DANS LE VESTIAIRE DES FILLES. Mauresmo, Semenya, Patrick et le genre vole en éclats.
CHRONIQUE. Amélie Mauresmo se met à entraîner un homme, Caster Semenya a cru avoir retrouvé son statut de femme et Danica Patrick a battu plein de mecs. Les temps changeraient-ils dans le sport?

C'est bien connu, il existe deux catégories de femmes dans le sport. Les «moitié-homme» et les bimbos. Ni juste milieu ni alternative. On pensait pourtant que les mentalités avaient changé. Et dans un sens, c'est le cas. Sauf que. Quel sentiment étrange de voir par exemple ressurgir dans la bouche de quelques joueuses de tennis lors du dernier Roland-Garros des expressions qui nous rappelaient dangereusement les propos tenues par certaines de leurs consœurs il y a un peu plus de dix ans du côté de Melbourne. À chaque fois lorsqu'elles parlaient de Samantha Stosur (photo) et de son «tennis d'homme». Oh oui, bien sûr, le service kické de l'Australienne est une rareté sur le circuit féminin. Mais de là à parler d'elle comme d'un homme de l'autre côté du filet...
Souvenez-vous, en 1999, c'était la même chose avec cette jeune joueuse si sympa et si prometteuse, qui avait atteint la finale de l'Open d'Australie et en avait profité au passage pour faire son coming out. Amélie Mauresmo. Onze ans plus tard, l'ancienne n°1 mondiale désormais retraitée continue à bouleverser la planète sport et ses carcans de genre, et c'est tant mieux. Son passage réussi en cabine en tant que commentatrice pour le compte de France Télévisions en a été un exemple. Car pendant les Internationaux de France, Amélie a indifféremment commenté des matchs de filles ou de garçon, simplement selon son envie du jour. Et ça, mine de rien, c'est une petite révolution à la télé publique.
Amélie appelée pour épauler Michaël Llodra
Mais au lendemain de «Roland», elle a frappé encore plus fort. Amélie Mauresmo a pris la direction du Queen's, en Angleterre. Pour jouer à la belote avec ses potes, certes, mais pas seulement. Non, non, elle est bien de retour sur les courts en gazon, raquette en main. Avec comme mission d'épauler Michaël Llodra, le serveur-volleyeur français par excellence, dans sa quête aux bons résultats sur la surface. «Tout a commencé par des discussions informelles entre "Amé" et moi, le plus souvent après un bon dîner, a confié le joueur dans L'Equipe. C'était à la fois sympa et très intéressant. Elle m'a rejoint sur le Challenger de Bordeaux et je lui ai dit que j'étais preneur d'un coup de main. Ça lui a fait vachement plaisir. Je crois qu'elle était très touchée.»
La femme est un coach comme un autre...
Notre Amélie ne devient pas coach à temps plein pour autant, cette tâche incombant en ce cas précis à Rémi Barbarin, lequel explique: «Mika respecte énormément sa carrière. On a quand même avec nous quelqu'un qui a gagné Wimbledon! Amélie apporte à la fois de nouveaux mots et beaucoup de fraîcheur.» Ce coup de main ponctuel est prévu pour durer jusqu'au Grand Chelem britannique. «On pourrait dire que je suis une "valeur ajoutée", précise de son côté la championne. Mais il n'y a rien de vraiment déterminé. On fonctionne au feeling.» Et que ce feeling amène un joueur à choisir une femme pour la guider est suffisamment rare pour retenir toute notre attention.
Caster Semenya a failli recourir avec les femmes
Cette semaine, on a cru que Caster Semenya (lire notre chronique) avait définitivement retrouvé son statut de femme. C'était sans compter sur de nouveaux rebondissements survenus jeudi. En même temps, depuis le début de cette affaire, la championne du monde du 800 m a pris l'habitude des errances et des faux espoirs. Une chaîne de télévision sud-africaine ayant annoncé que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) avait décidé, à l'aune des résultats des tests de genre, d'autoriser un retour à la compétition de Caster Semenya en tant que femme, un point presse en présence de l'intéressée et du ministre des Sports a été convoqué.
Puis un communiqué lapidaire de l'IAAF est tombé, disant en substance qu'«en dépit des rumeurs» en Afrique du Sud, «aucune déclaration finale sur Semenya ni aucune conférence de presse» n'étaient prévues «sur ce sujet». Du coup, le rendez-vous fixé aux journalistes a purement et simplement été annulé. Bilan: Caster Semenya ne sait toujours pas si elle pourra courir un jour. Ni si elle pourra le faire en tant que femme.
Danica plus forte que les hommes?
Parfois, il y a des presque victoires qui font autant plaisir qu'une première place sur le podium. Danica Patrick (photo), la très hot et très forte pilote automobile américaine, a pris la deuxième place d'une course d'IndyCar au Texas. Réussissant une prestation éblouissante, qui a même convaincu les vieux grincheux et les machos. En gros, un seul garçon a réussi à faire mieux qu'elle. Et encore, il s'en est fallu de peu pour que la brune du Wisconsin ne lui souffle la politesse. Quant aux autres? Ils sont tous derrière.
Pourquoi cela fait plaisir? Outre le fait qu'une belle carrosserie ne gâche rien dans les paddocks, parce que Danica a ainsi rabattu le caquet des critiques qui lui pleuvaient dessus, elle qui avait déjà par le passé remporté une manche d'IndyCar. De l'extérieur, la vie de Danica a l'air cool, en effet. Mais dans la réalité, elle soit se coltiner des déclarations aussi classe que celle de Jenson Button, le pilote de F1: «Une fille qui possède une forte poitrine ne sera jamais à l'aise dans une voiture. Et ses mécaniciens ne pourraient pas se concentrer. Imaginez, comment feraient-ils pour serrer ses sangles?» Alors oui, nous, on sourit avec Danica.
Photos: DR.











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