Au Kenya, elle milite pour que les lesbiennes prennent soin de leur santé
INTERVIEW. La militante kenyane Pouline Kimanni s'occupe d'une campagne sur la santé sexuelle des femmes en Afrique de l’Est. Pour elle, il s'agit de remettre en cause le système patriarcal et de montrer que les lesbiennes sont des femmes comme les autres.
Pouline Kimanni, 25 ans, est une militante active de la Coalition gay et lesbienne du Kenya (Galck). De passage à Paris, elle revient avec passion sur une campagne pour la santé sexuelle et les droits reproductifs des femmes, lancée le 22 décembre dans cinq pays d'Afrique de l'Est (Burundi, Rwanda, Kenya, Tanzanie, Ouganda). Pour elle, dans ces pays où il reste tant à faire pour les LGBT, il s'agit avant tout de faire comprendre que les lesbiennes sont des femmes comme les autres et que leurs problèmes concernent toutes les femmes. Le projet, non limité dans le temps, a été initié par la Coalition des lesbiennes africaines (CAL), avec le soutien d'associations LGBT (dont le Galck) dans le but d'assurer l'égalité aux femmes LBTI (lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et intersexes, ndlr) sur les questions de santé.
Pourquoi avoir lancé cette campagne?
Les femmes de notre région rencontrent beaucoup de difficultés pour parler de leurs droits. L'accès à la santé dans le domaine de la sexualité et de la reproduction est très limité et s'attarde plus sur ce que la communauté attend de nous en tant que femmes, comme la procréation. C'est une conséquence du système patriarcal. A terme, à travers cette campagne, on souhaite aussi remettre en cause le sexisme, le système patriarcal et l'hétérosexisme, de telle sorte que les femmes ne soient plus considérées comme des citoyens de seconde zone.
L'objectif est-il aussi de montrer que les LBTI sont des femmes comme les autres?
Oui! Nous espérons que dans deux ans on pourra montrer que leurs problèmes sont aussi ceux des autres femmes. C'est pourquoi le projet de CAL se focalise en particulier sur les problèmes des LBTI mais cible toutes les femmes: l'objectif est de mettre en corrélation tous nos combats, mais au-delà de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre.
Les femmes lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles risquent plus de rencontrer des problèmes de santé sexuelle. Pourquoi?
Tout d'abord, dans la communauté, il y a cette croyance, ce mythe, qu'on ne peut pas tomber malade si on est avec une autre femme. Donc elles font moins de consultations de routine. Et quand elles le font, elles cachent leur homosexualité et sont traitées comme des hétérosexuelles. Du coup, elles ne reçoivent pas le traitement adéquat. Tout cela marginalise plus encore les femmes LBTI... Au Kenya, une organisation a cependant créé une consultation annuelle pour ces femmes. Alors, doucement, l'information circule et elles deviennent plus conscientes de la nécessité de faire attention à leur santé. D'autant qu'elles sont la cible de viols «correctifs»...











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