Revue de presse: "La gay guerre"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Il aura fallu peu de temps au nouveau maire de Rome, l'ancien néo-fasciste Gianni Alemanno, pour critiquer la gay pride. L'homme politique a en effet considéré que la marche des fiertés homosexuelles était de "l'exhibition sexuelle" et que la municipalité allait "trouver une formule" pour que la manifestation "n'offense personne". "Plus question pour les homosexuels de défiler" Le site internet de la radio RFI (07/05/2008) rappelle pourtant que le soir même de son élection le 16 avril, Gianni Alemanno avait déclaré sur un ton très solennel: "Je serai le maire de tous les Romains, sans distinction, ni préjugés." La correspondante de la radio estime alors: "Il y a de quoi s'interroger quand on apprend qu'il veut placer au centre de ses priorités la recherche d'une nouvelle formule pour que la traditionnelle Gay Pride n'offense personne. Autrement dit, plus question pour les homosexuels de défiler [comme ils l'avaient fait] jusqu'à présent dans la joie au cœur de la Ville éternelle à la mi-juin." Mais pour le nouveau maire de Rome, il n'y a aucun souci. Car, dit-il, "je respecte les personnes homosexuelles. J'en connais même quelques unes." "Où est le racisme anti-gay?" Chose étrange, ou inquiétante, on retrouve un peu le même genre d'arguments dans un récent "éditorial" du magazine féminin Elle publié sur internet. Intitulé avec beaucoup de goût "La gay guerre" (12/05/2008), la journaliste Dorothée Werner y excelle en sophistique à propos de "l'affaire Frédéric Minvielle". Pour arriver à une conclusion: le Pacs marche très bien, pourquoi demander un mariage homosexuel ? La sentence est digne de Christine Boutin : "Où est le racisme anti-gay? Ce militant cherche à tout prix à remettre sur la table la question du mariage homo? Parlons-en. Nicolas Sarkozy s'y oppose. Même l'idée d'une "union civile", promise lors de sa campagne, semble enterrée. Rappelons que cette légalisation se heurte à un obstacle tout bête, objectif, et d'ailleurs parfaitement accepté par la majorité silencieuse des homos de France: même si on peut rediscuter de sa fonction, le mariage est, juridiquement et symboliquement, l'institution garante de la filiation, de la place de chacun dans la généalogie." Devant tant d'acharnement, on se demande s'il faut rire ou pleurer… En tout cas, l'ensemble des pères ou mères divorcés, familles monoparentales et familles homoparentales apprécieront… "Tout le monde éprouve le besoin de s'émanciper" Enchaînant les perles, la journaliste de Elle ose même parler de "la majorité silencieuse des homos de France". C'est vrai, un pédé, c'est toujours mieux au placard, ça ne parle pas. Le silence… Justement, interrogé à propos de l'histoire de l'esclavage en France, le footballeur Lilian Thuram, interrogé par le quotidien L'Humanité (09/05/2008) en parle. À la question "Vos parents ne vous ont pas transmis cette histoire?", il répond: "Non. Ni l'école, ce qui me semble plus grave. Les générations précédentes ont intégré le message négatif entourant les Noirs. Elles souffrent en silence. Ma mère a commencé à avoir peur quand elle m'a entendu m'exprimer sur ce sujet. Il faut pourtant dire les choses pour avancer." Et ajoute à propos de la prise en compte de toutes les mémoires: "Tout le monde, pas seulement les Noirs, éprouve le besoin de s'émanciper. Mais il faudra que les politiques prennent davantage en compte la demande de partage de la mémoire nationale, utile à toute la France." Effectivement, l'histoire le prouve, les droits ne se quémandent pas, ils se conquièrent, et toujours haut et fort!











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