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"Têtu" victime d'une cabale estivale

Par Thomas Doustaly vendredi 14 septembre 2007, à 00h00 | 1753 vues
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Plusieurs articles ont mis en cause la direction de Têtu. Nous les mettons en ligne dans leur intégralité, ainsi que les réponses que nous y avons apportées.

Le 2 août, le site Rue 89 a mis en ligne ce premier article: RUE89 Licenciements, tentative de suicide: Têtu en pleine crise Par Augustin Scalbert (Rue89)    18H06    02/08/2007 Six licenciements en trois mois, une visite de la médecine du travail, une tentative de suicide dans les locaux la semaine dernière, une nouvelle formule qui ne provoque pas le frémissement des ventes attendu... Têtu, le mensuel des gays et des lesbiennes, va mal. La plupart des licenciés étaient des figures "historiques" du journal, fondé en 1995 autour du mécène Pierre Bergé. Quatre autres personnes avaient déjà été renvoyées en 2006. Alerté par un lecteur, Rue89 a pu joindre ou rencontrer quatre des six derniers licenciés, qui souhaitent garder l'anonymat. Ils dénoncent unanimement l'ambiance "délétère" qui règne dans le journal. En cause, selon eux: le directeur de la rédaction, Thomas Doustaly, dont le comportement est jugé "autocratique", "injuste", "autoritaire", "humiliant", "méprisant", "irrationnel". Le terme de "harcèlement moral" est lâché. "Têtu a connu le succès en grande partie grâce à Thomas Doustaly, c'est évident", reconnaissent tous les licenciés. "Mais depuis le n°100, en 2005, c'est n'importe quoi." "On a été forts pour garder tout ça en famille. Maintenant, ça ne peut plus continuer." Le "maintenant" fait allusion à la tentative de suicide d'un employé administratif, lundi 23 juillet, dans les locaux du magazine. Les secours sont intervenus devant une équipe catastrophée, et le salarié s'en est tiré. L'intéressé explique son geste par le comportement de son supérieur hiérarchique direct, mais pour les autres, le mal est là: "Quand il y a une ambiance délétère à la rédaction, ça se diffuse partout", juge l'un d'eux. "A Têtu, les gens ne sont même plus conscients de la violence ambiante", assène un autre. Pour Norbert Pochon, le directeur exécutif du journal, ce salarié était "loin de la crise". "Je préfère une tentative ratée sur le lieu de travail à une tentative réussie sous le métro", ajoute-t-il. "Fortes disparités salariales" Au début de l'année, un médecin et un psychologue du travail s'étaient rendus dans les locaux de Têtu, alertés par les témoignages concordants de salariés lors de visites de routine. "Depuis que Thomas est rentré, il y a toujours au moins une personne en arrêt maladie", relate un des licenciés. Le directeur de la rédaction a connu des problèmes de santé, qui l'ont conduit à s'absenter pendant de longues périodes. Jusqu'à trois mois, l'hiver dernier. Ces problèmes sont justement la cause de son comportement irascible, selon les autres. Thomas Doustaly répond point par point à ces accusations. "Tout cela m'afflige et me consterne", dit-il. "Quand j'étais malade, certains (pas tous) étaient contents, ça leur a permis de créer des baronnies, des chapelles. Le jour de mon retour, le rédacteur en chef se met en arrêt pour dépression, suivi ensuite d'un adjoint." Pour lui, il est clair que le rédacteur en chef "voulait (sa) place". "On a trop bien payé des gens qui s'accrochaient à leur poste", dit-il. Les ex-collaborateurs de Têtu parlent justement de "trop fortes disparités salariales", de "petits salaires vraiement petits, de gros salaires vraiment gros", en accusant Thomas Doustaly de "s'être augmenté" récemment pour parvenir à un salaire de "12 000€ bruts mensuels". Le directeur de la rédaction