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Gay, serial killer et… star en Indonésie

Par Rédaction mardi 31 mars 2009, à 13h53 | 5340 vues
Plus de: Indonésie, fait divers

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Près de Jakarta, un homosexuel reconnu coupable de onze meurtres s'apprête à sortir un album de chansons. Superstar dans son pays, il a avoué avoir tué des homosexuels comme lui, parce qu'il avait «honte».

Ma dernière performance est le titre qu'a donné un tueur en série indonésien au disque de chansons qu'il s'apprête à sortir avant d'être probablement condamné à la peine de mort pour onze meurtres particulièrement horribles.

Rasé de près et très élégant dans son costume musulman, Verry Idham Henyansyah, surnommé Ryan, ne se fait pas prier pour entonner l'une de ses chansons. «Libérez-moi... Oubliez-moi... Délivrez-moi de ces entraves...», chante-t-il d'une voix mélodieuse. Ses paroles résonnent dans la cellule puis les couloirs du tribunal de Depok, près de Jakarta, où se déroule, depuis plusieurs mois, son procès.

Le grand jeune homme de 31 ans sourit timidement aux acclamations et aux appels à poursuivre lancés par son public du jour, des journalistes, des employés du tribunal et quelques curieux. «C'est fini pour aujourd'hui. Vous aurez bientôt mon album» de douze chansons, leur lance-t-il, en adressant un petit signe d'adieu.

Bientôt l'album, et déjà un livre
Verry Idham Henyansyah ne se fait pas d'illusion: c'est la peine de mort qui l'attend à l'issue de son long procès, comme l'a requis cette semaine le procureur. «Je sais que ma vie est terminée. Le temps du bonheur aussi», a-t-il récemment déclaré à une journaliste de l'AFP.

En attendant, Ryan semble apprécier l'attention de l'opinion à qui il a relaté en détail son mode de vie d'ex-modèle et d'homosexuel à la presse (photo ci-contre, la une d'un journal indonésien), et dans un livre autobiographique publié en février.

«Il est jeune, beau et ressemble à une superstar», constate Suhardi, un habitant de Depok venu au tribunal «pour voir à quoi il ressemblait». «C'est difficile de croire qu'une personne paraissant aussi douce puisse être responsable de telles horreurs», ajoute-t-il.

Des meurtres atroces
Ryan a été interpellé en juillet 2008 après la découverte de morceaux humains enfermés dans des sacs. Les policiers ont ensuite déterré plusieurs corps, dont celui d'un très jeune enfant, derrière la maison de ses parents.

Le détenu a reconnu avoir tué sa dernière victime, l'un de ses amants, par jalousie amoureuse. Il a découpé son corps en sept morceaux, qu'il a abandonnés sur le bord d'une route.

Les dix autres victimes qu'il affirme avoir tuées étaient, à l'exception d'une femme et de sa fillette, «des homosexuels comme moi». «Ils m'avaient donné honte. J'ai été pris de colère, me suis battu et les aies tués accidentellement.»

Ryan «n'est pas un psychopathe», a affirmé le procureur Budi Hartawan Panjaitan. «Il était totalement conscient et n'hallucinait pas lorsqu'il tuait et il n'a pas exprimé de remords.»

Son statut de star ne semble pas perturber la justice, qui autorise un grand nombre de visiteurs, dont des lycéennes, à venir le prendre en photo dans sa cellule. Et «un accusé a le droit, comme tout autre artiste, d'écrire un livre, de sortir un disque et d'en tirer ensuite des bénéfices», explique Abdul Hakim Ritonga, un responsable du bureau du procureur général.

Par Arlina Arshad (AFP). Photos: DR.

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5 réactions de la communauté

 
B.

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De B.

Le 31 mars à 14h15

Très étrange, cette histoire... Les serial killers fascinent toujours beaucoup de monde...

 
NémoGizmo

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De NémoGizmo

Le 01 avril à 01h45

Dans un pays où l'homophobie est très présente, un mec qui a tué des homos devient une star, même s'il est homo!???

Il avait honte d'être gay et va être exécuté, tout va bien donc?

