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AFRIQUE DU SUD. Des lesbiennes violées pour leur faire aimer les hommes

Par Patricia Huon lundi 04 janvier 2010, à 12h19 | 4484 vues
Plus de: lesbiennes, Afrique du Sud, viols, lesbophobies, violences, Soweto

REPORTAGE. Le sort des lesbiennes sud-africaines est l'un des moins enviables de la planète. Alors que l'Afrique du Sud est le seul pays africain où les homos peuvent se marier et adopter, l'on recense énormément de violences subies par les femmes qui osent vivre leur sexualité librement, pouvant parfois aller jusqu'au meurtre.

Carrie Shelver«Quand une jeune femme homosexuelle est allée porter plainte pour viol au commissariat local, les policiers lui ont demandé si ça ne lui avait pas plu d'avoir un pénis entre les jambes...». Aussi choquant qu'il paraisse, d'après Carrie Shelver (photo) de l'association POWA, cet épisode n'est pas rare en Afrique du Sud. « Dans notre société machiste, certains pensent que violer une lesbienne va lui faire aimer les hommes!». On a même mis un nom sur ces actes horrible: «viols correctifs».

L'Afrique du Sud est le seul pays africain où les homosexuels sont autorisés à se marier et à adopter
«Notre Constitution est très libérale. Après la fin de l'Apartheid, on s'est dit que plus personne ne devait être discriminé», explique Kamahelo Malinga de Gay (photo dessous) and Lesbian Memory in Action (GALA), une association qui rassemble les archives de la communauté gay en Afrique du Sud. Mais entre la théorie et la pratique, la marge est grande. Et l'homophobie est encore bien présente dans la société sud-africaine, en particulier dans les townships.

Kamahelo Malinga de GALA

Kamahelo Malinga

Nini et Maserame

Maserame a 23 ans et vit à Soweto, une immense banlieue de Johannesburg, où s'entassent environ 4 millions d'habitants, noirs et pauvres pour l'immense majorité. En couple depuis un peu plus d'un an, elle affiche fièrement une bague aux couleurs de l'arc-en-ciel. Mais chez elle, pas un mot sur son homosexualité. «Mes parents voient bien que je fréquente des lesbiennes. Mais tout ce qu'ils en disent, c'est qu'elles risquent d'avoir une mauvaise influence sur moi. Ils sont très religieux et pour eux, une femme doit se marier avec un homme».
Nini, la copine de Maserame (photo), se dit quant à elle «chanceuse» car ses parents l'acceptent telle qu'elle est. «J'ai toujours été très masculine, dit-elle. Je pense qu'ils ont rapidement su que j'étais lesbienne». Mais en dehors du cercle familial, elle avoue avoir «souvent peur». «Les remarques, les insultes, on vit ça au quotidien», affirme-t-elle. «Un jour, j'ai été agressée par un groupe de jeunes de mon quartier. Ils m'ont traité de sale gouine, m'ont dit qu'ils allaient me montrer ce qu'était un homme. Finalement, ils m'ont assommée avec une bouteille de bière. Je me suis réveillée à l'hôpital...».Nini et Maserame

Nini et Maserame

Violées, et tuées à cause de leur orientation sexuelle
Il y a deux ans, deux amies de Maserame et Nini ont été violées puis assassinées à Soweto. Pour elles, comme pour les associations LGBT, cela ne fait pas l'ombre d'un doute : elles ont été tuées à cause de leur orientation sexuelle. En avril 2008, le viol et le meurtre d'Eudy Simelane, joueuse de foot de l'équipe sud-africaine, ouvertement lesbienne, a attiré l'attention de la communauté internationale sur les violences que subissent les homosexuelles sud-africaines. Son meurtrier a été condamné à la prison à vie. Mais quand il s'agit de victimes anonymes, beaucoup d'agresseurs échappent à la Justice (voir encadré «Moins de 5% des violeurs condamnés»). «Quand on connaît l'accueil qui leur est souvent réservé dans les commissariats, on ne s'étonne plus que beaucoup de jeunes femmes n'osent même pas porter plainte, constate Carrie Shelver. Alors leur agresseur reste libre, elles le croisent tous les jours, et souvent il recommence».

Certaines femmes tiennent cependant à positiver. «Ce n'est pas parce que cela arrive qu'on doit s'enfermer», affirme Lebo, qui vient d'ouvrir un club gay à Soweto. «Plus les gays sont visibles, mieux ils seront acceptés». Mais elle n'oserait pas s'afficher avec sa copine dans un bar hétéro. «Trop dangereux».