conteste et produit sa fiche de paye: un salaire de 10 000€ avec une prime de 1261,85€, soit... un peu plus de 11 000€. Il montre aussi celle d'un journaliste en CDI depuis un mois: 2 500€ bruts. Mais tous ne sont pas aussi bien lotis: les secrétaires de rédaction pigistes, par exemple, émargeraient à 80€ bruts par jour, selon plusieurs témoignages. "Moi aussi, j'ai été harcelé" "Je comprends les petits patrons de droite qui font trimer leurs salariés en les payant mal, car quand vous laissez les gens travailler à leur rythme en les payant bien, ils vous crachent à la figure. La plupart d'entre eux ne sont pas tout à fait indispensables à notre métier", ajoute Thomas Doustaly. "Moi aussi, je considère que j'ai été harcelé moralement. Ils avaient un culte de la personnalité vis-à-vis de moi, et quand j'ai eu ces ennuis de santé, qui ne sont pas terminés, ils sont passés brusquement à une période de calcul, de peur pour leur job et l'avenir du journal." Les autres l'accusent aussi d'avoir mal accueilli l'élection de délégués du personnel (DP). "Les DP, ça a servi à ce que les gens se protègent d'éventuels licenciements, en détournant la fonction vers des ordres du jour délirants. Mais il y aura des élections en octobre, il y a des candidats." Renseignements pris, la candidate du collège journalistes ne souhaite plus se présenter, puisque son alter ego chez les administratifs est l'auteur de la tentative évoquée plus haut. Au fond, pour Thomas Doustaly, la crise qui a éclaté entre ces ex-amis qui sortaient ensemble "tous les week-ends" est due à une divergence sur la réponse à apporter à une question fondamentale: "Qu'est-ce qu'on a à dire dans les pages de Têtu, maintenant qu'on ne sera plus portés par des sujets comme le Pacs? Ils n'avaient pas de réponse. Leur seule contribution, ça a été de négocier leur prime de départ." "C'est le début de la fin", dit un des licenciés. Doustaly, lui, se dit "très raisonnablement optimiste" pour l'avenir du titre, qui aurait perdu 1,2 million d'euros en 2006 selon un des ex-salariés, et dont les ventes stagnent autour des 50000 exemplaires, malgré la nouvelle formule. Quant à Pierre Bergé, il répète qu'il ne fera pas "Têtu sans Thomas". "J'attends les résultats de la nouvelle formule et de la nouvelle équipe que Thomas met en place", dit l'actionnaire majoritaire, qui a "l'habitude de ne pas intervenir" dans les affaires de Têtu. Le Monde, dans son édition du 17 août, relaie les informations parue dans Rue 89: LE MONDE Crise à la rédaction du journal "Têtu" Article paru dans l'édition du 17.08.07 Plusieurs salariés du mensuel gay et lesbien ont été licenciés et mettent en cause le directeur de la rédaction, qui se défend Le magazine gay et lesbien Têtu va mal. C'est le site Rue89.com qui l'a révélé dans un article publié le 2 août. En trois mois, six personnes ont été licenciées, dont le rédacteur en chef, deux rédacteurs en chef adjoints et un journaliste. Trois d'entre eux, qui préfèrent garder l'anonymat, ont confirmé au Monde "l'ambiance délétère" régnant dans ce magazine fondé par Pierre Bergé, en 1995, et dirigé par Thomas Doustaly. "Personne ne peut accepter ces conditions de travail", dit l'un d'eux. Ils mettent tous en cause le comportement du directeur de la rédaction, jugé "autocratique", "colérique" et "violent". Ils évoquent même "des vexations et des humiliations". La tentative de suicide d'un salarié administratif dans les locaux du journal, lundi 23 juillet, n'a fait qu'alourdir le climat. Cette personne explique son geste par des "mauvaises relations avec son supérieur hiérarchique direct". De son côté, la direction estime qu'il s'est agi seulement d'un "malaise" et non d'une tentative de suicide. Mais ce climat, à l'intérieur de la