Aida raconte ses nuits madrilènes à Chueca
TÉMOIGNAGE. Le quartier Chueca comme si vous y étiez, grâce au récit d'Aida à TÊTUE.COM qui raconte quelques nuits de folie passées dans la capitale espagnole.
On est jeudi et j'ai rendez-vous avec Toni à une heure du matin. Je crains qu'à une heure pareille en semaine, le quartier soit vide... Mais dès l'instant où je sors du métro, la rumeur des conversations s'accentue ... J'arrive sur la place, les terrasses sont pleines à craquer, et l'ambiance légère et festive. Certains jouent de la guitare et chantent dans un coin, d'autres rient à gorge déployée en sirotant un calimocho («alcool des pauvres»: vin et coca cola) assis par terre en petits groupes. Des couples de filles s'embrassent librement, des couples de garçons en terrasse se dévorent des yeux, des travestis passent d'un air enjoué. Chueca, au-delà d'un quartier gay, est un quartier LGBT où tout genre à sa place.
Le libertinage lesbien à la madrilène
Ici, beaucoup se connaissent, ce sont des habitués. J'avais peur de me sentir exclue car je suis, au premier abord, une fille assez timide et à la base, je ne connaissais que Toni. Toni (appelé Sheu dans le milieu) se vante d'être «l'ami des lesbiennes». Il est toujours au courant de tous les potins, de qui est avec qui ou ne l'est plus et pourquoi... Impossible d'avancer de deux mètres sans que quelqu'un vienne le saluer! A peine assis sur un banc, un groupe de filles vient à notre rencontre... Puis un autre se joint à nous... De fil en aiguille, le groupe s'agrandit. Personne ne me met de côté, bien au contraire, je suis vite mise à l'aise. Je reçois même un petit surnom moi aussi: «La française», pas très original et erroné puisque je suis espagnole...
Au cours de mes trois nuits à Chueca, j'ai ainsi rencontré une centaine de filles (je n'exagère pas!). Bien sûr, je ne me souviens pas de tous les prénoms... Mais aujourd'hui, je garde contact avec plusieurs d'entre elles, celles avec qui j'ai partagé des moments inoubliables: conversations, rires, verres, danses et parfois... Parlons-en: la culture du milieu tolère la décadence (et il n'y a, dans ce terme, aucune connotation péjorative!). Disons qu'il est commun d'avoir plusieurs liaisons dans une même soirée: « enrollarse con varias», comme on dit là-bas. Bien entendu, chacun vit cette liberté comme il le souhaite mais pour avoir fréquenté le milieu lesbien à plusieurs endroits en France, j'ai constaté qu'à Chueca l'ambiance est particulièrement détendue en matière de moeurs. Bien sûr, il ne s'agit pas d'un libertinage généralisé: les Espagnoles restent humaines et toutes ne voient pas ce butinage généralisé d'un bon œil. Jalousies, entre autre, qui finissent en véritables combats de catch. J'ai assisté à un réglage de comptes et je peux vous dire que c'était corsé! Je profite de ce témoignage pour faire passer un message d'amour: paix entre toutes les femmes du monde!
Petit déj espagnole en after
La soirée du jeudi s'acheve à l'Escape... Je rentre chez moi à 9 heures du matin après un petit déjeuner collectif dans un bar où je savoure la «tosta de jamon y cafe con leche» (tartine de pain grillé avec jambon de pays et huile d'olive et café au lait, le tout pour... 2 euros 50).
Le lendemain, vendredi soir donc, nous nous retrouvons place de Chueca. Il pleut des cordes, et Laura, Cris, Nereida et leur troupe tiennent à me faire une visite guidée des pubs phares du quartier. En trois nuits (jeudi, vendredi et samedi), j'ai eu le temps d'en visiter plus d'un. Chacun a son charme et sa spécificité.
Vers trois heures, après le marathon arrosé, nous mettons les voiles vers le Medea ... Je parle de la discothèque «Medea» en aparté car, premièrement, elle se situe hors de Chueca (calle cabeza n°33, proche du métro Anton Martin) et parce qu'il s'agit de LA boite lesbienne. Elle est ouverte les jeudi, vendredi et samedi ainsi que les jours fériés et les vieilles de jours fériés. C'est là-bas, généralement, que se retrouvent toutes les filles après le «botellon» (beuverie) sur la place et/ou la tournée des pubs. Le lieu se remplit et prend vie vers trois heures du matin, ce qui explique que l'on doive s'y rendre à pied ou en taxi, car il n'y a plus de métro à cette heure. Le Medea, c'est un «Canary Bay» urbain... J'y ai passé deux nuits et je peux témoigner que l'ambiance est absolument incroyable!
Le message est clair: à toutes celles et à tous ceux qui aiment faire la fête, à tous les curieux qui ont soif d'aventures et d'expériences nouvelles, direction Madrid, direction CHUECA ! Vous ne le regretterez pas... Je vous le garantis !
Aida J.

Petit Lexique :
Bollera/ Bollo: version familière de lesbienne qui se dit lesbiana
El ambiente: le milieu
Bandera: drapeau
Fiesta: fête
Queda: se donner rendez-vous
Una copa: un verre
Un «piti»: une clope
Si une fille vous demande si vous «comprenez» («entiendes ?»), c'est qu'elle souhaite savoir si vous être intéressées par les filles...
Rappel des bonnes adresses de Chueca:
Le «Truco», sur la place de Chueca, est un classique. Petit espace mais très convivial. C’est généralement là que démarrent beaucoup de soirées.
Le «Vendetta», (anciennement « Soho ») juste à coté du Truco, passe exclusivement de la musique électro/house. Il a été mis à neuf il y a peu, la déco est très chic!
L’«Escape», lui aussi situé sur la place, est le seul pub ouvert jusqu’au petit matin 7 jours sur 7. La musique est variée, la dj jongle entre titres actuels et vieux tubes. Une valeur sûre.
Le «Gris» situé calle San Marcos, est un pub à deux étages ou ils passent toutes sortes de musiques, de dépêche mode à Bebe, dans une ambiance tamisée aux lumières vertes et bleues. Au premier, se trouve le bar ou ils servent les meilleurs «chupitos» du coin… 1 euro 50 chacun. Je conseille à toutes les internautes de TÊTUE.COM de goûter celui de «sangre del infierno» («sang de l’enfer») aux ingrédients secrets…explosif !
Le «Planet», situé calle Barquillo, rend hommage à la série The L Word. Il est spacieux et exclusivement fréquenté par les filles (entrée ouverte à tous).
Le «Fulanita de tal…», ouvert calle del Conde de Xiquena, deux rues, parallèlement, plus loin, s’adresse à un public légèrement plus âgé. Il n’est pas rare d’y croiser une star, paraît-il…
Le «LL», situé Calle Pelayo n°11, ne s’inscrit pas vraiment dans la même lignée de tous les autres pubs que j’ai cités. On n’y va pas pour danser mais pour assister à des spectacles de travestis et des strip-teases masculins.
Photos Aida JC