Afrique du Sud

Primrose, Lebo et une amie

«Il y a toujours eu des lesbiennes à Soweto»

Soweto, dimanche après-midi. De la musique house résonne dans un bar dont l'entrée donne sur le parking d'un supermarché. Quelques filles sirotent une bière en terrasse. A priori, rien ne distingue l'endroit d'autres pubs dispersés dans le township. Pourtant, c'est le seul club gay de Soweto. «Just after Nine» a ouvert ses portes en avril dernier à l'initiative de Primrose et Lebo, deux jeunes trentenaires habitantes du quartier. «On organise des soirées tous les week-ends. Le but est avant tout d'avoir un lieu où les lesbiennes et les gays peuvent se rencontrer, s'amuser. Un endroit où nous pouvons être nous-mêmes», explique Primrose.

«Il y a toujours eu des lesbiennes à Soweto. Mais cela fait peu de temps que certaines osent se montrer», affirme Lebo. Avec ses cheveux rasés et son style garçonne, elle dit avoir toujours affiché son homosexualité. Pour Primrose, dont la famille est plus «traditionnelle», cela a été un peu plus compliqué. «Mais aujourd'hui, ma mère me soutient et elle est même venue nous donner un coup de main lors de la soirée d'ouverture du club».  
«Les gens sont heureux de trouver ici un lieu où ils n'ont pas besoin de cacher leur homosexualité, fait remarquer Lebo. Beaucoup d'homosexuels ont des doubles vies, des hommes comme des femmes. Une de nos clientes est mariée avec un homme et enceinte. Mais elle retrouve sa copine ici le week-end...».


Moins de 5% des violeurs sont condamnés!

Depuis plus de 30 ans, l'association féministe People Against Women Abuse (POWA) se bat contre les violences et les discriminations à l'encontre des femmes. Aujourd'hui, elle dispose de bureaux dans le centre-ville de Johannesburg ainsi que dans la plupart des townships qui entourent la métropole. «Nous avons notamment deux centres d'accueil d'urgence pour les femmes battues», explique Carrie Shelver, membre de POWA. «Nous fournissons également une assistance juridique gratuite, des services médicaux et un service d'écoute».
Parmi les femmes qui se tournent vers l'association, beaucoup ont été victimes de viols. Et parmi elles, bon nombre de lesbiennes.

La société sud-africaine est misogyne
«La société sud-africaine est misogyne», affirme Carrie Shelver. «Les agressions de lesbiennes font partie d'un problème beaucoup plus large de violence en général, et envers les femmes en particulier. Les homosexuelles sont des femmes qui transgressent les règles. C'est pour cela qu'elles deviennent des cibles ». Ce sont d'ailleurs généralement des gens qui les connaissent qui s'en prennent à elles. Dans le pays, toutes les 6 heures une femme est tuée par son conjoint ou par un ex-petit ami.

Des juges hostiles aux lesbiennes
«On estime qu'il y aurait entre 600.000 ou 700.000 viols par an. Peut-être beaucoup plus», poursuit Carrie Shelver. «Moins d'un viol sur 10 est déclaré. Et moins de 5% des agresseurs contre qui une plainte a été déposée sont condamnés. Dans beaucoup de cas, on considère qu'il n'y a pas assez de preuves... ou que la victime était consentante. Et si elle est ouvertement lesbienne, les juges lui sont généralement hostiles».

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17 réactions de la communauté

 
breton56

De breton56

Le 04 janvier à 12h44

Comment peut-on en arriver la, c’est tout simplement scandaleux.

 
Laurean

De Laurean

Le 04 janvier à 14h07

C'est vrai que ça fait froid dans le dos, j'avais déjà entendu parler de ces problèmes an Afrique du Sud. Il faut énormément de courage pour avancer comme elles avancent !

 
hector dumas

De alelooooooya

Le 04 janvier à 19h20

c'est parceque elle ont la fois en leur pay ! :D

 
avatar84

De avatar84

Le 04 janvier à 14h24

horrible

 
hector dumas

De alelooooooya

Le 04 janvier à 19h21

oui mais il faut pas oublier que en europe ya pas longtemps cetait comme ca et puis si on cherche bien dans certains endroits de france ya pas loin de la meme chose...

 
marron204

De marron204

Le 04 janvier à 14h56

J'arrive pas à croire de telles monstruosités ! Comment les gens peuvent-ils être aussi intolérants ! A croire qu'il n'y que leur sexe qui compte. Mais merde enlevez vos lunettes et regardez un peu le monde qui vous entoure !

