DANS LE VESTIAIRE DES FILLES. Affaire Semenya: Caster... repetita?
CHRONIQUE. Le Gala mondial de l'IAAF à Monaco devait être l'occasion de révéler les résultats des tests pratiqués sur Caster Semenya. Il n'en sera finalement rien. Mais la championne du monde du 800 m garde sa médaille, ses gains et le droit de courir chez les femmes. Enfin, en principe...
Les annonces s'étaient un peu calmées. Les esprits aussi. Mais la tenue ce week-end à Monaco du traditionnel Conseil de l'IAAF, la Fédération internationale d'athlétisme, et de son prestigieux Gala est venue rappeler tout le monde à l'ordre. Car il est temps de parler. De révéler au monde entier, enfin, les tenants et les aboutissants des tests en tous genres -sans mauvais jeu de mots- pratiqués sur Caster Semenya, la championne du monde du 800 mètres. C'est en tout cas ce qui était prévu, depuis qu'en septembre avaient filtré via un journal australien les premières conclusions officieuses. Cette fois en adoptant profil bas, promis. Sauf que.
J'voudrais bien, mais j'peux point...
Sauf que comme depuis le début dans toute cette «affaire», rien ne peut ni être simple ni rester in the closet, comme le disent si bien les Anglo-Saxons. Comme si chacun, même un peu gêné aux entournures, «voudrait bien» essayer de sauver le peu de dignité qui peut encore l'être, mais ne le «pouvait point». Sans compter la dimension hautement politique du dossier qui implique bien malgré elle la Sud-Africaine qui, finalement, n'a rien demandé d'autre que de pouvoir courir pour son pays, comme elle l'avait toujours fait. Même si, il est vrai, la performance chronométrique en finale du double tour de piste des derniers Championnats du monde de cette quasi-inconnue a de quoi susciter, au choix, l'admiration ou la stupéfaction.
«Caster peut décider de courir en tant que femme, ce qu'elle est»
Jeudi, donc, le ministre sud-africain des sports crie victoire et annonce que Caster Semenya garde sa médaille d'or, son prize-money et le droit de concourir chez les femmes. «Le gouvernement et les avocats de Caster sont parvenus à un accord total avec l'IAAF, a ainsi indiqué dans un communiqué le ministère. Parce que Caster est innocente de tout délit, elle conservera sa médaille d'or, son titre de championne du monde du 800 m (et) son prix». Puis, interrogé par une agence de presse, le ministre Makhenkesi Stofile a lui-même ajouté : «Selon moi, le futur de Caster Semenya est entre ses mains. Elle peut décider de courir en tant que femme, ce qu'elle est».
Cerise sur le gâteau, enfin, un peu de discrétion et d'humanité. La déclaration officielle sud-africaine précise en effet un dernier point de taille: «Nous sommes également convenus avec l'IAAF que tout examen scientifique mené légalement dans le cadre des régulations de l'IAAF serait traité comme un sujet confidentiel entre patient et médecin.» Autrement dit, finies les fuites dans la presse ou les couloirs de stade: «Il n'y aura donc aucune annonce publique sur ce qu'aura trouvé le groupe de scientifiques.»
Établir des règles sur le genre
Dans quelle mesure Caster Semenya, dont le genre a été remis en cause, pourra-t-elle effectivement concourir face à d'autres jeunes femmes? Pas sûr en fait que quiconque ait la réponse. Car dès le lendemain de ces déclarations, l'IAAF faisait savoir par un porte-parole : «Pour le moment, nous ne sommes pas en mesure de confirmer à 100% ce qui a été annoncé par les Sud-Africains.» Allons bon! Toujours pas d'accord? «Nous sommes toujours en discussion, a indiqué le porte-parole, et nous espérons parvenir bientôt à une décision.» Un pas en avant... Sauf que le cas Semenya, pour être le plus médiatisé à ce jour, n'est pas le seul. Et qu'il faudra, à terme, trancher sur la question du genre dans le sport. «La prochaine étape, reconnaît d'ailleurs le ministère des sports sud-africain, sera que des scientifiques du monde, y compris d'Afrique du Sud, se penchent sur le sujet afin, nous l'espérons, d'aider les instances sportives à établir des règles sur le genre et l'égalité dans leurs compétitions.»
«Maintenant, les gens veulent me toucher»
En attendant, une jeune femme de dix-huit ans a été jetée en pâture, son intimité étalée sur la place publique, sans que l'on ait même songé aux implications dans son humanité la plus profonde mais également dans son quotidien. Il y a peu, Caster Semenya, étudiante à l'université de Pretoria, confiait au Guardian: «Maintenant, les gens me regardent avec insistance, ils veulent me toucher. Je suppose que c'est parce que je suis célèbre, mais je ne pense pas que j'aime tellement ça... Ce n'est pas si facile. A l'université, ça va, mais il n'y a pas beaucoup d'autres endroits où je peux aller.» Et ça, ça risque malheureusement pour elle de durer bien plus que les 1'56''72 qui l'ont conduite au titre de championne du monde...

















