DANS LE VESTIAIRE DES FILLES. La femme qui grimpait aussi bien que les garçons.
CHRONIQUE. La quête des sommets n'est pas qu'une métaphore, elle est aussi un sport à haut risque. Surtout lorsque la fraude s'en mêle. Heureusement, la ténébreuse Edurne Pasaban est là ...

Dire qu'hier encore, on n'était pas peu fières de pouvoir exhiber cette photo prouvant qu'on avait réussi sans assistance si ce n'est celle de notre gourde l'ascension par la face nord du mont Saint-Michel de Brasparts. Oh, bien sûr, ça faisait marrer les copines qui planchaient déjà sur leur prochain trekking en Nouvelle-Zélande. Mais aujourd'hui, on vous le dit haut et clair: nos 381m d'altitude dans les Monts d'Arrée ou leurs 3754m en haut du mont Cook, c'est du pareil au même tout ça! C'est peanuts, nada, walou, rapporté aux performances d'Edurne Pasaban.
Cette alpiniste basque de presque 37 ans (elles les aura le 1er août) est devenue le 17 mai dernier la deuxième femme de l'histoire à vaincre les quatorze «8.000», soit les quatorze sommets mondiaux culminants à plus de 8.000 mètres. La deuxième… voire, car, on y reviendra, des soupçons de fraude pèsent sur sa principale rivale. La native de Tolosa, dans la province du Guipuscoa (en Espagne donc), s'est donc envoyé tour à tour chacun des quatorze mythes de l'Himalaya, partagés entre l'Inde, le Pakistan, le Népal et la Chine. À savoir, dans l'ordre choisi par cette brune à fort tempérament, l'Everest, le Makalu, le Cho Oyu, le Lhotse, le Gasherbrum II, puis le Gasherbrum I, le K2, le Nanga Parbat, le Broad Peak, le Dhaulagiri, le Manaslu, le Kangchenjunga, l'Annapurna et, enfin, le Shishapangma. Le tout entre 2001 et 2010 avec, les années fastes, deux sommets engloutis en moins de 365 jours.
«Aucun exploit sportif n'est hors de portée des femmes»
Un exploit qui a trouvé grâce aux yeux du Nouvel Observateur. Lequel en a profité, dans son édition du 15 au 21 juillet, pour s'entretenir avec l'Espagnole, la présentant au passage comme celle qui «prouve qu'aucun exploit sportif n'est hors de portée des femmes». Mazette, dans un hebdomadaire généraliste de référence, c'est peu dire que ça fait plaisir à lire. Cette sportive au-delà du genre n'est pas tombée dans la marmite de l'alpinisme professionnel tout de suite. Bien sûr, elle avait de fortes prédispositions, puisque, enfant, elle accompagnait son paternel lors de ses courses dans les Pyrénées, avant de se mettre à l'escalade à 14 ans. «La passion est née comme ça, petit à petit», dit-elle. Mais pour faire plaisir à papa-maman, elle a poursuivi des études d'ingénieur en mécanique, et en a même fait son métier. «En 1998, à 25 ans, j'ai escaladé mon premier 8.000 dans l'Himalaya, se souvient Edurne Pasaban. Et là, le virus de la montagne a été le plus fort. Six ans plus tard, je suis passée professionnelle.»
Pourtant, le cheminement vers cette évidence n'as pas été sans errances. Retour en juin 2004. Edurne a 30 ans et s'attaque à un monstre, le K2, que l'on dit jusque-là maudit pour les femmes. Non sans raisons, puisque si une Polonaise est parvenue à en atteindre le sommet en 1986, les cinq alpinistes suivantes n'en sont, elles, jamais revenues. Et en ce début d'été, il s'en faut de peu pour que la Basque les rejoigne dans leur destin tragique. Vaincue par la fatigue d'une ascension des plus exigeantes, elle tente de lutter contre les yeux qui se ferment dans la redescente, mais en vain. Elle s'écroule. Heureusement pour elle, dix mètres plus bas, un compagnon de cordée a la bonne idée de se retourner, et malgré son propre épuisement, il la réanime et la sauve de justesse. Bilan: orteils et phalanges gelés, trois semaines dans un hôpital de Katmandou et une dépression qui durera un an et demi.
«Il m'a fallu beaucoup de ténacité pour me faire reconnaître dans cet univers très masculin. Mais le défi en valait la peine.»
Ténacité dans un univers masculin
«Je ne crois pas avoir besoin de me mettre en danger pour exister, analyse-t-elle avec le recul et sept «8.000» plus tard. Quand je grimpe, je mets toutes les chances de mon côté. Le vrai courage, c'est être capable d'affronter la vie de tous les jours.» Pour elle, ce sera donc adieu l'ingénierie, bonjour la liberté. Et aujourd'hui, pas une once de regret. «Il m'a fallu beaucoup de ténacité pour me faire reconnaître dans l'univers très masculin de l'alpinisme de haute altitude, explique Edurne Pasaran. Mais je me suis toujours relevée et le défi en valait la peine.» C'est pour toutes ces raisons qu'elle est chagrinée par la rivalité de fait entre elle et la Coréenne Oh Eun-sun. Une alpiniste surgie de nulle part il y a deux ans, désormais flanquée pour chacune de ses ascensions d'une trentaine de caméras de la télévision nationale.
L'étendard politique de ce que certains n'hésitent plus à taxer d'«alpinisme commando». «Mme Oh», comme l'appelle du bout des lèvres que l'on imagine pincées Edurne Pasaran, a été officiellement la première femme à venir à bout des quatorze «8.000» après avoir gravi l'Annapurna fin avril.
Guéguerres
Sauf que la Coréenne est soupçonnée de ne pas avoir réellement atteint en mai 2009 le sommet du Kanchenjunga. Même la spécialiste américaine Elizabeth Hawley, considérée comme «la» référence en matière d'alpinisme dans l'Himalaya, qualifie cette ascension de «contestée». Des sherpas du camp de base ont, eux, juré n'avoir jamais vu Oh… Sans compter qu'elle aurait eu recours à l'assistance respiratoire pourtant bannie des puristes pour ses autres ascensions. Où les guéguerres vont-elles se loger… Au pays des neiges éternelles, il y a belle lurette que les glaciers ne sont plus totalement immaculés.
Reste que face à l'immensité, il n'y a finalement que l'humanité qui peut parler. «Un vrai alpiniste grimpe d'abord parce qu'il en a besoin, dit ainsi Edurne Pasaran. Pour l'expérience globale.» Rien d'autre.
Photo: DR.












0
De ZeFlatteuz
Magnifique histoire, énorme performance! Quelle belle aventure et si impressionnante!
Il faudrait nous (me!) tenir au courant de la suite... est-elle en fait, la première femme au monde à avoir fait les 14 sommets?
Ma femme dirait la même chose: "Un vrai alpiniste grimpe d'abord parce qu'il en a besoin"... ah ces tarées de montagnes et d'escalade...!