DANS LE VESTIAIRE DES FILLES. Dans le basket féminin universitaire US, on prône le «pas homo»
CHRONIQUE. À quelques semaines de la «March Madness», ESPN Magazine a enquêté sur un sujet encore tabou: l'homophobie à peine masquée des recruteurs dans le basket féminin universitaire. Mais il paraît qu'il y a de l'espoir.
Il faut l'avoir vécu pour le croire. Les gouttes de sueur qui retombent sur les parquets pour cause de température élevée et de high energy à chaque shoot, à chaque rebond, les maillots sans manches qui collent aux corps musclés et, surtout, des matches d'une intensité folle dans une ambiance survoltée. Dans les salles -d'une capacité bien supérieure à celles qui accueillent nos clubs de ProA- mais aussi devant les téléviseurs, confortablement assis sur un canapé une main dans le sachet de chips, ou la cuisse collant au canapé en skaï d'un «deli», le burger bien dégoulinant à la bouche, le fan de base de sport US ne raterait aucun match de WNCAA en pleine «March Madness». Le summum de l'année universitaire de basket. Et, parole de TÊTUE, on aimerait bien voir, ne serait-ce qu'au niveau pro, autant d'engouement chez nous pour une compétition féminine. Période bénie du sport universitaire outre-Atlantique qui approche à grand pas, qui fait vendre des tickets, des équipements, des écrans publicitaires, de la bière et du pop-corn. Et qui explique qu'un magazine sportif grand public tel que ESPN The Magazine ait choisi de revenir sur les récentes affaires de coaches virées de leurs équipes en raison de leur homosexualité.
«Ici, les gens ont de la morale et des valeurs saines»
Le périodique, qui a par ailleurs pris la bonne habitude de nous régaler avec de très belles photos sexy de sportives- publie ainsi dans son édition du 7 février un dossier intitulé «De l'homophobie dans le recrutement». Très américain dans la pratique, mais symptomatique d'une certaine hypocrisie parfois rencontrée dans le milieu sportif de haut niveau jusque chez nous. Et les histoires contées sont édifiantes. Celle de cette rookie de talent qui effectuait à Iowa State l'une de ces fameuses «visites de recrutement», là où les installations, le staff, les moyens mis en place pour l'équipe, doivent en mettre suffisamment plein la vue pour que les meilleures soient aussitôt décidées à signer. Visite qui s'est terminée pour elle par un tête-à-tête avec l'un des head coach les plus réputés du pays, Bill Fennelly, qui exerce cette fonction depuis 23 ans et n'a rien trouvé de mieux que de préciser à la jeune femme que la raison ultime qui devrait la guider dans son choix est que sa faculté est «très portée sur la famille». Ce qui, on le comprend au fil de cette longue enquête, est une autre façon de dire «hétéro». Ou plus exactement «pas homo».
Cette joueuse, qui tient à garder l'anonymat, explique que les discussions d'ordre privé vont très loin à Iowa State. Qu'on lui a dit des choses telles que «Iowa a de la morale, les personnes qui vivent ici ont des valeurs; des valeurs saines.» Et ce qui est ici induit par «saines» est également ce à quoi vous pensez. Hétérosexuelles, encore.
Connues pour leur talent et non en raison de leur sexualité
Il y a aussi l'histoire de cette coach longtemps restée dans le placard, Kathy Marpe, qui a travaillé à l'Université de San Diego de 1980 à 2005 et qui se souvient de plusieurs recrues potentielles à qui l'on avait gentiment conseillé, à coups d'accusation viles et d'insinuations, de fuir son programme. «Je me souviens qu'un entraîneur de jeunes m'a raconté qu'un autre coach universitaire avait dit à un joueur: "tu sais, ils sont gays". Et au final, le joueur ne s'est jamais montré chez nous.»
Et s'il n'existe qu'une seule coach out en Division I de WNCAA de basket, la raison en est simple selon l'intéressée, Sherri Murrel. «Je reçois tout le temps des emails de coachs qui me disent: "j'aimerais pouvoir faire comme toi". Mais les gens craignent pour leur emploi. Elles disent qu'elles veulent être connues pour leur talent de coaching pas pour leur sexualité.» D'où des mensonges, des non-dits, des dénis parfois. Mais il y a de l'espoir. Car la nouvelle génération est différente, nous dit ESPN Magazine.
Janel sort avec des femmes
Chef de file de ces jeunes out and proud, Janel McCarville, 28 ans, ancienne star de l'Université du Minnesota et aujourd'hui pivot du New York Liberty. «Elle n'a jamais évoqué publiquement sa sexualité, nous apprend le magazine, mais juste parce qu'elle ne voulait pas être distraite (de la compétition). "La plupart des cas d'homophobie vient des anciennes générations", dit McCarville. Et le fait qu'elle sorte avec des femmes est "largement accepté" parmi les joueuses de son âge et par les plus jeunes, ajoute-t-elle. "De plus en plus d'entre elles n'ont aucun souci avec qui elles sont".»
Mais là où le magazine fait peut-être le plus fort, c'est dans la conclusion de l'article. Citant Sherri Murrel la coach lesbienne de Portland State, maman de deux enfants avec sa compagne, qui trouve quand même dur à avaler qu'on ne reconnaisse pas plus qu'il y ait «tant de super programmes universitaires avec des coaches qui ne sont pas marié( e)s et n'ont pas d'enfants, qui créent un super environnement», les auteurs de l'enquête lâchent en écho: «et bien trop qui sont marié(e)s, avec des enfants, et qui font tout le contraire.» Voilà qui est envoyé...
Photos: DR.











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