Malsain et très ambigu. :-(
Par "chance", il n'a tué qu'une enfant et n'était pas cannibale...




 
looti

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De looti

Le 01 avril à 13h14

brrrr quand on connaît la solitude des homos et la façon dont ils s'exposent en rencontrant des inconnus ce n'est pas rassurant...

 
vpi79

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De vpi79

Le 06 avril à 22h03

Normal qu'il soit condamné, mais doit-on défendre pour autant la peine de mort? En quoi l'homosexualité de l'accusé pourrait influencer le verdict? Est-ce que la situation des homos dans une Indonésie très largement musulmane (hormi Bali) a pu influencer de tels actes et une telle folie? Si la situation est si horrible qu'elle peut pousser quelqu'un rongé par la honte à faire de telles horreurs, il serait intéressant de savior si en fait cela ne donne pas une circonstance atténuante. Mais comme il se déclare musulman lui-même, on a encore une profonde contradiction quand on sait le type d'Islam très intolérant pratiqué là-bas, une intolérance qui ne peut que rejaillir sur les juges qui vont le condamner, au lieu de le soigner.
La folie (et donc sa non-responsabilité) est-elle plaidable si lui-même reconnait sa culpabilité totale? Mais est-il seulement capable d'avoir une vue sereine de ses propres contradictions?

L'indonésie est tout de même étrange: elle proscrit l'homosexualité, pourtant les exemples d'homos stars y sont fréquents. Il faut tout de même voir que l'islam n'explique pas tout, car la multiplicité des religions traditionnelles, des très nombreuses langues et cultures influence aussi ce pays immense: il doit bien y avoir autant d'attitudes que d'îles dans cet archipel aux îles innombrables, où se mèlent des populations d'origine ethnique très diverses (mélanésienne, polynésienne, chinoise, thaï-khmère, ...), mais aussi avec des conflits interreligieux parfois très violents et meurtrier dans un pays dont l'autorité militaire a souvent maltraité les minorités dans une intégration forcée, et déplacé (mais aussi mixé) de nombreuses populations maltraitée (il faut se rappeler de la façon où il s'est construit et de la répression féroce au Timor oriental (avant qu'il recouvre son indépendance après son annexion forcée). C'est le pays où les assassinats interreligieux sont très fréquents, où on brûle les églises, avec aussi beaucoup d'extrémisme. La violence est presque partout dans les "mœurs" (faut-il rappeler aussi les carnages meurtriers dans des attentats terroristes), et qui a un problème aussi avec son ancien passé colonial (qui s'est terminé là-bas aussi aussi de façon violente). Même la nature est violente là-bas (volcans, séismes, tsunami, cyclones, incendies gigantesque, rareté des ressources en eau potable). Un pays aussi où la fracture sociale est criante, où les bidonvilles voisines les oppulantes cités financières aux gratte-ciels démesurés de Jakarta... Mais aussi un pays très ouvert aux médias, avec ses stars de la musique attirant des foules considérables. Mais aussi un pays de la prostitution forcée des enfants de la rue, ses mafias et chefs de guerre. Bref pas un pays encore apaisé.

 
hector dumas

0

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De Warung Kopi

Le 17 avril à 22h57

Stop les amalgames! L'Indonésie, je connais, j'y vis et je peux te dire que l'histoire de Ryan, serial killer "starisé" par la presse à scandales (Warta Kota représente le haut du panier dans un marché saturé de ces feuilles de choux) n'est pas un cas isolé. Une pauvre vieille qui avait tué son mari, l'avait découpé en morceaux et caché ceux-ci dans un bus a aussi connu les feux de la rampe il y a quelques mois, c'était à peine si on ne connaissait pas son menu en prison... Bref, elle retenait tout autant l'attention, sauf que... elle n'en voulait pas! Alors que Ryan a au contraire tout fait pour l'attirer: il distillait ses confidences macabres comme un feuilleton, se faisait de la pub en allant réciter le Coran avec les extrémistes musulmans qui partageaient la même prison (les gros bras du Front des Défenseurs de l'Islam -FPI, une milice radicale qui fait le coup de feu au moment de ramadan en général), vendait aux journalistes ses retrouvailles avec sa mère qui lui apportait ses plats préférés, a sorti un bouquin, un album... En gros, il a eu la célébrité dont il rêvait (la preuve, on en parle jusqu'en France), quitte à passer devant le peloton d'exécution... Et même son dernier copain, Novel, emprisonné pour complicité, a eu son heure de gloire! De fait, c'est plus son cynisme et son absence de remords qui vont le faire condamner, pas son homosexualité, d'autant qu'il a été expertisé (bon, effectivement, c'est une expertise à l'indonésienne) et déclaré sain d'esprit.

