Revue de presse: Un "apartheid dans le sport"?
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Récemment, en Irlande du Nord, le ministre des Sports s'est fâché tout rouge. Edwin Poots a déclaré à la BBC (19/02/2008) qu'il "ne comprenait pas pourquoi des gens ressentaient la nécessité de mettre en place un apartheid dans le sport". Encore un conflit entre les Républicains irlandais et les Loyalistes? Pas du tout! À l'origine de la colère du ministre, la simple création d'une équipe de rugby gay! L'un des fondateurs de l'équipe, Declan Lavery a même dû s'expliquer: "Cela ne signifie pas que quelqu'un qui n'est pas gay ne peut pas rejoindre l'équipe, tout le monde est le bienvenu." Mais M. Poots n'en démord pas: "Il serait tout autant inacceptable qu'il se forme des équipes uniquement composées de Noirs ou de Chinois..." "À Grenoble, le rugby est un sport gay-friendly" En tout cas, s'il y a un endroit où une équipe de rugby ne fait pas débat, c'est bien Grenoble: "À Grenoble, le rugby est un sport gay-friendly", apprend-t-on sur le site Internet de Rue 89 (25/02/2008). En effet, Yann Bertrand, un étudiant grenoblois, a écrit un article sur la création d'une nouvelle équipe de rugby gay, appelée la Mêlée Alpine: "Christophe Solignac, entraîneur-joueur, a créé le club en 2004. Il a eu l'idée en lisant un article dans le magazine Têtu, consacré au club parisien Les Gaillards, à l'époque unique exemple d'équipe gay en France (on en compte aujourd'hui six)." Pour l'auteur de l'article, c'est une affaire entendue : "La tendance "gay-friendly" du rugby français se confirme. Figure de proue, le Stade français, ses innovations vestimentaires (du rose, des fleurs) et son incontournable calendrier de joueurs nus, posant dans des positions équivoques." Rappelons que dans l'élite du rugby français, aucun joueur n'a jamais publiquement affirmé son homosexualité. Mais les joueurs de Mêlée Alpine, de vrais fans du rugby, n'ont jamais eu auparavant à subir de discriminations, et, aujourd'hui, les rencontres avec des équipes hétéros se passent toujours sans incident. Au programme de cette équipe de rugby gay-friendly, ouverte aux hétéros (sur 15 joueurs, il y en a 1): "Apéro, matchs et troisième mi-temps dans un bar du centre-ville. Rien que de très banal, finalement." "Gueulant des insultes anti-gays et brandissant des machettes" On est bien loin de la Jamaïque… "Une nuit, en janvier, André, un étudiant de 20 ans, et quelques amis étaient en train de finir de dîner quand une foule s'est présentée à la porte de devant la maison que lui et ses amis avaient louée, gueulant des insultes anti-gays et brandissant des machettes, des bâtons et des couteaux. Quinze à vingt gars tapaient des coups de pied dans la porte. "Je croyais que j'étais mort", explique André." Voilà comment commence un long publié dans le New York Times, puis dans The International Herald Tribune (24/02/2008). Intitulé sobrement "Les violences anti-gays mettent en question l'image paisible de la Jamaïque", l'article rassemble de nombreux témoignages, notamment celui d'un ancien policier ouvertement gay qui a dû démissionner. Toujours sensible au rappel des faits, The International Herald Tribune explique: "Être gay en Jamaïque n'est pas facile. Pendant des années, les groupes de défense des droits de l'homme y ont dénoncé le harcèlement, les agressions et même les meurtres de gays, avec peu d'effets. Aucune statistique officielle n'a été rassemblée sur le nombre d'attaques. Mais une récente série de faits divers particulièrement violents et médiatisés a entraîné la condamnation d'une île réputée d'abord comme un havre touristique paisible." Effectivement, on est bien loin des histoires de rugby gay-friendly…











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