Revue de presse: "L'ambitieux programme de Lula"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
"Quelle sera notre prochaine étape?" C'est la question posée par Martin Luther King en août 1967, trois ans après le vote du Civil Rights Act (ou loi des droits civiques), alors que l'effort pour traduire dans la réalité les droits garantis par ces lois n'en était qu'à ses débuts. C'est ce que Le Monde Diplomatique rappelle ce mois-ci dans un article intitulé "Toutes les inégalités n'offensent pas le candidat Barack Obama". "Un seul coup de feu ne suffit pas, il en faut dix." Avec un constat: "La campagne de Barack Obama est –et a toujours été– entièrement axée sur la question raciale, et notamment l'antiracisme en tant que politique progressiste." Bien sûr, mais si la question sociale n'a jamais été la priorité (c'est peu dire) des responsables politiques américains ces dernières années, le combat "culturel" autour de l'égalité des droits est-il pour autant déligitimé par cette situation? L'exemple du Brésil montre au contraire qu'il n'y a pas à hiérarchiser les priorités dans le domaine de l'égalité. Suite à la très grande gay pride de Sao Paulo (5 millions de participants), le quotidien Libération (26.05.2008) rappelle ainsi que le président Lula est en effet à la pointe d'un combat contre l'homophobie… sans pour autant abandonner la question sociale. C'est donc largement possible, même dans un pays dont une large partie de la population doit encore supporter une effroyable pauvreté. La discrimination contre les gays, les lesbiennes et les trans, peut être d'une très grande violence : "Un seul coup de feu ne suffit pas, il en faut dix. Outre ces crimes dits de "haine", il y aussi une grande discrimination", explique Cassio Rodrigues, coordinateur d'un centre de lutte contre l'homophobie qui a ouvert ses portes il y a deux ans, dans le cadre du programme "Brésil sans homophobie". Dans ce cadre –"L'ambitieux programme de Lula", rappelle la journaliste– 46 centres similaires ont été créés à travers le pays et d'autres mesures ont été prises, comme la formation de la police. "Quelqu'un du côté obscur de la force." Ces avancées considérables n'auraient pas vu le jour sans la mobilisation exemplaire du mouvement gay et lesbien: "Des parades gays se tiennent dans plus de deux cents villes brésiliennes et sont aujourd'hui le principal mouvement de masse de ce pays", rappelle d'ailleurs un chercheur. En France, le combat culturel est loin d'être gagné. La meilleure preuve: le football. Le site internet Bakchich.com (03.06.08) a rassemblé dans un article le florilège des dernières déclarations homophobes et sexistes de responsables et de joueurs de football. Charles Villeneuve, le nouveau patron du PSG, qui explique: "Je ne suis pas une gonzesse." David Ginola qui affirme sur un plateau de télé: "Je n'ai jamais, en dix-huit ans de carrière, personnellement vu un homosexuel dans le vestiaire ou sous la douche. (…) Dans les attitudes, je n'ai jamais vu quelqu'un qui ressemblait de près ou de loin avec des manières de quelqu'un du côté obscur de la force…" Et l'article de rappeler que le seul joueur de foot qui a fait son coming-out en fonction (un jeune Anglais, international espoir, Justin Fashanu) a vu sa carrière brisée. Il se suicida le 2 mai 1998, à 37 ans. "Les filles m'attirent plus." Mais à côté de ce tableau bien sombre dans le foot, il y a aussi de considérables avancées. Comme le prouve Le Nouvel Observateur qui ne rechigne pas à évoquer l'homosexualité de Nina, 16 ans, dans un dossier consacré aux ados parisiens (29.05.08). Alors que les journalistes évoquent la tribu des "emosexuels" dans le 12e arrondissement de la capitale, Nina se confie sans aucun problème: "Se tortillant sur les genoux de Tom, son amoureux depuis deux jours, elle confie qu'elle a aussi une copine. Elle a "dit oui" aux deux sur MSN, à une demi-heure d'intervalle. En l'apprenant Tom "avait trop la seum" (la rage). Mais Nina est claire: "Les filles m'attirent plus que les garçons." Sa plus longue histoire d'amour, c'était entre 13 et 15 ans. Avec une fille." Eh oui, que de chemin parcouru… Ce qui prouve encore une fois que le combat doit être à la fois social et culturel.











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