ; je doute cependant que "Claudia" vivait réellement à l'époque sa sexualité au grand jour, sans avoir peur d'être battu, sans craindre d'être banni en présentant l'être aimé à sa famille, jouissant de droits égaux entre tous les citoyens irakiens. Certes, la situation de guerre civile déclenchée par l'invasion de 2003 et l'occupation a pu donner l'impression d'un décuplement de la violence, mais il ne faudrait peut-être pas abuser et imaginer que l'Irak de Saddam était le paradis sur terre pour les amours de même sexe ! Les événements qui ont conduit au drame personnel de "Claudia" (son enlèvement et son viol par des miliciens) semblent le conduire à une relecture falsifiée de l'histoire de son pays...
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De Paul Parant
Tomfralex, merci pour ce commentaire fort instructif.
Un mot sur les photos sur tetu.com puisque vous nous piquez dessus: sachez que, contrairement à l'énorme majorité des sites/blogs sur internet, nous essayons de ne jamais utiliser sur ce site de photos qui ne soient pas libres de droits, dont nous n'ayons pas obtenu l'accord pour utilisation ou que nous n'ayons, bien entendu, payées. Pour cela, nous utilisons des banques de photos qui ne sont pas forcément exactement sur le sujet, mais qui en évoque le contexte. Sans piller de photos sur le net...
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De Patricio
Je suis d'accord avec ton analyse de l'amalgame entre l'homme homosexuel et la femme, ou tout du moins la féminité. Ce rapprochement est d'ailleurs courant dans beaucoup d'autres parties du monde, notamment en Amérique Latine où le mouvement LGBT intègre également les revendications de travestis par exemple. Par contre je te trouve un peu sévère avec eux. Comment peut-on exiger de personnes homos qui commencent à peine à s'émanciper d'avoir déjà intégré toute la réflexion et les théories qui ont bien mis cent ans à émerger en occident ? Je veux bien qu'avec internet, l'information circule plus vite et est accessible plus facilement, mais les mentalités, façonnées par une culture millénaire, mettent beaucoup plus de temps à évoluer.