Revue de presse: "La gay pride, cette fête exhibitionniste"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Il aura fallu 5 ans, 13 chercheurs, 61 enquêteurs, et 12 000 personnes interrogées pour conclure la dernière grande enquête sur la sexualité des Français. "Et tout cela pour dire quoi?", se demande Libération (28/03/2008): que les pratiques des femmes se rapprochent de celles des hommes (nombre de partenaires, masturbation, recours à Internet et à la pornographie, etc.) mais que, dans les têtes, les représentations restent très sexuées. Et que si la liberté gagne, l'égalité est encore en chemin. "Casser l'ambiance dans les dîners en ville en évoquant le fist-fucking" Et comme derrière toute science, il y a des hommes (et des femmes), le quotidien profite de la publication de cette dernière enquête pour faire un portrait croisé de Nathalie Bajos et Michel Bozon, les deux chercheurs qui l'ont coordonné "de façon égalitaire et féministe". On y apprend que Michel avait déjà coordonné un numéro des Actes de la recherche en sciences sociales sur la sexualité, à la demande de Pierre Bourdieu, un de ses "penseurs de référence", avec… Michel Foucault, bien sûr. De son côté, Nathalie est plongée dans l'étude de la sexualité des Français en devenant "la cheville ouvrière" de l'enquête Spira menée en 1990. Luc Vaillant de Libération note: "1990, l'époque est à l'anxiété, pour ne pas dire à la panique. Afin de disséquer les modes de transmission du virus, les chercheurs rentrent dans les détails les plus hard, avec un naturel de salle de garde qui estomaque leurs proches. Bajos comme Bozon racontent comment il leur arrive de casser l'ambiance dans des dîners en ville, en évoquant sans ambages le fist-fucking." Mais qui a dit que la science était ennuyeuse? "Avec ces types en porte-jarretelles dans les rues…" Sûrement pas Nadine Morano, grande gueule de l'UMP durant la campagne présidentielle et propulsée la semaine dernière au gouvernement comme secrétaire d'État à la famille. Le Monde (27/03/2008) dresse son portrait en titrant: "La revanche de Madame Sans-Gêne". Revanche? Malgré son parcours fulgurant en politique, elle dit avoir toujours souffert de quatre handicaps: "Etre femme, plutôt pas mal de sa personne, de condition modeste et provinciale." Et si Madame Sans-Gêne veut donner aux enfants issus des familles homoparentales "les mêmes droits que les autres", elle continuera de détester la gay pride, cette "fête exhibitionniste" avec ces "types en porte-jarretelles dans les rues". Comme quoi, du fist-fucking au porte-jarretelles, il n'y a parfois qu'un pas dans les dîners en ville… Alors, coincée Nadine? En tout cas, il y en a un qui est content: Éric Verdier, président de l'association Coparentalité qui milite pour l'adoption par les familles homoparentales et qui souligne dans L'Express: "Nadine Morano est une des rares personnes à l'UMP à ne pas diaboliser les parents homosexuels et les familles qui ne sont pas dans la norme en général." Mais mercredi, sur RTL, la nouvelle secrétaire d'État a néanmoins précisé qu'elle respecterait les positions du président de la République, qui ne partage pas son point de vue sur ces questions. La grande gueule est rentrée dans le rang…











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