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Homophobie: une Europe à plusieurs vitesses?

Par Marc Endeweld mardi 02 juin 2009, à 10h51 | 4362 vues
Plus de: élections européennes, homophobie, droits

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Alors que les élections européennes approchent à grands pas, profitons-en pour faire un état des lieux de l'homophobie et de l'égalité des droits dans l'Union. Des situations contrastées qui vont du pire au meilleur.


Commençons par le meilleur, en notant qu'à ce jour quatre pays de l'Union européenne autorisent le mariage entre homos: la Belgique, l'Espagne, les Pays-Bas et la Suède. D'autres États reconnaissent d'une manière ou d'une autre les couples de même sexe (unions civiles ou concubinage homo reconnu). C'est le cas en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Finlande, en Hongrie, en République tchèque, au Portugal et bien sûr en France, avec le pacs.

Sur le front de la lutte contre les discriminations et l'homophobie, c'est la Grande-Bretagne qui est en pointe. L'homophobie au travail y a quasiment perdu son caractère tabou. L'étude réalisée en 2006 par le Coerc (Comparative Organisation and Equality Research Center), le confirme largement: dans le privé, «seulement» 18% des homosexuels se disent discriminés, et 22% dans le secteur public. Des chiffres qui reculent année après année.

Discriminations ouvertes ou voilées
En comparaison, la situation en France n'est pas reluisante. Selon l'étude menée par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) en 2006, 85% des homosexuels se disent victimes de discriminations voilées (dénigrement ou rejet), et 40% d'entre eux affirment subir des discriminations ouvertes (blagues, insultes, harcèlement, voire violences physiques), émanant, la plupart du temps, de collègues.

Rappelons que la discrimination sur l'orientation sexuelle est légalement prohibée depuis 2001 dans l'Hexagone, et depuis 2003, en Grande-Bretagne. Mais, selon le Coerc, 27% seulement des gays et lesbiennes britanniques pensent que celle-ci joue un rôle décisif. À leurs yeux, c'est plutôt la culture et l'engagement managérial qui comptent. D'ailleurs, les gays et lesbiennes britanniques bénéficient du soutien des syndicats, en pointe sur ce combat.

Un rapport européen sur l'homophobie
Mais il y a encore du boulot à l'échelle européenne. Ainsi, de nombreux gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels «sont toujours victimes de discrimination, d'intimidation et de harcèlement», voire «d'agressions physiques, parfois mortelles», comme l'a dénoncé, fin mars, le directeur de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne. «Ces signaux sont alarmants dans une Union européenne qui revendique par ailleurs avec fierté le respect en son sein des principes d'égalité de traitement et de non-discrimination», a-t-il indiqué à l'occasion de la publication d'un rapport officiel demandé par le Parlement européen. 

Ce rapport montre que les discriminations homophobes démarrent tôt, dès l'école où le harcèlement est «un phénomène commun».  Autre domaine pointé dans le rapport, celui de santé, où l'homosexualité est parfois traitée comme «un trouble ou une maladie», ce qui peut conduire les gays et les lesbiennes à éviter les cabinets des médecins. En matière d'emploi, non plus, la situation n'est pas idéale. «Des expériences désagréables, la crainte de la discrimination, le risque de licenciement» entraînent souvent les homosexuels à ne pas faire état de leur orientation sexuelle, note le rapport.

Discriminations plus répandues en Europe de l'Est
Pour changer la donne, l'Agence recommande aux gouvernements de «prendre des mesures concrètes visant à sensibiliser et former les services de police» pour qu'ils tiennent compte des plaintes déposées et enquêtent sur les crimes et délits homophobes «avec le même degré d'exigence et de qualité que pour d'autres formes de criminalité». D'autre part, si l'Agence n'entend pas décerner de bons et de mauvais points aux États membres, les  conclusions du rapport montrent que certaines discriminations sont plus répandues dans les pays de l'Est, entrés le plus récemment dans l'Union. Même si un pays comme la Grèce, membre de l'Union Européenne depuis 1981, est également très en retard…

La situation est particulièrement inquiétante en Pologne. Il faut rappeler que l'actuel président polonais Lech Kaczynski, alors qu'il était encore maire de Varsovie, s'était farouchement opposé à l'organisation de la gay pride dans la capitale polonaise. En 2007, l'ancien ministre de l'Éducation nationale polonais Roman Giertych avait même envisagé d'interdire le droit d'enseigner aux professeurs homosexuels, ce qui avait provoqué une vague de manifestations d'enseignants – homosexuels ou non.