Maintenant je vais préciser un peu sur l'Indonésie, parce que ce que je viens de lire, c'est du n'importe quoi, désolé. En Indonésie, sauf dans quelques régions qui appliquent la charia (Aceh plus quelques préfectures tenues par des fous furieux), l'homosexualité n'est pas un crime, contrairement à la Malaysie voisine (cf. la condamnation d'Anwar Ibrahim pour sodomie, alors que tout le monde sait là-bas qu'il est bi et tout le monde s'en fout, sauf ses adversaires), peut-être un héritage du code Napoléon apporté par les Hollandais. En tout cas, je n'ai jamais entendu parler de condamnations pour homosexualité en Indonésie (alors qu'on peut faire de la taule pour avoir volé des petites culottes sur le fil à linge de sa voisine...). Bref, l'homosexualité n'est pas punie, mais ça ne veut pas dire que les gens y soient habitués.

Les waria (ou banci, ou bencong, travestis ou folles) font toutefois partie du paysage et peuplent les salons de beauté et de coiffure, la télévision (Ivan Gunawan, qui se fait appeler Madame Ivan quand il s'habille en femme, est une star absolue du petit écran, qui faisait les beaux jours d'une émission quotidienne durant plus de 6h en direct et continue de garantir de gros succès d'audience), la mode, le design, le cinéma, l'événementiel, les marchés (comme chanteuses ou danseuses ambulantes) ou... la prostitution. Cette forme d'homosexualité est très largement acceptée, et les hommes qui couchent avec des waria ne sont pas vus comme des pervers, de même que les waria eux mêmes, dont la façon de parler (le prokem) est devenu l'argot de base de tout jeune Indonésien, même le plus macho. D'ailleurs, depuis quelques années, les waria ont même une école coranique pour eux, à Java-Centre, où ils peuvent venir habillés en homme ou en femme indifféremment et qui sert surtout à les remettre dans le "droit chemin", à savoir plus de prostitution ou de drogues. L'existence des waria, d'un bout à l'autre de l'archipel, peut être vue comme une survivance de certaines traditions (les bissus de Célèbes-Sud, prêtres censés être hermaphrodites, qui peuvent se marier avec ces hommes, les danseurs du reog, une danse javanaise très virile, qui n'ont traditionnellement pas le droit d'avoir des relations sexuelles avec des femmes, le travestissement des hommes en femmes dans les théâtres traditionnels, les mignons de certains sultans javanais...) . Et ils se font entendre, bruyamment souvent, par le biais de leurs associations dès qu'on tente de passer des lois contraires à leurs intérêts (ils ont été très nombreux en 2006 à animer les manifs contre la loi anti-porno).

À l'opposé, gays et lesbiennes, au sens occidental du terme, sont nettement plus discrets. Ce qui est drôle, cependant, c'est que le conservatisme moral de la société indonésienne (inspiré par la religion, musulmane ou chrétienne, mais pas uniquement, loin de là) fait que les marques d'affection en public entre hétérosexuels sont mal vues. En revanche, entre personnes du même sexe, c'est presque sans limites, hormis les baisers (quoique, c'est à la mode de se faire deux bises entre hommes maintenant): et qu'on se donne la main, et qu'on se tienne par les épaules ou les hanches (plus rarement), et que je t'exerce une pression sur le haut du genou avec la main pour te parler, et qu'on s'enchevêtre ensemble pour dormir dans le bus... En gros, difficile de distinguer ce qui est homo de ce qui est hétéro. Ici, l'épidémie de sida n'a pas joué le rôle qu'elle a eu dans les pays occidentaux comme stimulus pour la reconnaissance des homosexuels: la maladie y est plus récente et elle touche en majorité les usagers de drogues par intraveineuse. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que les gays (et les lesbiennes dans une moindre mesure) ont pignon sur rue dans les grandes villes avec des associations (Gaya Nusantara, Arus Pelangi...), des clubs, des restaurants ou au pire des soirées. Bref, le chemin est encore long mais les homos (du moins ceux qui vivent dans les grandes villes et ont de l'argent) ont une visibilité, et même un début de reconnaissance puisque, outre le courant musulman libéral, certains oulémas érudits du très puissant Nahdatul Ulama (qu'on dit souvent être la plus grande organisation islamique du monde) considèrent que l'homosexualité, masculine ou féminine, est tout à fait compatible avec l'islam...

