Une e-girrlz pas comme les autres
Séverine Amidieu est la fondatrice d'e-girrlz.com, un site de vente en ligne de sex-toys créé par une lesbienne pour les femmes. Un concept novateur qui a attiré notre attention et titillé notre curiosité. Interview.
D'où vous est venue l'idée de monter une boutique en ligne de vente de sex-toys? Cela fait des années que je profite de petits voyages ici et là pour ramener des toys. Parce qu'en France, il n'y a pas grand-chose de fabuleux, notamment en termes de godes ou de harnais. Le peu que l'on trouve est super cheap! Donc voilà , plutôt que d'attendre que quelqu'un le fasse pour moi, j'ai décidé de me lancer et de le faire moi-même. Pourquoi un site pour les femmes uniquement? J'ai voulu faire un site qui s'adresse aux femmes, et non pas comme les "autres sites", aux couples, et plutôt hétérosexuels d'ailleurs! Je parle aux girrlz, quelles soient seules, en couple, gouines, bi, SM ou hétéro. Chacune prend en main son propre désir et plaisir, décide de ce qu'elle veut pour elle! Vous êtes-vous inspirée de sites qui existent au-delà de nos frontières et qui remportent un vif succès, comme Sh!, au Royaume-Uni, par exemple? Yes! Je me suis plutôt inspirée de Good Vibrations, qui est le premier sex-shop créé pour et par les femmes (comme Sh!). J'avais également une idée bien précise de ce que je voulais proposer et comment je voulais le faire. Je voulais donner le choix des produits et des textures, tout en expliquant bien les différences de qualités, et donc de prix. Mais je souhaitais également produire un discours non normatif en terme de désir et plaisir. En tant que lesbienne, lorsque vous avez lancé ce site dédié au plaisir des femmes, n'était-ce pas avant tout un acte militant? Au départ, je voulais monter ce site en association, mais clae n'a pas été possible, les fournisseurs refusant de me communiquer leurs prix. Du coup j'ai monté une SARL. Tout ça pour dire que j'ai du mal à faire les choses sans implication politique (dans le vrai sens du terme). Que pensez-vous des femmes qui diabolisent les jouets sexuels? Les qui? Qui diabolisent quoi? Je n'en pense rien, chacune fait ce qu'elle veut avec son cul, par contre je peux me fâcher toute rouge contre celles qui cherchent à imposer une norme en termes de sexualité. Je n'aime pas les épinards, mais je n'empêche personne d'en manger! À bonne entendeuse… Existe-t-il un profil type de la femme "dildo-addict"? Eh bien, je le pensais, mais en fait non, je ne veux pas m'ériger en spécialiste, mais je parle de ce que je constate. La "dildo-addict" n'est pas reconnaissable entre les autres. Elle est partout et ça, c'est formidable, non? Depuis un ou deux ans, il existe une véritable sextoymania. Des boutiques ayant pignon sur rue sont inaugurées, les toys se retrouvent dans les boutiques de créateurs, en vente à domicile, partout! Comment expliquez-vous cela? Cela fait 10 ans qu'aux États-unis ou ailleurs en Europe, ce type de boutique existe. Et maintenant c'est en France… logique, tragique! Le truc, c'est qu'ici il a fallu passer par des créateurs avec des objets hyper tendance pour que ça prenne. Du coup, certains abusent au niveau du prix des objets, genre c'est rare, c'est cher… et ça, ça me gonfle un peu. Ceci dit, le positif, c'est que du coup, on commence à parler des objets, et les femmes vont pouvoir commencer à décider pour elles-mêmes de ce qu'elles veulent ou non utiliser et enfin, les gouines vont finir par avoir le choix en matière de toys. Les grandes oubliées de cette "révolution" ce sont les gouines. Les vibros c'est bon, il y en a, mais quid des harnais et autres godes, et les doubles? Quel est pour vous le "petit plus" de votre site par rapport aux autres? C'est le plus beau et le moins cher. Non, je plaisante! Quoique… J'essaie d'avoir une gamme de godes sympa, et je suis en train de collaborer avec des nanas qui travaillent le cuir pour proposer d'autres types de harnais, à tous les prix… À ce jour, quelles ont été les réactions des internautes? Avez-vous reçu des messages homophobes? Les message des internautes sont plutôt très sympathiques et encourageants. Je suis ouverte à toute proposition pour agrandir ma gamme d'objets. On ne peut pas penser à tout. La seule difficulté pour moi a été de trouver une banque qui accepte de m'ouvrir un compte. Il a fallu que je modifie mon objet social. Lorsque je parlais de mon projet de vente de sex-toys pour les femmes, on me répondait "pédophilie"! Quel est votre "must-have" du moment en matière de toy? Quelles sont les tendances? Pour moi, c'est le harnais en cuir fabriqué par Sh!. Je n'en reviens pas d'avoir vécu toutes ces années sans lui. Moi qui pensais avoir ce qui se fait de mieux en matos… Je suis surprise à chaque commande, et j'en suis ravie! Apparemment, la tendance, ce sont les canards vibrants et autres fleurs et bonbons. Je ne suis pas vraiment la tendance dans la mesure où je trouve qu'il a des toys bien mieux conçus et tout aussi sympa. Mais en revanche, j'ai craqué sur le canard SM, j'en propose donc un seul, pour la déco… Quelles sont les premières retombées économiques depuis le lancement de e-girrlz? Parvenez-vous à vivre de vos ventes en ligne? Je ne suis pas salariée de e-girrlz. Pour l'instant, le site fonctionne bien mais je réinvestis tout en com' et en achats de nouveaux objets. Si je peux en vivre d'ici quelques années, ce serait super! Quels sont vos projets pour 2006? En 2006, un petit personnage va venir distraire les pages du site. Des nouveaux objets, bien sûr, des surprises même et les rubriques vont se préciser. Une vente de livres en ligne peut-être aussi…. Et puis les apéros fuckerwear aussi, qui ont déjà commencé de façon confidentielle, vont s'officialiser d'ici peu. De plus, je travaille sur un projet de show lesbien accessoirisé. À suivre donc! Bref, beaucoup d'idées et si peu de temps! Propos recueillis par Tatiana Potard. Photo Virginie Cano. Site: e-girrlz Retrouvez notre dossier sur les sexyshops dans l'agenda, avec Têtu n°109, en kiosque le 15 février.











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