Mais à l'Est, les choses bougent également: en Hongrie, les parlementaires ont voté cette année pour une union civile à la hongroise. On se pourra se «pacser» dans ce pays d'Europe centrale dès le mois de juin. En Roumanie, la quatrième Gayfest-Marche de la diversité de Bucarest s'est déroulée en mai 2008 sans incident majeur, alors que la marche avait été émaillée de violences en 2007.

Opinion publique divergente d'un État à l'autre
Mais dans l'Europe entière, les changements de mentalités prendront du temps. Car l'opinion publique sur les questions et personnes LGBT est extrêmement divergente d'un État membre à l'autre. En effet, si l'enquête Eurobaromètre de 2006 sur la discrimination a permis de constater que la majorité de la population aux Pays-Bas (82%), en Suède (71%) et au Danemark (69%) était favorable au mariage homosexuel, seulement un très petite minorité de la population en Roumanie (11%), en Lettonie (12%) et à Chypre (14%) s'y déclarait favorable.

De même, alors qu'aux Pays-Bas, 91% de la population se déclare être «à l'aise» avec l'idée d'avoir un homosexuel comme voisin, en Roumanie seulement 36% a été du même avis. L'enquête Eurobaromètre de 2008 sur la discrimination produit des résultats similaires en utilisant une «échelle de confort» de dix points: les Suédois (9,5), les Néerlandais et les Danois (9,3) ont été les plus «à l'aise» avec l'idée d'avoir un homosexuel comme voisin, mais un niveau de confort bien inférieur a été enregistré en Bulgarie (5,3), en Lettonie (5,5) et en Lituanie (6,1). Eh oui il y a du boulot en perspective…

Photo: Fotolia.

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13 réactions de la communauté

 
Numa

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De Numa

Le 02 juin à 11h54

Bref, toujours pas facile d'être homo en Europe. Même si c'est (parfois) mieux qu'ailleurs.

 
NémoGizmo

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De NémoGizmo

Le 02 juin à 12h07

la France prend du retard, surtout parmi les "grands pays" historiques de l'UE.

A part l'Italie (cf poids du Vatican et Berlusconi...), on doit être les + à la traine... merci l'UMP, au pouvoir depuis 7 ans!??!

 
Julyan

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De Julyan

Le 02 juin à 12h14

C'est vrai que mon GRAND ami lepen nous aurait donné beaucoup + de droits... *ironie*

 
hector dumas

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De Numa

Le 02 juin à 13h26

Bah, y en a d'autres que Le Pen et l'UMP, quand même.

 
Numa

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De Numa

Le 02 juin à 13h29

"La France prend du retard, surtout parmi les "grands pays" historiques de l'UE.
A part l'Italie (cf poids du Vatican et Berlusconi...), on doit être les + à la traine... merci l'UMP, au pouvoir depuis 7 ans!??!"

La Grèce aussi.

L'Allemagne n'est pas beaucoup plus en avance, et le problème c'est qu'en Allemagne, les Libéraux, qui font toujours 10 à 15%, sont dirigés par un homo qui est hostile au mariage et à l'adoption homos (il n'a rien compris, celui-là !). Et comme le prochain gouvernement sera certainement Droite + Libéraux, on n'est pas près d'avancer.

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 02 juin à 15h05

oui, Numa, mais je parlais bien des "grands pays" (en taille & population) et parmi les premiers a avaoir fait l'UE (GB, France, Allemagne...).

sur l'élu allemand Guido Westerwelle, président du parti "FDP" (47 ans, avocat, ultra-libéral): ce parti a souvent gouverné avec la CDU (droite façon Kohl & Merkel) depuis la 2è guerre mondiale.. Dès lors, qu'il soit ouvertement homo est un progrès pour la visibilité et l'acceptation, mais en effet s'il refuse encore de soutenir les simples revendications d'égalité pour le LGBT (un peu comme R.Karoutchi , ici!) en Allemagne et au-delà , c'est juste un conservateur hypocrite de +...

 
p'tit dude

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De p'tit dude

Le 02 juin à 16h56

Des disparités en Europe... comme c'est étonnant !

