Caster Semenya: courra, courra plus?
DANS LE VESTIAIRE DES FILLES. Dès les Jeux olympiques de 2012, de nouvelles règles seront appliquées pour éviter qu’une affaire Semenya bis se produise. Pas sûr que l’objectif soit atteint.

C'était donc de l'hyperandrogénisme. Il aura fallu attendre le 5 avril et un avis rendu par la commission médicale du Comité international olympique (CIO) pour que l'on mette réellement et publiquement un mot sur le pourquoi du comment de l'affaire Semenya. Oh bien sûr, le terme avait déjà circulé çà et là, mais puisque secret médical il y avait, puisque les instances dirigeantes du sport ne tenaient pas à ce que le «buzz» tisse encore sa toile, on ne nous avait pas vraiment indiqué en caractères noirs d'imprimerie, pauvres vulgus que nous sommes, quel était donc ce «mal» dont souffrait l'athlète sud-africaine et qui lui avait valu tous ces rebondissements, polémiques, examens médicaux et prises de position en tous genres. C'est donc fait, comme ça l'air de rien en passant.
Tout en se défendant que cette question ne se soit mise à préoccuper les hautes instances sportives que depuis les championnats du monde d'athlétisme 2009, où rappelons-le, Caster Semenya avait obtenu la médaille d'or du 800 m, le président de cette commission, le professeur Arne Ljungqvist, a indiqué cette semaine que des règles allaient être édictées par le CIO concernant l'éligibilité des femmes souffrant d'hyperandrogénisme. Et que, surtout, ces règles entreraient en vigueur aux Jeux olympiques de Londres en 2012.
«La raison même de la distinction hommes-femmes»
L'hyperandrogénisme, qu'est-ce que c'est? «Certaines femmes, explique le professeur Ljungqvist, peuvent développer des caractères masculins à la suite d'une suproduction d'hormones sexuelles mâles appelées androgènes.» Or, détaille le CIO sur son site officiel: «les effets des hormones androgènes sur le corps humain expliquent pourquoi les hommes sont plus performants que les femmes dans la plupart des sports et sont la raison même de la distinction entre compétitions masculines et féminines dans la plupart des sports.» Et c'est donc la raison pour laquelle Caster Semenya a mis plusieurs wagons dans la vue de ses concurrentes à Berlin (un peu moins depuis): «les femmes souffrant d'hyperandrogénisme, poursuit en effet le texte, sont, en règle générale, plus performantes que leurs consœurs.»
La question n'est en effet pas nouvelle, dans la mesure où jusqu'en 2000, des tests de féminité étaient pratiqués, mais leur fiabilité était semble-t-il aléatoire. On connaît d'ailleurs d'anciennes athlètes de haut niveau qui ont été en possession de cette précieuse carte confirmant leur genre dans leur portefeuille! C'est peu de dire que l'attente de la réception du précieux sésame dans leur boîte aux lettres en a quelque peu traumatisées certaines, n'ayant jusque-là jamais eu de doute mais qui de fait se sont trouvées chamboulées dans leur moi rien que par l'existence de tels tests. Que dire de Caster Semenya, alors? On ne va pas refaire tout l'historique de l'affaire, que vous pouvez consulter ici, mais chez elle, la confusion qui semblait avoir été un temps apaisée pourrait repartir de plus belle.
«Reconnue en droit comme de sexe féminin»
Rappelons que la championne du monde du 800 m a été autorisée à s'aligner de nouveau sur des compétitions féminines. Ce qu'elle a fait, avec succès parfois, beaucoup moins d'autres. Et là, que lui disent ces nouvelles règles? Pas exactement qu'il n'y aura plus de problème. Pas non plus que son cas est définitivement réglé. «Une personne reconnue en droit comme étant de sexe féminin, explique la Commission médicale du CIO, devrait être habilitée à concourir dans des compétitions féminines pour autant que ses niveaux d'androgènes soient inférieurs aux valeurs enregistrées chez les hommes ou, s'ils se situent dans la fourchette en question, que sa résistance aux androgènes soit telle qu'elle n'en retire aucun avantage pour la compétition.» Bon courage pour trancher. Se pourrait-il ainsi que l'on assiste un jour à des tests comparatifs du type de ceux réalisés pour les prothèses du sprinteur Oscar Pistorius?
Ah, on allait oublier l'essentiel: le cas échéant, «les recherches devraient être effectuées dans le strict respect de la confidentialité», préconise ladite commission. Mais bien sûr. Et la liberté individuelle? Pas de problème, elle sera respectée! «Si une athlète ne parvient pas à se conformer à l'un des éléments de la procédure (...), ou refuse de s'y conformer, cela étant son droit en tant qu'individu, elle ne sera pas admise à participer en tant que concurrente dans le sport en question.» Là, au moins, c'est très clair.
Photos: DR.











LES CHAÎNES 














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De snark
"les femmes souffrant d'hyperandrogénisme"... qui a dit que ça devait être une souffrance en soi? L'hyperandrogénisme, ce douloureux problème ? (!) C'est plutôt toute la haine et les présomptions que ça déclenchent qui font souffrir...
... c'est tellement plus facile d'essayer de faire entrer désespérément les gens dans la binarité homme/femme, plutôt que s'interroger sur la pertinence de ces cases... y'a encore du boulot!
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De neptunes
Assez d'accord.Encore que lesdites cases commencent à "s'agrandir".