Revue de presse: "Mariage gay: la France à la traîne"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Si l'histoire de Frédéric Minvielle, homosexuel déchu de sa nationalité après s'être marié à un gay néerlandais, a fait le tour des rédactions parisiennes via l'AFP (Agence France Presse), seul Libération a proposé à ses lecteurs autre chose qu'une simple reprise de dépêches en consacrant au sujet un dossier entier de trois pages samedi dernier (03.05.08). Et le quotidien porta même "l'affaire" en Une, avec comme gros titre : "Mariage gay: la France à la traîne." C'est clair, net, et précis. Bref, sans ambiguïtés. "Des promesses électorales sans lendemain" Le quotidien explique ainsi, toujours en Une, que "l'affaire du Lorientais déchu de sa nationalité pour avoir épousé un homme aux Pays-Bas relance la question du mariage homosexuel en France". Intitulé sobrement "retard", l'éditorial prend clairement position en faveur des droits des gays et des lesbiennes : "Eut-il été hétérosexuel, Frédéric Minvielle n'aurait pas été déchu de sa nationalité française après son mariage. (…). Certes tout devrait être réglé dans les prochaines semaines, mais cette affaire symbolise le retard accumulé par la France sur le dossier du mariage gay." Et l'éditorialiste de tacler la droite: "En pleine campagne électorale pourtant, il y a tout juste un an, Nicolas Sarkozy avait proposé une "union civile", garantissant aux homosexuels les mêmes droits qu'aux couples mariés, à l'exception de la filiation. (…) Las. Aujourd'hui, "l'union civile" semble rangée dans les cartons des promesses électorales sans lendemain." "Je suis catholique, de droite, j'ai voté Sarko" Finalement, le ministère des Affaires étrangères a annoncé que Frédéric Minvielle pourra retrouver la nationalité française en 2009, après une modification de la convention qui lie la France et les Pays-Bas… Mais pour le principal intéressé, ce malheureux épisode constitua une véritable douche froide: "Ce que je veux, c'est que la France reconnaisse et respecte la loi des Pays-Bas, et donc le mariage entre deux hommes. Je suis catholique, de droite, j'ai voté Sarko, il faut que la droite s'ouvre l'esprit." Ce message sera-t-il entendu? On peut craindre que non…En tout cas, selon le juriste Daniel Borrillo, "d'autres cas se posent et se poseront encore. La Cour de justice à Luxembourg, qui gère le droit communautaire, pourrait être amenée à condamner la France pour entrave à la circulation." En attendant, la liste des États-membres de l'Union "qui marient" ou "qui marient presque" commence à devenir impressionnante: Pays-Bas, Belgique, Espagne, Suède, Royaume-Uni, Allemagne et Danemark. Mais dans une Europe à 27, il ne faut pas oublier que "plusieurs pays de l'Est y sont très réfractaires".











