Revue de presse: "Noir défendant des Noirs"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Obsèques nationales, louanges républicaines et même applaudissements unanimes… Ce week-end, l'ensemble des responsables politiques français (de Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy, en passant par Bertrand Delanoë) y sont allés de leur hommage à Aimé Césaire, qui fut le chantre de la négritude… "Aimé Césaire pourrait aujourd'hui être taxé de communautarisme" Il faut dire que la couverture médiatique de l'événement aura été exceptionnelle, à la hauteur de l'émotion suscitée en Martinique et dans toutes les Antilles par la mort de ce grand poète et cet homme politique exemplaire. Et pourtant, "dans la classe politique française, beaucoup de ceux qui voudraient le voir au Panthéon, pressés d'édulcorer sa pensée, ne seront pas prêts à ouvrir les programmes scolaires à sa littérature", constate l'historien François Dupaire, sur le site internet Afrik.com (21.04.08), dans une tribune intitulée: "Pourquoi Aimé Césaire ne sera pas étudié dans les classes". Pourquoi? "Parlant de "groupes opprimés", de "groupes marginalisés", Noir défendant des Noirs, Aimé Césaire pourrait aujourd'hui être taxé de communautarisme –ou accusé d'être pro-victimaire– par ceux-là mêmes qui l'encensent", constate l'historien, avant de souligner que, de son vivant, "Aimé Césaire devait se défendre d'être anti-français, devant sans cesse rappeler que la négritude "n'était pas un racisme noir, mais la réaction au racisme blanc". Et François Dupaire de conclure: "La négritude était pour lui refus, refus de l'oppression, combat, combat contre l'inégalité. Chaque jour était pour lui un combat: "Nègre je suis. Nègre je resterai. Et le Nègre vous emmerde." Il y a quelque temps, un ministre de l'Éducation estimait que son Discours sur le colonialisme était trop violent pour être étudié à l'école..." "Au nom de principes laïcs" Ah la République! Son universalisme est parfois invoqué à toutes les sauces… Il y a quelques jours, tout le monde en France –enfin, toujours dans le Landerneau médiatique– semblait "pro-tibétains". C'était sans compter le poids économique et diplomatique de la Chine, et, surtout, les perspectives d'un boycottage important des produits français dans l'empire du Milieu. Résultat, en quelques jours, on assista à un "festival de déclarations et de gestes d'allégeance envers la dictature libérale-communiste", souligne Marianne2.fr (21.04.08). "Le pompon pour Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, mais aussi directeur de la stratégie chez LVMH", persifle le site internet. Eh oui, pendant que certains jouent les gentils, d'autres ont endossé le rôle des méchants: " Christophe Girard s'est aussitôt démarqué de son patron au nom de "principes laïcs": "Le dalaï-lama est à mes yeux, a–t-il déclaré, comme Benoît XVI, particulièrement réactionnaire. Ce sont des hommes avec des règles et des principes, des dogmes, voire des doctrines. D'où leur rigidité envers des sujets tels que la contraception et l'homoparentalité." Et d'ajouter: "La Chine s'est éveillée et elle ne manquera pas de nous émerveiller. C'est un pays qui est en train d'inventer sa propre démocratie dans un contexte culturel que, parfois, les Occidentaux ne connaissent pas ou ne comprennent pas." Un rappel qui a son importance: le groupe LVMH est soupçonné de coupable complaisance envers le Dalaï-Lama. Le groupe de Bernard Arnault est menacé de boycott. Or, la Chine constitue l'un des tout premiers marchés en croissance pour LVMH… "Après le pacs, l'union civile?" Surtout que la France, comme chacun sait, n'est pas du tout rigide envers l'homoparentalité! Pour s'en rappeler, il fallait lire Libération (18.04.08), qui profite de la perspective de l'anniversaire de l'élection de Nicolas Sarkozy, pour rappeler l'ex-candidat à ses belles promesses: "Après le pacs, l'union civile?", se demande pour la forme le quotidien, car "ce nouveau type de contrat tarde à se concrétiser"… Les pièces du dossier sont accablantes: "C'était une trouvaille de campagne. Un joujou destiné à couper court à la revendication du mariage gay, tout en ménageant le désir d'égalité des droits des homos, avant la présidentielle. L'union civile était une troisième voie, entre pacs et mariage. Depuis, plus de nouvelles." Dès qu'il s'agit d'accorder de nouveaux droits, les responsables politiques français sont tout d'un coup bien silencieux… Revues de presse précédentes.











