Revue de presse: "La question, ce n'est plus l'homosexualité, c'est l'homophobie."
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
C'est bien connu, les médias aiment les journées de commémoration. Alors depuis plusieurs jours, ceux qui habituellement ne parlent jamais des gays et des lesbiennes font l'extrême effort de consacrer quelques sujets à la question pour célébrer à leur façon la Journée mondiale contre l'homophobie du 17 mai. Quoi? Des gays et lesbiennes au journal de 20 heures en dehors de la gay pride? Si, si, c'est possible… "L'homosexualité est pénalisée dans plus de 80 pays." Mais on eut parfois l'impression que les reportages à la télévision se répétaient un peu. En tout cas, Le Monde n'a pas oublié cette journée en proposant à ses lecteurs un grand entretien avec Daniel Borillo (18.05.08), juriste, maître de conférences à l'université de Paris X-Nanterre, et surtout corédacteur avec Didier Éribon du "Manifeste pour l'égalité des droits" paru le 17 mars 2004 dans… Le Monde. Comme le souligne un peu naïvement le quotidien du soir, "l'un des objectifs de cette journée est la dépénalisation de l'homosexualité dans le monde". Vaste programme… pour une journée. Daniel Borillo calme rapidement les ardeurs de la journaliste qui l'interroge en expliquant "qu'il y a dans le monde, plus de pays qui sanctionnent l'homosexualité que de pays qui célèbrent la Journée mondiale contre l'homophobie! L'homosexualité est aujourd'hui pénalisée, souvent de façon très brutale, dans plus de 80 pays." "En 390, la sodomie a été sanctionnée par la mort par le feu." Après avoir rappelé qu'il reste beaucoup à faire dans les pays où l'islam est religion d'État, le juriste fait un peu d'histoire: "En Europe, la victoire du christianisme a constitué la première étape d'une longue persécution des homosexuels. En 313, sous l'empereur Constantin, le christianisme est devenu une religion d'État, et en 390, sous l'empereur Théodose Ier, la sodomie a été sanctionnée par la mort par le feu." Que de chemin parcouru… Mais le retournement de ces dernières années s'est fait rapidement. "En vingt ans, l'Europe est passée de la criminalisation de l'homosexualité à la pénalisation de l'homophobie", rappelle le juriste, qui conclut: "Je cite souvent Sartre, qu'on interrogea sur la question juive, et qui répondit: "il n'y a pas de question juive, la véritable question, c'est l'antisémitisme." Pour l'homosexualité c'est la même chose: la question, aujourd'hui, en Europe, ce n'est plus l'homosexualité, c'est l'homophobie." (Vous pouvez également vous reporter au dialogue entre Daniel Borillo et des internautes sur le site internet Lemonde.fr). "Sous G.W. Bush, les droits des gays n'ont cessé de progresser." De son côté, le site internet Rue 89 a salué la décision de la cour suprême de Californie d'autoriser le mariage homosexuel avec un titre provocateur: "Sous G.W. Bush, les droits des gays n'ont cessé de progresser" (16.05.08). Car, comme le rappelle le rédacteur en chef de Rue 89: "Cette instance californienne donne souvent le la en matière d'évolution des mœurs aux Etats-Unis et d'autres cours pourraient suivre son exemple." Et d'analyser: "À force d'avoir le regard rivé sur Bush et son fan-club chrétien conservateur, on en oublie souvent ce qui se passe dans la vie des trois cents millions d'autres Américains. Contrairement à une idée reçue, l'opinion, sous les deux mandats de Bush, n'a pas viré à droite sur les questions sociétales. Que ce soit sur les problématiques raciales, la peine de mort, la place des femmes, les droits des homosexuels, les Américains sont plus progressistes qu'il y a huit ans." Effectivement, depuis 2003, la Cour suprême de Massachusetts a reconnu aux homosexuels le droit de se marier; l'année suivante, la Cour suprême des États-Unis, dont les membres sont majoritairement issus des milieux républicains, a interdit les lois homophobes de certains États du Sud et de l'Ouest. En comparaison avec notre chère République française, qui se targue aujourd'hui de défendre les valeurs les plus progressistes, la conclusion est toute trouvée: "En France, pendant ce temps, qui combat l'homophobie? La télévision multiplie les caricatures grotesques, la police est prête à ficher les homos, et les autorités refusent la nationalité à un homme qui a eu le malheur de se marier aux Pays-Bas avec un autre homme." Eh oui, Madame Yade, être contre l'homophobie ne se décrète pas: c'est un combat.