Forcément, nos dirigeants passent toute leur énergie à harmoniser l'économie et les finances entre les pays.

Quant à l'unité sociale en europe ils en ont rien à foutre. Pour faire partie de l'union, un pays doit respecter des critères économiques utlra sévères, par contre, s'il le smic y est à 100€ et qu'on continue à y casser du pédé, peu importe !

Comment voulez vous que les européens aient un sentiment d'appartenance à cette grande Entreprise...?

 
hector dumas

0

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De Numa

Le 03 juin à 00h32

"Pour faire partie de l'union, un pays doit respecter des critères économiques utlra sévères, par contre, s'il le smic y est à 100€ et qu'on continue à y casser du pédé, peu importe !"

Pour le Smic, je ne sais pas. Mais pour les homos, non. Cf. l'influence d'Ilga Europe en particulier.

 
jeanpaul

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De jeanpaul

Le 02 juin à 17h00

Il faudrait se poser la question de savoir où commence et où finit l'homophobie. Pour moi, l'élite française est homophobe dans son ensemble. La presse, la médecine, la justice, l'université et les parlementaires sont homophobes. D'une manière ou d'une autre. Le plus souvent d'une manière insidieuse, très propre, et très "acceptable". Ils ont une manière "très convenable" de nous refuser l'égalité de traitement.

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 02 juin à 17h24

@ jeanpaul:

"les parlementaires sont homophobes"! ah, un scoop?!
Je n'aime pas trop les généralisations ex nihilo, parce qu'on parle quand même de près de 950 personnes élues là (députés + sénateurs + eurodéputés), et que certain-e-s sont très différents dans leurs parcours ou leurs propres identités...

Même tes amis de la droite française seraient "homophobes", alors même que tu disais hier de Sarkozy qu'il était pro-homos? Quel effroi! :-))

Décdément, tu as des "réflexions" pas du tout aisées à suivre...

 
hector dumas

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De yaki

Le 02 juin à 19h02

"Les élites"; ça fait beaucoup de monde...
La presse, même Têtu ? Mince, je me suis fait avoir depuis le début, alors !!
Je croyais que les homo étaient nombreux dans les élites, justement.
Côté politique, est-ce vraiment nos élus qui sont homophobes? Si c'est vrai pour certains, d'autres ne sont-ils pas tout simplement frileux et ne voudraient pas risquer de perdre des élections parce qu'ils pensent que l'opinion publique (les électeurs) ne sont pas favorables aux homo.

 
JDC

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De JDC

Le 03 juin à 09h51

Peux t'on avoir le chiffre de l'échelle générale (donnée à la fin de l'article) pour la France??? ça serait intéressant...merci :)