Donc, de grâce "vpi79", ne parle pas de ce que tu as peut-être entr'aperçu sur ta route vers Bali. Il y a un peu de vrai dans ce que tu dis sur la situation sociale, mais ça vaut pour tous les pays du Tiers-Monde... L'islam en Indonésie n'est peut-être pas aussi tolérant qu'on se plaît à nous le dire, mais on est toujours très loin des Talibans ou des Saoudiens, et le pays n'arrivera jamais à de telles extrémités (les gens sont de plus en plus remontés contre l'"arabisation" de l'islam indonésien). D'autant que tu le dis toi même, l'archipel est extrêmement divers ethniquement (pas de Thaï-khmers en revanche) et religieusement, donc pas de généralisation hâtive! Quant aux violences interreligieuses ou la place de la violence dans la société indonésienne, c'est du délire, désolé! Les violences dont tu parles étaient très localisées (Moluques -surtout Ambon, Moluques du Nord et région de Poso à Célèbes-Centre) et sont terminées depuis plusieurs années. Il reste quelques tensions mais la plupart des gens sont surtout écoeurés de s'être laissés embringuer dans des conflits orchestrés par les militaires (pour faire pression sur le gouvernement central au moment où tout le système Suharto s'effondrait) et des groupes radicaux venus de Java et d'autres régions (qui ont allègrement soufflé sur les braises pour mener le djihad dont ils rêvaient). Et il y a autant de mosquées que d'églises qui ont brûlé dans ces affrontements (même tout un pensionnat coranique avec les enfants dedans dans le cas de Poso)...

Concernant la violence, qui te semble inhérente à la société indonésienne, tu es quand même à côté de la plaque, désolé de nouveau. Le culte de la force a été de rigueur pendant toutes les années Suharto, certes, mais ça ne veut pas dire que les Indonésiens se jettent dessus pour se foutre sur la gueule à la moindre occasion, bien au contraire, on fait le dos rond et on attend que ça passe... ou ça casse, et là, dans ce cas particulier, on a l'amok, mais c'est très rare. Après plusieurs années de vie à Jakarta, censée être dangereuse pour les Indonésiens, j'ai vu nettement moins de violences que dans toute une semaine à Paris ou Londres. Oui, la police tape sur les prévenus et les manifs se terminent parfois en pugilat général, mais je crois que ça vaut aussi en France.

Quant au terrorisme, il n'y a rien eu depuis 2005 et personne dans l'archipel, sauf quelques barbus illuminés, n'a pleuré l'exécution des trois principaux protagonistes du premier attentat de Bali, bien au contraire (moi, j'aurais préféré les voir mourir à petit feu dans leur île-prison). La violence des éléments, tout le monde y est habitué et quand quelqu'un meurt, on se contente de dire que c'est le destin (takdir), on ne considère pas la nature comme violente mais comme la main de Dieu. L'eau potable n'est pas rare, sauf dans les petites îles de la Sonde (Lombok, Sumbawa, Flores, Sumba et surtout Timor). Enfin, sur le passé colonial, stop, rien à voir avec la France et l'Algérie, la hache de guerre est enterrée depuis belle lurette avec les Néerlandais (et bien avant qu'ils ne reconnaissent officiellement la date d'indépendance de 1945) et tout le monde se prend depuis des années à la nostalgie de l'époque coloniale, le Tempo Doeloe: parution de livres de photos d'époque, mode de l'orthographe hollandaise ("oe" pour "u", "tj" pour "c"...), programmes de coopération renforcés, bourses en pagaille pour les universités hollandaises, vogue des mots hollandais pour faire genre et le dernier chic, c'est d'aller manger des fricandeaux et des croquettes dans les restos hollandais de Jakarta...

 
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