petite rédaction d'une vingtaine de salariés, "a évidemment de l'impact sur l'ensemble des employés", affirme l'un d'eux, qui a été licencié et regrette de ne pas avoir agi collectivement plus tôt. Les difficultés remontent à plusieurs années, mais la crise est devenue plus aiguë à l'automne 2006. Fin octobre, l'ensemble des salariés signe alors une lettre à Pierre Bergé pour se plaindre du comportement de Thomas Doustaly. Celui-ci connaît à cette époque des problèmes de santé, qui le conduisent à s'absenter pendant presque trois mois. Yannick Barbe est alors nommé rédacteur en chef, à l'été 2006. Il sera licencié en juillet 2007. "AMBIANCE DÉLÉTÈRE" Au retour de M. Doustaly, en début d'année, un éditorial comparant la politique de Nicolas Sarkozy et celle de Ségolène Royal envers les homosexuels provoque de vives réactions dans la rédaction. "Il y a eu des discussions, mais cette réaction montrait surtout que certains rédacteurs ne savaient plus comment faire ce journal. Ils sont à l'origine de l'ambiance délétère, mais la crise s'est terminée avec leurs départs", estime M. Doustaly. Il s'affirme choqué de "les voir aujourd'hui tenter de détruire Têtu de l'extérieur". Le 8 août, dans une lettre à Rue89.com, M. Doustaly déplorait "que lui soit imputé un comportement aussi grave que le harcèlement moral (...) qui n'a jamais fait l'objet de la moindre poursuite judiciaire". De leur côté, ces mêmes journalistes évoquent un "joli royaume de l'injustice" fait de "fortes disparités salariales" pour des postes équivalents. Selon eux, M. Doustaly bénéfice d'un salaire mensuel d'un peu plus de 11 000 euros. Avec un tirage de quelque 50 000 exemplaires, le titre ne se porte pas très bien et la nouvelle formule, lancée cette année, n'a pas réussi à atténuer l'érosion du lectorat. La sortie du prochain numéro est toutefois prévue le 20 août, avec l'équipe réduite. Victor Pouchet A la suite des ces articles, la direction de Têtu a adressé plusieurs droits de réponse, dont voici la teneur: Concernant Rue89 Droit de réponse de Norbert Pochon, directeur exécutif de Têtu: "Je tiens à apporter plusieurs précisions et démentis à l'article "Licenciements, tentative de suicide: Têtu en pleine crise" publié le 2 août dernier sur le site Rue89. Cet article et ses commentaires contiennent plusieurs accusations graves et erronées. Je précise qu'il est faux d'affirmer dans le titre et le texte qu'un employé aurait tenté de se suicider dans les locaux du magazine en raison d'une supposée ambiance délétère. Le salarié cité dans l'article a bien fait un "malaise" selon ses propres termes, sur son lieu de travail le lundi 23 juillet en fin de matinée. Si le malaise a bien eu lieu sur le lieu de travail, il n'est pas établi qu'il s'agisse d'une "tentative de suicide", et encore moins qu'elle ait eu lieu au temps et au lieu du travail. La CPAM devrait effectuer une enquête pour déterminer si cet accident doit recevoir la qualification d'accident du travail. Le mardi 24 juillet, après sa sortie de l'hôpital, le salarié est venu dans les locaux de Têtu apporter son bulletin de situation et signaler qu'il souhaitait reprendre son poste dès le lendemain. La direction de Têtu a souhaité que la médecine du travail l'examine avant toute reprise du travail. Le salarié s'y est rendu le mercredi 25 juillet à 10h30. La médecine du travail l'a déclaré inapte et lui a demandé de consulter son médecin traitant, qui lui a prescrit un arrêt maladie." Droit de réponse de Thomas Doustaly, directeur de la rédaction de Têtu: Je tiens à apporter plusieurs précisions et démentis à l'article "Licenciements, tentative de suicide: Têtu en pleine crise" publié le 2 août dernier sur le site Rue89. Cet article et ses commentaires contiennent