Revue de presse: "La Chine n'ignore plus les homosexuels"
Quand les minorités interrogent le "mainstream": en France comme ailleurs, les revendications identitaires sont l'objet d'âpres débats dans l'espace public. Revue de presse hebdomadaire.
Doucement, mais ça avance: 28% des Indiens jeunes et urbains âgés de 18 à 35 ans estiment désormais qu'il est acceptable d'être gay ou lesbienne, a révélé le quotidien Hindustan Times (26/01/2008)… De son côté, le quotidien espagnol El PaÃs nous apprenait récemment (14/01/2008) "qu'un journal chinois aborde ouvertement l'homosexualité pour la première fois". Et pas n'importe lequel: principal journal en anglais de Chine, le China Daily, contrôlé par l'État, a en effet "surpris ses lecteurs avec un reportage sur l'homosexualité". "Fierté et préjudice" Et pas n'importe comment: une pleine page, avec une grande photo où deux beaux jeunes hommes chinois s'embrassent fougueusement, et un titre évocateur: "Fierté et préjudice". Une première donc, dans un pays où le gouvernement et son appareil de propagande ont longtemps occulté l'homosexualité, sans parler des persécutions. Serait-ce la perspective prochaine des Jeux Olympiques de Pékin qui aurait fait bouger les lignes? En tout cas, le journal chinois a décidé "d'offrir à ses lecteurs" les témoignages de trois homosexuels chinois qui racontent leur histoire et leurs difficultés à vivre leur sexualité dans un pays où l'homosexualité est taboue: Tong Ge, un écrivain de 57 ans qui était auparavant marié; Ruo Zhe, l'auteur du premier portail internet gay de Chine (www.gztz.org), âgé de 33 ans; et une jeune lesbienne de 26 ans (qui témoigne sous anonymat). Enfin, le quotidien raconte plus largement les difficultés d'une communauté estimée par les autorités "entre 5 et 10 millions de personnes" dans une société très traditionnelle, dans laquelle "les homosexuels risquent de perdrent leur emploi et de s'éloigner de leur famille et de leurs amis". "Le sexe sans risque était impossible" Tong s'aperçut de "son orientation" en pleine révolution culturelle (1966-1976), et ne pensait pas alors qu'il y avait "une définition pour ce comportement". Il ne découvrit qu'au milieu des années 1970 qu'il y avait des "lieux secrets" comme des parcs et des bains publics où se rencontraient les homosexuels: "Le sexe sans risque entre eux était impossible, car les préservatifs étaient seulement distribués aux couples mariés par les offices de planification familiale dans les unités de travail"… De son côté, Ruo confie qu'il se sentait comme un "monstre" puisque la législation chinoise considérait que l'homosexualité était "un enfermement mental", et ce jusqu'en 2001: "C'est seulement en consultant les sites internet étrangers que je me suis rendu compte que je n'étais pas le seul gay dans le monde", explique-t-il. En 1998, il décide de lancer le premier site web pour les gays chinois. Et les choses bougent. Depuis six ans, il vit en couple. Ce qui fait dire à El PaÃs que "la Chine n'ignore plus les homosexuels". On mesure pourtant à quel point le combat jusqu'à l'émancipation est encore semé d'embûches…











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