 
hector dumas

De alelooooooya

Le 04 janvier à 19h23

tout a fait mais il faut svoir que c'est une culture differente et un pays different et qui na pas ENCORE aquit les "progres" des certain "pays du nord" on a la theory mais pas vraiment la pratique mais la france a la pratique mais elle a du mal avec la theory

 
hector dumas

De jlth

Le 04 janvier à 19h58

Rien ne remplace l'éducation et la tolérance.
En Afrique du Sud, la législation a évolué, mais les mentalités sont restées arriérées.
Il est en outre désolant de constater que ceux qui discriminent les lesbiennes sont souvent ceux qui ont eux-mêmes été victimes de la discrimination de l'apartheid.

 
fiorella

De fiorella

Le 04 janvier à 16h20

il est temps de creer notre propre nation,et de ne plus etre à la solde de ces heterocentristes qui violent et tuent ,cela passe par le militantisme de tous aussi

 
hector dumas

De alelooooooya

Le 04 janvier à 19h24

lol pourquois pas mais je crois qu ele coup de l'israel sufit. je pense quil faut tous se serait les coudes et imigrer au canada et en afrique du sud et se battre pour un meilleur futur

 
Pauldenton

De Pauldenton

Le 04 janvier à 16h57

Rien de neuf sous le soleil de l'Afrique. Canal + avait déjà diffusé un reportage sur les atrocités commises à l'encontre des lesbiennes au coeur de la nation arc-en-ciel! Certains dénonceront l'intolérance, d'autres l'inertie des pouvoirs publics ou certains religieux qui attisent la haine à l'égard des personnes différentes de ce que prône leur foi… Reste la spécificité de ces crimes: violer une personne pour la dégrader ou la guérir d'une tare supposée. Similitude frappante avec des viols commis au Congo par des soldats d'une milice. Toujours un même but: humilier, déshumaniser la personne, en faire un corps sans âme, soumis et résigné. Une victime s'est ainsi entendue dire: “Tu n'es plus un homme à présent. Ces hommes dans la brousse ont fait de toi leur femme“. Rabaissé par la honte, les victimes masculines ont toutes les peines à témoigner, alors que ces cas représenteraient près de 10% des viols!!! Même procédé pour ces femmes. Et les institutions réagissent si peu… http://www.nytimes.com/2009/08/05/world/africa/05congo.html

 
stephinLdn

De stephinLdn

Le 04 janvier à 18h31

Les mots me manquent pour dire, comme les autres, tout le dégoût qu'une telle situation me fait ressentir. Remarquez aussi le surprenant paradoxe entre (d'une part) les droits dont ils jouissent en théorie, et d'autre part, le quotidien atroce dû aux mentalités et comportements rétrogrades :-(

 
hector dumas

De alelooooooya

Le 04 janvier à 19h26

oui on a un peur loposer en france... mais le reste de la planet vera quel beau pay lafrique du sud sera devenu!

 
Thecole

De Thecole

Le 04 janvier à 23h51

C'est vrai, lorsque j'avais vu l'émission avec une fille totalement traumatisée, ça m'avait donné envie de pleurer. En même temps, voir qu'il y a quand même des parents qui soutiennent des homosexue(lle)s en Afrique, ça rassure un peu. C'est vrai, c'est horrible, mais au moins, on en parle. L'avantage d'avoir une égalité juridique (et que l'homosexualité ne soit pas pénalisée), c'est que les gens peuvent créer des associations pour lutter contre le fléau, c'est qu'on peut créer des bars LGBT, sans avoir peur que la police ne vienne les embêter (quoi que...). En parlant de police, dégoûté de leur réaction. Parce que, dans les pays alentours, les lesbiennes (et femmes en général) sont sûrement aussi violées, mais là, étant donné que l'homosexualité est souvent illégale, c'est encore plus difficile de lutter contre. En fait, en Afrique du Sud, les lesbiennes ne sont pas les seules victimes de viol. Les hétéros aussi y passent... C'est vraiment dû à cette culture machiste, dans laquelle les hommes pensent que le corps de la femme leur appartient et qu'ils peuvent en faire ce qu'ils veulent. Prenez Zuma, le Président actuel qui a un comportement que je trouve très machiste et misogyne.

 
viou333

De viou333

Le 05 janvier à 06h55

Comme si de se faire violer allait "les guérir"....au contraire...renforcer leur dégout des relations hétéros.... ignoble ce qu'il s'y passe. Bon sang! finalement malgré mes voisins intolérants et violents, je me sens plus privilégiée que ces femmes qui endurent cette horreur. Vivement que les mentalités changent.

 
lullabee

De lullabee

Le 05 janvier à 14h11

A la fin de la lecture de l'article, on se dit que la situation est désespérante et puis, on repense à ces femmes courageuses qui ouvrent des bars et réunissent les homos pour dire aux autres: non vous ne gagnerez pas...alors on se dit, peut être, peut être que l'espoir n'est pas complètement mort après tout...

 
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