Le courage d'une militante homo ougandaise célébré par un prix international
INTERVIEW. Kasha Jacqueline Nabagesera est la lauréate du prix Martin Ennals Award pour les défenseurs des droits humains. Elle raconte à TÊTUE son travail, comment elle est devenue militante et se souvient de son ami David Kato.
Co-fondatrice et directrice exécutive de l'organisation LGBT Freedom and Roam Uganda (Farug), Kasha Jacqueline Nabagesera fait partie des militants de premier plan d'Ouganda. Plusieurs fois outée dans la presse, elle a été harcelée et attaquée. Son combat est aujourd'hui reconnu par dix grandes organisations internationales (dont Amnesty International et Human Rights Watch). Ce jury l'a en effet désignée lauréate du Martin Ennals Award pour les défenseurs des droits humains.
TÊTUE: Qu'est-ce que le prix Martin Ennals signifie pour vous?
Kasha Jacqueline Nabagesera: C'est un grand honneur. Cela signifie que mon travail communautaire est reconnu mais aussi respecté dans le monde entier. Beaucoup de mes camarades qui se sont battus pour les droits humains bien avant moi n'ont pas eu la chance de vivre un tel moment, alors je suis là pour qu'ils sachent que, finalement, les droits des LGBT sont reconnus comme des droits humains.
Avez-vous le sentiment que ce prix est aussi une reconnaissance du militantisme des lesbiennes africaines?
Non, non, non! Ce prix est pour tous les LGBT du monde, pas seulement pour Farug, l'Ouganda ou l'Afrique, mais pour le monde entier. C'est la première fois qu'un militant LGBT reçoit un prix si noble. Toute la communauté LGBT et toute la famille des droits humains devraient être fières.
Pourquoi êtes-vous devenue militante?
Mon travail de militante LGBT, il a commencé en 1999 lorsque j'étais à l'université. Après avoir été renvoyée de nombreuses écoles pour avoir simplement écrit des lettres d'amour à des élèves filles, j'ai finalement été exclue temporairement de l'université en 2001. Plus tard, en 2003, je suis devenue une militante politique LGBT lorsqu'avec deux collègues nous avons créé Farug. Et lorsque j'ai compris qu'être homosexuel était illégal en Ouganda, je n'ai plus regardé en arrière: j'ai cherché des solutions au problème. Et je cherche encore, jusqu'à ce que la mort m'en empêche.
En quoi consistent vos actions?
Nous faisons du lobbying, du plaidoyer, du réseautage avec les organisations, avec les fournisseurs de services [sociaux] et du renforcement de capacités parce que certains sont au chômage, d'autres sont des mères célibataires... Nous essayons donc de mettre en place des stratégies pour les aider. Nous faisons aussi beaucoup de sensibilisation et de recherches concernant notre sexualité. Quant à la santé, [faute de programme spécifique sur le VIH pour les LGBT] nous faisons nos propres recherches pour trouver des solutions. En ce moment, nous rédigeons un rapport pour faire du lobbying auprès de la commission nationale de lutte contre le sida.
En 2008, j'ai ressenti le besoin de créer une équipe de sécurité pour les LGBT, pour aider ceux qui sont en danger, garder un œil sur ce qui se passe. Car certains sont harcelés dans leur village, sur leur lieu de travail... L'équipe est donc chargée d'évaluer la situation et de voir comment agir. J'avais choisi mon collègue David Kato [assassiné le 26 janvier dernier, lire notre article] pour la diriger parce que la sécurité lui tenait à cœur. Il a risqué sa vie pour beaucoup d'entre nous et c'est triste que nous n'ayons pas pu le sauver...
Photo:DR.











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