Revue de presse: "La latinophobie grandit aux États-Unis"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Les militants des droits de l'homme ont marqué des points hier lors du passage à Paris de la flamme olympique. Les images parlaient d'elles-mêmes, les forces de l'ordre étaient débordées, malmenant plusieurs manifestants pacifistes. À la télévision le soir même, il n'y avait que notre secrétaire d'État au Sport, Bernard Laporte, pour parler encore des "valeurs de l'olympisme". Un activiste gay pour le Tibet Bref, premier gros pépin dans le cirque médiatique et sportif des Jeux Olympiques de Pékin, la flamme olympique n'étant pas sortie indemne de son parcours dans la capitale française. Mais un jour avant à Londres, d'autres manifestants s'étaient organisés pour alerter sur la situation du Tibet en Chine: parmi eux, le célèbre activiste gay Peter Tatchell (en photo), co-fondateur du groupe Outrage, comme le rapporte le quotidien britannique The Indepedent (06/04/08): "Quand le bus passa par Oxford Street, le militant des droits humains Peter Tatchell le stoppa en se jetant sur la route avec à la main une pancarte, et criant "Free Tibet, free Hu Jia"." Car, en plus du Tibet, Peter Tatchell voulait attirer l'attention sur la récente arrestation pour "subversion" par les autorités chinoises de Hu Jia, activiste de la lutte contre le sida qui travaille avec la communauté gay chinoise et militant des droits de l'homme. Comme le souligne le site Internet www.gaywired.com (07/04/08), celui-ci avait dénoncé à maintes reprises le scandale du sang contaminé et la condition sanitaire des séropositifs en Chine. "L'ombre de Luther King sur la campagne américaine" Carambolage de symboles, le 4 avril dernier correspondait à un bien triste anniversaire: en effet, cela fait maintenant quarante ans que le grand leader noir américain des droits civiques, Martin Luther King a été assassiné. "Le 4 avril 1968, Martin Luther King Junior était tué, à six heures du soir, à Memphis (Tennessee) d'une balle qui lui traversa la mâchoire et le cou, rappelle Le Figaro (04/04/08), il y eut des émeutes dans 125 villes, et 300 000 personnes assistèrent à ses funérailles." À l'heure de la candidature d'un certain Barack Obama, Le Figaro n'oublie pas de décrire "l'ombre de Luther King sur la campagne présidentielle américaine": "Le Dr King aurait-il pu imaginer une telle révolution? Compte tenu des circonstances politiques, je pense que cet anniversaire est encore plus important", estime ainsi Lynette Clemetson, rédactrice en chef du magazine de la communauté afro-américaine The Root. Le mariage gay n'est pas "politiquement possible" Mais pour l'instant, la "révolution" Obama est loin d'être une révolution pour les gays américains: selon The Advocate (01/04/08), lors d'une récente soirée de collecte de fonds à New York chez des supporters gays, Barack Obama a dit qu'il ne pensait pas qu'il était "politiquement possible" de garantir les droits du mariage pour les couples de même sexe dans la situation actuelle du pays. Il y a quelques jours, le candidat à la Maison-Blanche avait tenu un discours sur la question raciale présenté par beaucoup comme historique. À ce propos, Courrier International (27/03/08) citait le quotidien Los Angeles Times: "Obama a demandé que la colère noire tienne compte des inquiétudes blanches et que les rancoeurs blanches n'oublient pas les doléances noires. Aucun candidat à une élection n'avait jamais parlé avec autant de réalisme de la question raciale, vécue aux États-Unis comme une réalité incontournable." Toujours dans Courrier International, on apprend ainsi que la presse latino-américaine estime que "la latinophobie grandit" aux États-Unis. Pour la revue Cambio, une grande part du problème est décrite dans le livre His Panic (Sa peur), qui vient de paraître et dont l'auteur, le journaliste Geraldo Rivera, affirme que les "Hispaniques sont devenus les Nègres d'antan: on les attaque à cause de la couleur de leur peau, sans faire la différence entre les clandestins et les autres". Effectivement, selon une étude, le nombre de crimes contre des Latinos a augmenté de 35% entre 2003 et 2006. Selon cette même étude, les groupes racistes se multiplient aux États-Unis: 300 nouveaux groupes depuis trois ans. Et, bien sûr, tout se mélange dans une même peur: "Dans le Maryland, la police peut solliciter l'identification de n'importe quelle personne qu'elle soupçonne d'être en situation illégale, et, comme pour les Arabes depuis le 11 septembre [2001], avoir des traits hispaniques est suffisant pour être détenu et interrogé", constate Cambio. Mais qui arrêtera cette guerre des mondes? Est-ce qu'un jour ça sera "politiquement possible"?











