Royaume-Uni: Tony Blair, dix ans d'avancées LGBT
L'ancien Premier ministre a présenté, mercredi 27 juin, sa démission à la reine Élizabeth. Petit bilan des années Blair au moment où Gordon Brown prend les commandes du 10, Downing Street.
Des dix années que Tony Blair a passées au pouvoir, l'histoire retiendra surtout son engagement dans la guerre en Irak. Mais le Premier ministre travailliste —qui a annoncé son départ de Downing Street pour le 27 juin— aura au moins l'honneur d'être associé à l'une des plus importantes périodes de réforme de l'histoire britannique en ce qui concerne les droits des minorités sexuelles. En effet, de 1997 à 2007 son gouvernement a mené une véritable révolution législative, éliminant la quasi-totalité des inégalités dont souffraient les homosexuels et les transgenres face à la loi.
Rappelons qu'il y a 10 ans, l'âge de la majorité sexuelle pour les gays était de 18 ans —soit deux ans de plus que pour les hétérosexuels ou les lesbiennes. Les citoyens ouvertement gays ou lesbiennes étaient exclus des forces armées, il n'existait presque aucune protection contre les discriminations au travail, les actes sexuels entre hommes étaient interdits si plus de deux personnes étaient impliquées ou simplement présentes, la loi interdisait aux autorités locales d'enseigner à l'école que l'homosexualité était admissible comme mode de vie, les trans n'avaient pas le droit de faire reconnaître leur nouvelle identité sexuelle sur leur acte de naissance. Enfin, les couples homosexuels ne bénéficiaient d'aucun des droits accordés aux couples hétérosexuels, que ces derniers soient mariés ou pas. Ces injustices, et bien d'autres, ne sont plus qu'un souvenir grâce au gouvernement Blair, même si plusieurs de ces réformes ont été imposées par l'Union européenne. Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de constater qu'aujourd'hui deux porte-parole du Parti conservateur, le principal parti d'opposition, sont gays, ce qui aurait été inimaginable en 1997. "Je pense que [Tony Blair] a fait des choses qu'un gouvernement conservateur n'aurait pas fait", a reconnu Alan Duncan, élu ouvertement gay et porte-parole du Parti conservateur pour le commerce et l'industrie.
Pourtant, tout n'est pas rose outre-Manche: l'activiste gay Peter Tatchell reproche à Blair son refus d'ouvrir le mariage aux homos, les expulsions de demandeurs d'asile homos et son refus d'interdire l'incitation à la haine homophobe. Sur le plan international, le professeur de droit Robert Wintemute, spécialiste des minorités, estime que l'invasion de l'Irak "a contribué à discréditer les modèles occidentaux, ce qui fait qu'il est beaucoup plus difficile de convaincre les pays majoritairement musulmans de respecter leurs minorités lesbiennes et gays". Quant au successeur annoncé de Blair, l'actuel ministre des Finances Gordon Brown, on sait peu de choses sur sa position vis-à -vis des droits des homosexuels (lire Quotidien du 26 juin): selon le site web Theyworkforyou.com, qui suit le travail des parlementaires, Brown a été absent à 14 reprises lorsqu'il s'est agi de légiférer sur les questions homos. Il a néanmoins pris part au vote sur les nouvelles mesures antidiscrimination introduites en avril, auxquelles il a apporté son soutien.
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