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DANS LE VESTIAIRE DES FILLES. Caster Semenya, une fille mauvais genre?

Par Myrtille Rambion samedi 29 août 2009, à 14h51 | 4288 vues
Plus de: Berlin, Caster Semenya, genre, sexe, hormones

CHRONIQUE. La championne du monde du 800 m Caster Semenya a été au cœur de la plus grosse polémique des Mondiaux de Berlin. A son corps défendant. La Sud-Africaine a dû se plier à des tests de féminité. Une situation qui révolte tout un pays.

 

Caster SemenyaUne femme perdue dans la foule. Vision panoramique: ses cheveux tressés en arrière, un bras qui émerge de la marée humaine qui a convergé vers l'aéroport de Johannesburg. Jusqu'à ce mardi, le haut de survêtement jaune et vert, elle le voulait comme une cape d'invisibilité. Qu'on ne parle enfin plus d'elle, qu'on la laisse être, tout simplement, discrètement. Qu'on la laisse à la fois digérer et oublier cette finale du 800 m des Championnats du monde. Cette fois, ce survêtement lui permet d'être bien en évidence malgré le nombre. Car c'est par milliers qu'ils sont venus l'accueillir et la fêter. Elle. Leur «Première Dame du Sport», comme le proclament les pancartes qu'ils brandissent, ces adorateurs de la délégation d'athlètes sud-africains de retour de Berlin. Et elle en particulier. «Simplement la meilleure» ont écrit d'autres fans. Elle. «100% femme féminine», disent d'autres banderoles. Elle, Caster Semenya. Dix-huit ans. Championne du monde du 800 m. Jetée en pâture aux fauves du cirque médiatique telle une bête de foire.

Une question de genre

Ce jour-là, à Jo'Burg, puis à Prétoria, là où elle étudie, Caster Semenya a pu mesurer combien son pays tout entier la soutenait. Et quand on dit «tout le pays», c'est effectivement tout le pays. Jacob Zuma, le président de la République Sud-Africaine, et Nelson Mandela compris. Un temps au moins, la sportive aura laissé sur le bord de la piste les tests pratiqués par des gynécologues, des endocrinologues et des psychologues pour déterminer si oui ou non elle est femme. Si oui ou non, elle a mérité son titre de championne du monde. Si oui ou non, elle a concouru honnêtement.

Caster Semenya était inconnue avant les Mondiaux de Berlin où elle s'est offert l'or après une course de 1'55''45. Soit un chrono hallucinant de plus de deux secondes d'avance sur ses deux plus proches poursuivantes. Cinq mètres dans la vue. «J'ai pris la tête dans les derniers 400 mètres, a commenté l'athlète, et je les ai tuées. Elles n'ont pas pu suivre la course. C'était génial !».

Retour des enquêtes de féminité

Cette performance sortie de nulle part, sa voix particulièrement rauque, sa morphologie, ont poussé les responsables de l'IAAF, la fédération internationale d'athlétisme, à diligenter une véritable enquête de genre. «Caster Semenya est-elle vraiment une femme?», se demandent-ils en substance.

Les enquêtes de féminité ont longtemps existé dans l'athlétisme mondial. Jusqu'au début des années 90, toute athlète voulant concourir au niveau international se devait de franchir les obstacles médicaux (comme un prélèvement de salive) pour se voir attribuer une «carte de féminité», sésame indispensable à l'inscription à un événement sportif homologué. Et puis, cette pratique a été abandonnée. Sans doute, entend-on çà et là, cet abandon a-t-il coïncidé avec l'arrivée sur le marché d'athlètes originaires de l'ancien Bloc de l'Est. Eh oui, les méfaits du dopage...

Et les retombées psychologiques?

Mais il ne faudrait pas tout mélanger. Dans le cas de Caster Semenya, avant même de s'intéresser aux résultats de ces tests qui ne devraient pas être connus avant plusieurs semaines, il ne saurait quoi qu'il en soit être question de tricherie intentionnelle. Pour cette jeune femme, ses amies, ses entraîneurs, son genre ne fait aucun doute. Femme elle a couru à Berlin, car femme elle est depuis toujours. Est-elle XX? Est-elle XY? Est-elle ni l'un ni l'autre? La réponse «scientifique» attendue mettra-t-elle aussitôt fin à la vague de douleur subie par cette jeune femme? Rien n'est moins sûr.

