EN DIRECT DES GAY GAMES: «Le monde du sport est stupide au sujet de l'homophobie»
Parmi les six ambassadeurs sportifs de la 8e édition des Gay Games, l'ancien basketteur John Amaechi a été l'un des plus remarqués. Avec un flegme tout britannique il s'est confié à TÊTU.

Deux mètres zéro huit qui se déploient dans un hall d'hôtel, ça ne passe pas inaperçu. «C'est le basketteur, regarde!» ne peut s'empêcher de faire remarquer à voix haute et avec admiration un blondinet au groupe qui l'accompagne vers la salle du petit-déjeuner. Ce matin-là, John Amaechi, le basketteur en question, a gentiment accepté de se poser pour évoquer avec TÊTU son rôle d'ambassadeur des Gay Games. Ancien joueur professionnel en France (Cholet, Limoges), l'Anglais de 39 ans né à Boston a surtout évolué en NBA, le championnat nord-américain, où il a défendu les couleurs des Cleveland Cavaliers, du Orlando Magic et du Utah Jazz. En 2007, une fois à la retraite, il a fait son coming-out en publiant le livre Man in the Middle. Aucun joueur de NBA ne l'avait fait avant lui; aucun autre ne l'a fait depuis.
«Le milieu du sport reste bien plus stupide que d'autres milieux professionnels sur les questions d'homophobie, analyse John Amaechi. On ne devrait plus entendre des mots comme "pédé" utilisés comme une insulte sur les terrains par exemple. Cela ne devrait plus exister. Et pourtant... La haine est quelque chose de si puissant. Il faut éduquer les gens, et ce, dès le plus jeune âge.». Encore surpris que son histoire ait été reprise dans les médias du monde entier, le désormais diplômé de psychologie continue à expliquer aux uns et aux autres son vécu de joueur dans le placard, puis de son coming out pas toujours bien accueilli par ses anciens coéquipiers. «En fait, ce qui m'étonne le plus, dit-il, c'est surtout que les gens soient encore intéressés. Je veux dire, ce n'est que moi! Mais c'est très agréable et beaucoup de gens ont envie de discuter.» Pas d'exception à la règle à Cologne où il a pris très à cœur son rôle d'ambassadeur «Parler, c'est facile pour moi», s'excuse-t-il presque.
«Il y a des cas où je ne recommande pas le coming out»
N'ayant jamais joué au sein d'une équipe LGBT, pas même aujourd'hui puisque sa vie professionnelle ne lui laisse que peu de temps pour le sport, John Amaechi a découvert l'esprit qui peut y régner à l'occasion de cette 8e édition des Gay Games. Qui sont donc également ses premiers Jeux du genre. «J'ai vécu de l'intérieur ce que sont les valeurs des Gay Games, dit l'ancien basketteur pro. En sport, c'est encore très difficile pour certains de ne pas se sentir marginalisés, de ne pas avoir peur d'être insultés, mais lors d'événements comme celui-ci, tous se sentent en sécurité. Quant à l'esprit de camaraderie que j'ai vu ici, je vous assure qu'il est le même que dans des équipes professionnelles! Maintenant que j'ai fait l'expérience des Gay Games, tout cela me parle bien plus.» John Amaechi a d'ailleurs profité de son séjour à Cologne pour assister à un certain nombre de compétitions. «Je suis allé voir du football, bien sûr, énumère-t-il, de l'athlétisme où j'ai vu quelques très bons sprinters, du foot féminin également, du cheerleading, et j'ai surtout découvert le plongeon où il y avait une ambiance incroyable avec tout ce public, ainsi que le water-polo.»
Aujourd'hui très impliqué dans la lutte «contre tous les fanatismes», pour reprendre ses propres termes, John Amaechi travaille notamment à l'insertion d'enfants via le sport. Il a d'ailleurs fait construire le Amaechi Basketball Centre à Manchester, un complexe sportif doublé de salles d'études. Volontiers porte-parole de la communauté LGBT lorsqu'on le sollicite pour tenir des conférences ou parler de son expérience dans les écoles, il ne pratique pas la langue de bois. Ainsi, il y a quelques mois, il avait suscité un début de polémique en déclarant qu'il ne poussait pas les sportifs en activité, surtout les footballeurs, à sortir du placard. Il s'en explique: «heureusement, il y a des endroits où même vis-à-vis du coach, ce n'est pas un problème d'être ouvertement homosexuel, mais c'est loin d'être une généralité. Alors il y a effectivement des cas où je ne recommande pas le coming out.»
Le jour où l'on ne parlera plus des sportifs out...
John Amaechi ne s'arrête pas là dans son explication, pour être bien sûr de ne pas avoir été mal compris. «Pour moi, on ne peut pas dire "c'est comme ça qu'il faut faire et pas autrement", énonce-t-il. Le coming out est quelque chose de personnel. Un jeune de 17 ans au fin fond de l'Arkansas qui n'ira pas à la fac s'il dit qu'il est gay, parce que ses parents lui couperont les vivres, non, je ne lui conseille pas de le dire. Une jeune trans qui se découvre, si elle sait que faire son coming-out à ses parents signifie qu'elle va finir à la rue, même chose. Encore une fois, bien sûr que je préfère le coming out, mais je ne le recommande pas... Il faut faire très attention.» Les exemples de Matthew Mitcham et Gareth Thomas veulent lui faire croire que quelque chose est en train de changer dans le monde du sport de haut niveau. «Mais, conclut-il, cela n'en fait jamais que deux que vous me citez. Il se sera vraiment passé quelque chose le jour où l'on n'en parlera plus. Parce que, comme dit l'expression: ce sont deux doigts d'une main, mais il en reste beaucoup d'autres...»











LES CHAÎNES 














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De Stephanie9
Bravo à l'ex-basketteur professionnel John Amaechi ! Il fait preuve de bon sens en expliquant que le coming out est souhaitable (vivre libre et au grand jour telle qu'on est, quel soulagement et bonheur !) mais doit être réfléchi et préparé. C'est une simple question de rapport de force (dans sa famille, dans son emploi, dans sa ville...). Quand on peut, on y va et on s'impose. Si ça risque de vous détruire, on attend le moment où on aura la force, les moyens de ne pas être dépendant économiquement, un CDI ou un statut de fonctionnaire...
Ce qui est anormal, cependant, c'est devoir se cacher, dans le sport ou ailleurs.
Mais la preuve que le coming out est parfois dangereux socialement, vous l'avez lorsque vous signez un bail (je ne dis pas que je suis lesbienne avant d'avoir le bail !), ou que vous annoncez à l'État... que vous allez faire votre transition. Là, je peux vous assurer que la fonctionnaire couverte d'éloges par sa hiérarchie n'est plus qu'une sale Trans :-)
Mais on avance dans la société : plus on sera à visage découvert partout, plus la société avancera, dans le sport comme dans la vie. Lorsqu'on n'ose pas se comporter naturellement comme la plus basique des hétérottes (parler de son we ou de ses vacances avec sa chérie, lui tenir la main ou l'embrasser dans la rue ou au restaurant, etc.), c'est qu'on a encore peur des rétorsions. Qu'on doit se cacher. Moi, ça me fatigue ! Donc, sauf risque grave de discrimination, pour vivre heureux/ses, vivons visibles :-)