DANS LE VESTIAIRE DES FILLES. Le baggy et le bagout de Leigh-Ann Naidoo
CHRONIQUE. Leigh-Ann Naidoo est une ancienne joueuse pro de beach-volley qui s'engage pour la cause. Et qui soutient aussi les footballeuses. TÊTUE l'a rencontrée à l'occasion des Gay Games.

Bon sang, mais c'est bien sûr! On l'a retrouvée près des terrains de beach-volley. Et pourtant non, ce n'était pas si évident que cela finalement. À Cologne, ce matin-là, il y avait également une chance d'intercepter son sourire du côté du stade de football. Car, ancienne joueuse professionnelle de volley et de beach-volley, la Sud-Africaine Leigh-Ann Naidoo est désormais l'un des plus grands soutiens -via la Fondation FEW- des Chosen Few, l'équipe de foot 100% black et lesbienne de Johannesbourg. Des filles toutes avec des histoires plus horribles les unes que les autres, de répudiations, de viols ou de caillassages. «Ah, vous les connaissez?», laissera d'ailleurs échapper avec surprise et joie mêlées la désormais retraitée ce matin-là. Avant d'ajouter: «Notre pays bénéficie d'une constitution très progressive. Mais dans les faits, des lesbiennes y sont tuées. Rien que de penser à l'endroit où vivent ces filles… Chez elles, aller dans un bar ou prendre un taxi constitue un vrai danger.»
À 34 ans, l'ancienne plus jeune volleyeuse à intégrer l'équipe A d'Afrique du Sud, ensuite reconvertie avec bonheur dans le beach-volley, est devenue une vraie militante de la cause des femmes et des droits LGBT. Dans son pays, mais aussi à l'international, avec notamment un engagement auprès de la Fédération des Gay Games, qui l'a amené à poser ses valises quelques jours en Allemagne à l'occasion de la 8e édition de la manifestation. Star du sport reconnue et respectée pour sa carrière, elle est devenue tout un symbole pour l'Afrique du Sud, pays où couleur de peau et homosexualité assumée sont encore des «issues». Elle-même fait fort puisqu'elle combine les deux.
«Ma mère m'a dit: au moins, tu ne te drogues pas...»
Mais son homosexualité, cette grande plante aux idées si tranchées ne l'a affichée publiquement qu'en 2004, à l'occasion des Jeux olympiques d'Athènes. Avant cela, lorsque les journalistes lui demandaient des nouvelles d'un éventuel petit ami, elle répondait: «Je n'ai pas le temps d'en avoir un». «Et puis, j'ai rencontré Kelly, explique Leigh-Ann Naidoo de sa douce voix de basse. Et elle m'a clairement dit qu'elle ne voulait pas vivre dans le placard. À peu près à ce moment-là, ma coéquipière et moi, nous cherchions des financements pour pouvoir aller à Athènes et nous avons trouvé une Allemande très intéressée par le fait de pouvoir aider au développement du sport féminin. Et il se trouve qu'elle était lesbienne.» Deux rencontres qui, chacune à leur manière, ont décidé la native du Cap à faire son coming out.
«J'ai commencé par le dire à ma famille, se souvient-elle. Ma mère est quelqu'un de très religieux, mais de très ouvert. Et pourtant, il lui arrivait de me dire: "au moins, tu ne te drogues pas…" Il m'a fallu deux ans pour éduquer ma mère. Et m'éduquer moi aussi en même temps, d'une certaine manière.» Une fois la famille prévenue, place aux médias: «et là, j'étais prête! Je n'ai jamais eu de problème avec eux», dit-elle simplement. Aujourd'hui, Leigh-Ann et Kelly, avec qui elle s'est mariée en 2007, sont les fières mamans d'une petite fille de quinze mois prénommée Lerato. «Après une longue réflexion, explique-t-elle tout en faisant défiler les photos de sa fille sur son téléphone portable, nous avons décidé d'adopter. Il y a 100 000 bébés orphelins chaque année en Afrique du Sud, c'est énorme!Nous y avions pensé pendant deux ans avant d'entamer les démarches, mais j'avais les JO et ma partenaire finissait son doctorat. Et puis, nous avons foncé. Lerato avait quatre mois et demi lorsque nous l'avons rencontrée pour la première fois. Et maintenant, nous allons nous battre pour qu'elle porte nos deux noms!»
Des sportives qui vérifient qu'elles n'ont pas été outées|
Car Leigh-Ann Naidoo est du genre guerrière. Dans la douceur, mais guerrière quand même. Qu'il s'agisse de son action au sein de Few, de son travail au sein de l'Institut des Sports de Johannesburg ou de son action de porte-parole des femmes dans le sport. D'ailleurs, une mésaventure l'a beaucoup énervée. Alors qu'elle était invitée à parler lors d'une conférence consacrée au vaste sujet «femmes et sport en Afrique du Sud», et alors qu'elle avait été très émue par la lecture d'un article consacré à une jeune butch de 19 ans arrêtée puis violée, elle avait choisi de consacrer une partie de son intervention à l'homophobie. «Dans les instances dirigeantes du sport, il y a plein de gays dans le placard, s'emporte-t-elle, mais chez nous, on ne parle jamais de l'homophobie dans le monde du sport! Là, je l'ai fait. Et je me suis fait eng… par des sportives de haut niveau qui m'ont appelée direct pour me dire que ce n'était pas le lieu pour parler des lesbiennes! Par la même occasion, certaines ont voulu vérifier que je ne les avais pas outées…»
Son mot d'ordre désormais est simple: «Oublions un temps les arguments législatifs, et pensons d'abord à l'éducation. L'éducation est la base de tout!»
Photo Mathias Casado Castro










LES CHAÃŽNES 











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De Katja
Merci a Têtu pour se trés beau reportage merci a Leigh-Ann Naidoo pour son engagement pour notre cause je lui souhaite beaucoup de bonheur ainsi qu a sa petite famille