Alors, la grande question est surtout de savoir pourquoi les instances dirigeantes, si doute il y avait, ont laissé cette jeune femme s'aligner et remporter le titre mondial avant de lancer la polémique. Visiblement, elles n'ont pas pensé aux retombées psychologiques. Ou n'ont pas voulu le faire.

Pour Winnie Mandela, une «insulte à toutes les femmes»

L'IAAF a demandé à Caster Semenya de ne pas se présenter à la conférence de presse d'après finale. Pour éviter les questions embarrassantes ou par honte? On ne le saura pas. Profondément choquée, la championne du monde avait dans la foulée failli ne pas aller chercher sa médaille d'or.

Il était une fois une fillette plus  grande, plus forte, plus «masculine» comme l'on dit trivialement, que les autres dans son village. Va-t-elle découvrir, à dix-huit ans, qu'elle n'est pas qui elle croyait être? Ou bien qu'elle est victime de ce que son apparence renvoie, à son corps défendant? Tout cela mérite d'être considéré autrement qu'entre deux dossiers par des messieurs en costume. «C'est une chose de déterminer si des avantages injustes existent, a ainsi commenté le président sud-africain, mais c'en est une autre d'humilier publiquement une sportive honnête.»

Winnie Mandela a, elle, estimé que l'IAAF a «insulté toutes les femmes». La plaie risque d'être longue à se refermer.


 

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13 réactions de la communauté

 
Canaval

De Canaval

Le 29 août à 13h03

C'est surement traumatisant pour elle ; mais je peux pas m'empêcher de penser que ça se passe en Afrique du sud ou des 10ène de lesbiennes sont violées tout les jours par des hommes pour faire d'elles de vrais femmes...

 
hector dumas

De Ariel

Le 29 août à 13h34

Qu'est-ce que tu racontes comme sottises ? L'IAAF est basée à Monaco et non pas en Afrique du Sud, c'est une organisation internationale. La nationalité de l'athlète n'a strictement rien à voir dans cette histoire.

 
hector dumas

De Canaval

Le 29 août à 13h46

Oui, je sais, je parlais pas de l'IAAF, mais je me questionnais plutôt du subit intérêt des Sud Africain pour la gente féminine...
Ils risquent d'affirmer bientôt qu'elle n'est pas lesbienne et qu'il n'y a pas de lesbienne dans leur pays...
En tout cas se qu'on peut affirmer, c'est que bientôt il n'y aura pas de lesbienne qui ne se soit jamais fait violer en Afrique du Sud...
Et tes commentaires ou tu parles des "sottises" des autres tu peux te les garder, surtout quand tu comprends l'orientation du commentaire.
Tu connais l'Afrique du Sud? Tu y a habité ??? T'as été témoin de viols collectif en pleine rue à Cape town ??

 
hector dumas

De Ariel

Le 29 août à 14h40

Ton commentaire n'a rien à voir avec l'article en question. Tu le confirmes une fois de plus. Ce n'est pas un article sur "Le sort des lesbiennes en Afrique du Sud" mais sur une athlète sud-africaine que l'IAAF humilie.

Sur ce dont tu parles, je n'ai jamais remis en cause ce que tu disais sur le sort des lesbiennes, et tu sembles t'y connaître.

En toute franchise, cette portion du monde, je m'en lave les mains. Bien que je compatisse avec toute personne persécutée pour être ce qu'elle est.

 
Canaval

De Canaval

Le 29 août à 13h07

En Afrique du Sud une femme se fait violer toutes les 6 secondes....

 
Ariel

De Ariel

Le 29 août à 13h36

Pour moi ce n'est qu'une démarche transphobe et humiliante.

 
hector dumas

De Canaval

Le 29 août à 13h49

Qu'est-ce que tu racontes comme sottises ? Il n'a jamais été question pour L'IAAF, basée à Monaco, d'humilier les transsexuelles...

 
hector dumas

De Ariel

Le 29 août à 14h30

C'est toi qui le dit, pas moi. ^^

 
hector dumas

De yaki

Le 02 septembre à 19h46

Démarche transphobe ? Tous ses partisans disent que Caster Semenya est une femme depuis toujours. Personne ne parle d'opération ou de transgenre de son côté. Je ne vois donc aucune transphobie dans la démarche.

