Violaine : "Mon père a honte de moi."
À l'occasion du dossier sur les pères de lesbiennes dans "Têtu" n°112, actuellement en kiosques, nous publions une sélection de lettres qu'elles leur ont adressée pour régler leur compte ou leur parler, simplement.
"Mon père est un homme banal, pourtant pendant longtemps, je l'ai regardé avec admiration. Il s'est construit tout seul et son parcours professionnel m'impressionne encore aujourd'hui. Adolescente, j'étais plutôt proche de lui. Je le prenais comme exemple, comme modèle, et je voulais que ses valeurs (droiture, courage, sens de la famille) deviennent les miennes. Il partageait mes loisirs, je me confiais et il savait m'écouter. Cette complicité étonnait parfois les proches. J'en étais fière et je me disais qu'il m'aimait tant qu'il accepterait tout de moi. Tout y compris ce lourd secret, le seul que je n'osais partager avec lui: mon homosexualité. Les années ont passé. J'ai quitté la maison pour poursuivre mes études, j'ai obtenu mes diplômes et je suis entrée dans la vie active, convaincue de poser mes pas dans ceux de mon père. J'étais à la fois heureuse de m'accomplir et mal de ne pouvoir conjuguer ma vie privée et ma vie familiale. J'aurais voulu, à cette époque, amener ma petite amie chez mes parents au lieu de la laisser au placard. Jusqu'au jour où mon secret est devenu trop lourd. Etouffée par cette double vie et un désir de transparence, j'ai fait mon coming-out. Mon père a réagi violemment. Je ne l'ai pas reconnu. Il s'est interrogé, il a culpabilisé et il m'a demandé de changer. J'étais choquée par sa réaction et ses propos homophobes. Les mois ont passé, nos relations se sont dégradées. J'ai voulu couper les ponts. Il pleurait à chaque fois que je l'avais au téléphone. "Je ne gère pas ta situation", m'a-t-il dit un jour. J'ai compris qu'il avait honte de moi vis-à -vis de notre famille conservatrice et traditionnelle. C'en était trop. La statue de marbre s'était transformée en statue de sel. J'ai coupé tout contact mais il est revenu à chaque fois vers moi en me disant qu'il m'aimait et que c'était trop dur. La fusion de notre "couple" père/fille était-elle trop forte? Plus forte que la raison? Papa, je ne te demandais même pas de comprendre, ni d'accepter ou de tolérer. J'aime une femme qui partage ma vie, mon quotidien et aujourd'hui la situation est telle que tu ne le sais même pas puisque tu ne veux pas regarder la vérité en face. Ta souffrance est la mienne et si tu ne réagis pas, tu vas passer à côté de ma vie comme tu le fais depuis 10 ans. Violaine, 29 ans, Marseille











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