plusieurs accusations graves et erronées. Je déplore que me soit imputé un comportement aussi grave que le "harcèlement moral". Il est encore plus navrant de lier ces accusations –qui n'ont jamais fait l'objet de la moindre poursuite judiciaire– à ma vie privée et aux problèmes de santé que j'aurais subis. Le procédé de l'anonymat des "anciens collaborateurs" ayant contribué à la rédaction de cet article est inacceptable au regard de la sévérité des accusations rapportées. Il en est de même de certains commentaires des internautes parfaitement insultants. On ne peut prétendre être outré par mon comportement qui serait notamment "humiliant" et "méprisant" et accepter de publier des commentaires aussi "humiliants" et "méprisants" à mon égard que ceux qu'il est possible de lire en réaction à cet article. J'aurais préféré que la presse s'attache à commenter la nouvelle formule de Têtu et encourage ainsi la rédaction qui s'y consacre avec passion. Cependant, cela aurait certainement été moins attractif que les commentaires biaisés et aigris de supposés anciens collaborateurs qui ouvrent la voie à un lectorat concurrent ou homophobe envers le magazine et les personnalités qui l'animent." Concernant le journal Le Monde: Droit de réponse de Thomas Doustaly, directeur de la rédaction de Têtu "L'article "Crise à la rédaction du journal Têtu" de Victor Pouchet publié dans Le Monde du 17 août s'appuie sur une information publiée par Rue89. Aucun membre actuel de la rédaction n'a été interrogé. Ses sources: trois anonymes et moi, le 15 août, au téléphone, moins d'un quart d'heure. "En trois mois, six personnes ont été licenciées". C'est inexact : deux licenciements à la rédaction et deux autres licenciements d'employés, en l'espace de six mois. Plus deux départs volontaires. Aucun de ces licenciements n'a été contesté aux prud'hommes. Sur mon tempérament, je déplore l'emploi de termes injurieux tels qu'"autocratique, colérique, violent" et dément être à l'origine "des vexations et des humiliations". Il est faux d'affirmer qu'un employé aurait tenté de se suicider dans les locaux de Têtu. Si un salarié a bien été victime de malaise sur le lieu de travail, il n'est pas établi qu'il s'agisse d'une tentative de suicide. Après enquête, la CPAM a rejeté la qualification d'accident du travail. Une "petite rédaction d'une vingtaine de salariés": l'entreprise compte 25 salariés permanents, mais la rédaction compte "seulement" 11 personnes, dont 7 journalistes permanents. "Fin octobre, l'ensemble des salariés signe une lettre à Pierre Bergé pour se plaindre du comportement de Thomas Doustaly." Les délégués du personnel ont signé cette lettre, mais de leur propre chef, et sans consulter "l'ensemble des salariés". "Des problèmes de santé": l'emploi du terme "s'absenter" est inapproprié. Pourquoi pas "être en arrêt maladie", comme tout salarié? Concernant l'éditorial Sarkozy/Royal. Ce n'est qu'après parution que seul un rédacteur en chef adjoint m'a adressé un mail, de circonstance. Au sujet de mon salaire, pourquoi publier un montant sans m'avoir interrogé et sans préciser que mon poste et mon statut étant uniques, il ne peut pas y avoir de salaire équivalent au mien? Enfin, les chiffres du tirage de Têtu indiqué sont faux: il s'agit de la diffusion totale payée, et non du tirage d'environ 100 000 exemplaires. Des chiffres certifiés sont disponibles à l'OJD, il suffisait de vérifier. Après plus de 10 ans de progression constante, Têtu a stabilisé ses ventes à 50 000 exemplaires, ce qui n'a rien de honteux. La nouvelle formule est sortie en mai. Les chiffres montrent une progression de 3,6% des ventes par rapport au même numéro de 2006." Thomas Doustaly

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