 
vpi79

0

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De vpi79

Le 04 juin à 14h17

Loin des généralisations, les élites sont à l'aise quand elles peuvent faire leurs affaires sans trop de ressentiments contre elles. Le problème est donc moins dans les élites que dans leur frilosité à faire avancer des sujets dits "sensibles"; en matière d'opinion ces "élites" s'adaptent à n'importe quelle opinion dominante; elles peuvent faire ce qu'elles veulent chez elles, mais en matière de législation, publicité, médias, justice etc... elles ne sont pas du tout prêtes à bouleverser les choses, elles sont de tous les partis, travaillent aussi bien qu'on soit gouverné à droite ou à gauche. Elles se défendent donc bec et ongle (et ont le pouvoir de le faire) pour ce qui touche à l'économie ou la fiscalité.
Bref il ne sufit pas d'avoir une opinion qui évolue favorablement en notre faveur, mais il faut du temp pour que cette opinion devienne majoritaire.
Il reste qu'il y a un fond d'homophobie chez énormément de gens, c'est humain, c'est compréhensible tant que cela reste au niveau de l'opinion et que cela ne se traduit pas dans des actes illégaux. Mias pour faire changer les lois, il faut plus que cela: c'est bien l'opinion toute entière qu'il faut faire évoluer.
Mais on ne peut pas dire que la France soit à la traine, même si des pays européens du nord font mieux que nous: l'Europe reste encore très en avance sur le reste du monde (y compris les USA), et petit à petit nos idées ont fait leur chemin, y compris dans les lois nationales et les directives européennes qui inspirent nos lois. Faire appliquer toutes ces évolutions reste un travail diffcile et à long terme (parler des 7 ans d'UMP en France est hors sujet, ces évolutions sont le fruit maintenant de presque deux générations depuis 1978 environ (30 ans), avec des évolutions successives qui se traduisent dans nos vies de tous les jours. L'égalité se traduit maintenantr presque partout dans la loi, mais la loi ne suffit pas et c'est leur application avec l'éducation, les procès et leur couverture média, l'expression de notre visibilité qui font avancer les choses chez beaucoup de gens.
Alors qu'on est à l'époque des marches des fiertés, il est temp de se rappeler que le rôle de ces marches est bien de faire bouger et évoluer les opinions publiques, bien plus que de faire des revendications politiques, sociales et légales. C'est avec cette opinion générale qu'on a pu faire évoluer les lois, c'est à elle qu'on s'adresse et c'est à nous de nous montrer exemplaires. Et il faut bien reconnaitre que nos marches festives et pacifiques, qui ne souffrent pas d'incidents majeurs (même par des provocateurs ou casseurs comme il s'en passe encore en Russie) qui sont là pour montrer que ce qu'on revendique avant tout c'est qu'on est des gens comme tout le monde, avec les mêmes aspirations que tout le monde, et que cela ne consitue une menace pour personne. Bref nos marches sont là pour dire:

"Laissez nous vivre"

On est vos frères, vos soeurs, vos cousins, vos amis, vos collègues, on a des parents comme tout le monde, souvent on veut comme tout le monde vivre normalement dans sa famille et fonder soi-même une famille, différente certes, mais pourtant bien réelle. Et pour ce que l'on fait à l'extérieur de chez nous, on a tous les mêmes préoccupations, les mêmes besoins ou envies, on est des consommateurs, on veut aussi partir en vacance, on veut un travail digne et correctement rémunéré, on a des projets à bâtir, on achètera un logement, une voiture, on votera, on participera aux projets collectifs, on aura des élus parfois, on sera dans toutes sortes d'associations (pas seulement des assos militantes gays). On a des choses à créer pour tous et pas seulement pour nous mêmes.

Et puis on a aussi en Europe une société à bâtir qui montre au reste du monde que l'homosexualité n'est pas une menace et peut parfaitement exister dans un pays qui croit en son avenir sans tenir compte des différentes orientations sexuelles. Les lois peuvent faciliter les choses, en éliminant des disparités graves qui nuisent au développement social, humain et même économique: les discriminations sont génératrices de misère sociale et cela coûte cher à toute la société.

Il nous restera encore des cas isolés de gros cons qui cassent du pédé comem ils casseraient aussi n'importe qui/quoi d'autre. Ces gens ont toujours existé et il en restera, c'est eux qu'on doit marginaliser pour les calmer, ou les enfermer en cas de besoin. Mais on ne peut pas demander à tout le monde d'accepter l'homosexualité pour soi-même, et il faut reconnaitre en chacun d'entre nous qu'on a tous des préférences et des aversions, qu'on a tous à combattre nos propres préjugés. L'important c'est de savoir comment on se comporte à l'extérieur. Nous homos, on ne demande pas ce que les autres deviennent homos aussi ou à ce qu'ils puissent s'adresser à nous dans toutes les activités sociales quotidiennes. On a tous une part de "chacun chez soi" qu'on tient à préserver, cette part de liberté est à préserver, mais on a tous besoin d'un espace public commun dans lequel ces discriminations n'ont pas lieu d'être.

Si on comprend ça, plus rien ne devrait empêcher deux homos de s'unir et former un projet de vie commun: c'est dans ce domaine que la loi est encore injuste car elle insère encore une discrimination touchant non seulement la sphère publique mais aussi privée.

 
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