Revue de presse : "Sortir de l'inaction contre les discriminations"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Victoire! Depuis Lundi, les premiers mariages entre des gays et des lesbiennes commencent à être célébrés en Californie. Mais selon un article du Los Angeles Times, repris par Le Courrier International (17.06.08), "les gays se marient sans extravagance"! Bref, pour ceux qui espéraient faire la fête, c'est raté. "Aucun gars ne doit venir habillé en femme" La journaliste du quotidien californien raconte: "La semaine dernière, de nombreux couples gays se pressaient dans un auditorium de Hollywood. Ils étaient venus pour s'informer de la nouvelle réglementation californienne en matière de mariage, mais ils ont également reçu un conseil qu'ils n'avaient pas demandé: on leur a intimé d'être discrets." Pourquoi? Pour Lorri Jean, directrice du centre gay et lesbien de Los Angeles, ceci s'explique tout simplement parce que les images des mariages homosexuels peuvent être utilisées par des opposants! Message reçu 5 sur 5 par un coiffeur qui va se marier prochainement: "J'ai compris, aucun gars ne doit venir habillé en femme", explique-t-il sans rire. En tout cas, selon la journaliste, pas de doute, "les partisans du mariage homosexuel prennent soin de mettre l'accent sur son caractère "normal". On est bien loin des théories queer exposées sur le campus de Berkeley… De son côté, John Ducan, conseiller municipal admet d'ailleurs: "La communauté gay et lesbienne est connue pour son excentricité, son extravagance. Mais nous subissons aujourd'hui une forte pression pour n'en rien laisser paraître." Ne serait-ce pas le revers de la médaille médiatique? Mais en attendant de répondre à cette grave question, ne boudons pas notre plaisir en visionnant une petite vidéo disponible sur Lemonde.fr… "Introduction de catégories ethniques et religieuses" En effet, si l'égalité des droits progresse dans le monde, le combat reste difficile à mener, et implique de lutter contre toutes les discriminations, notamment en France. Justement, il y a quelques jours, Libération (04.06.08) publiait une tribune intitulée "Sortir de l'inaction contre les discriminations", cosignée par Patrick Simon, directeur de recherche à l'Ined (Institut national d'études démographiques), et Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Selon les deux chercheurs, "à la crainte que les "statistiques ethniques" ne contribuent à une racialisation de la société française, répond la conviction que le refus de compter masque le caractère ethno-racial de nombreuses discriminations. Ce débat est légitime. Mais à trop le prolonger, il finit par ne servir qu'à cautionner l'absence d'action politique et à maintenir le flou sur l'ampleur et la nature des discriminations." Et les deux chercheurs, d'exposer leur point de vue, tout en nuances: "Nous sommes opposés à l'introduction de catégories ethniques et religieuses dans le recensement de la population française. Mais nous proposons que les informations sur le lieu de naissance et la nationalité des personnes et de leurs parents y soient recueillies, ainsi que dans les grandes enquêtes de la statistique publique." À bon entendeur… "Le multiculturalisme, c'est un truc de pauvres" Le problème avec ces débats de spécialistes, c'est que les médias préfèrent souvent les délaisser au profit de ce qui brille, comme la dernière Palme d'or du festival de Cannes décernée au film Entre les murs. Alors que les médias se gavent aujourd'hui de "diversité", le quotidien italien Il Sole-24 Ore (Le Courrier International, 12.06.08), n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat en proposant à ses lecteurs un retour au collège Françoise-Dolto où le film a été tourné: "La situation est un peu irréelle. Tout le monde en France et ailleurs parle d'un film que seuls les jurés de Cannes et une poignée de privilégiés ont vu. (…) [Dans ce film,] les élèves ont certes interprété des personnages de fiction, mais, dans un certain sens, ils ont joué leur propre vie. (…) Revenons sur place." Le journaliste qui expose en ce début d'article son intention initiale ne sera pas déçu! Après une visite à Belleville (Paris 20e), il explique ainsi qu'il n'a pas trouvé "de bobos au collège Françoise-Dolto", car si ces derniers "adorent les quartiers populaires, (…) ils aiment moins leurs écoles multiethniques". Analyse sans appel: "Le collège public Françoise-Dolto ouvre bien sûr ses portes à tous les enfants du quartier –fils de bobos ou d'immigrés. Mais les résultats au brevet des collèges, où 8% seulement des élèves ont une note suffisante en mathématiques, laissent penser que la réalité n'est pas aussi simple. Il suffit de regarder les jeunes acteurs récompensés à Cannes pour comprendre que la "mixité" tant acclamée par les journaux français au lendemain de la Palme d'or se joue dans cette école surtout à sens unique." "Ici, comme dans tous les quartiers de ce type, la boboïsation, qui théoriquement devrait favoriser un meilleur brassage social, a peu d'effets positifs, souligne François Dubet, sociologue et directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). En fait, les bobos vivent dans leur bulle, et scolarisent leurs enfants dans d'autres quartiers ou dans le privé. (…) Palme d'or ou pas, il y aura toujours aussi peu d'enfants de bobos qui iront en classe à François-Dolto." Ce qui fait dire au journaliste: "Le multiculturalisme, c'est un truc de pauvres."











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