Il y a quelques temps, des questions avaient été soulevées concernant la féminité de Maria Mutola, toujours sur 800m: sa carrure impressionnante n'était pas forcément naturelle chez une femme. Cela était sans doute dû à un important travail de musculation! ;o))
Mais aucun test n'avait été effectué. La démarche actuelle pourrait donc être humiliante, puisque cela fait longtemps que ces tests ont été abandonnés. Comme Caster est intègre (ce qui loin d'être le cas des tous les athlètes), l'IAAF saura présenter des excuses en bonne et due forme (qui, certes, n'effaceront pas tout).
Je reste dubitatif devant sa performance. Certes son physique est très masculin, mais ce qui m'étonne le plus est qu'elle était inconnue jusqu'à 3 semaines des mondiaux et qu'elle gagne avec un démarrage qui a laissé toutes ses adversaires sur place.

Quant à l'IAAF qui aurait dû réagir plus tôt : je ne sais pas avec quel temps cette athlète a été engagée.
La fédération internationale d'athlétisme est une des rares fédérations à permettre aux pays d'aligner un(e) athlète dont les performances sont loin des minima requis pour participer aux mondiaux. La fédé a-t-elle pensé qu'elle était dans ce cas ?

 
hector dumas

De Ariel

Le 03 septembre à 13h50

L'enquête de "féminité" est menée pour savoir si c'est une femme génétique (ou une transsexuelle), c'est donc bien une démarche transphobe dès l'instant que l'on considère qu'une femme trans n'est pas une "vraie femme" mais un homme.

Les oestrogènes modifient beaucoup de choses dans le corps, y compris la force physique. Une femme trans serait égale à une femme bio sur ce point pour la même corpulence, à quelques exceptions près.

 
looti

De looti

Le 29 août à 18h45

Le voyeurisme indécent de la masse! toujours prêts à jeter la différence en pâture aux fauves...

 
GouineMum

De GouineMum

Le 29 août à 19h00

"Sois un homme, ma fille, et surtout ramène des médailles (en chocolat), comme ça tout ton pays violemment LGBTIphobe et nationaliste te soutiendra"...

 
yaki

De yaki

Le 03 septembre à 23h23

L'article a une approche LGTB (normale), avec une forte vision discriminatoire et les effets de cette histoire sur le psychisme de Caster Semenya. Il faudrait peut-être aller plus loin. Je ne vois aucune interview des différents protagonistes de cette histoire pour avoir leur point de vue. Et que pensent de cette affaire les athlètes battues par Caster Semenya ? Comment vivent-elles leur défaite ? Qu'est-ce qui nous prouve que les "messieurs en costume" considèrent l'affaire comme une broutille "entre deux dossiers". Espérons que l'article n'a pas été écrit depuis un douillet appartement parisien, pour reprendre le même ton gratuit ! Tout ce que j'ai entendu de l'IAAF, c'est qu'elle voulait vérifier si Caster Semenay était ou non une femme. L'IAAF aurait sans doute pu se poser la question plus tôt, comme l'an dernier aux mondiaux juniors auxquels la jeune athlète a participé. Mais je n'ai pas entendu l'IAAF s'exprimer sur le mode opératoire des tests ni sur sa définition d'un homme et d'une femme. Je n'ai pas entendu l'IAAF dire qu'on retirerait le titre si c'était un transexuel. L'an dernier, je n'ai pas autant entendu crier au scandale, dans les journaux, quand l'IAAF a vérifié si les prothèses de jambes d'Oscar Pristorius (également sudaf') lui conféraient ou pas un avantage de course sur les valides avant les JO de pékin... Cette affaire Pistorius et maintenant le cas de Caster Semenya soulève pas mal de questions: Sans préjuger de l'honnêteté que Caster Semenya, jusqu'où peut-on/ doit-on aller pour un sport "propre", sans avantages indus pour certains sportifs ? Y a-t-il acharnement contre l'Afrique du Sud puisque plusieurs athlètes de ce pays ont eu maille à partir avec l'IAAF ? Aurait-on fait la même enquête avec un/e athlète des USA ? L'IAAF ne chercherait-elle pas autre chose qu'un "simple" changement de sexe, comme un cas de dopage? La progression de Caster Semenya est étonnante: 16" en 13 mois d'après les info sur le site de l'IAAF : http://www.iaaf.org/athletes/biographies/letter=s/country=rsa/athcode=242560/index.html .

 
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