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Rencontre avec Mathilde Formery de l'association LesBienNées

Par tp jeudi 02 mars 2006, à 00h00 | 1367 vues
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L'association LesBienNées fait bouger la ville de Nancy depuis bientôt dix ans.

L'association LesBienNées fait bouger la ville de Nancy depuis bientôt dix ans. Quelles sont ses actions sur le terrain? La Lorraine est-elle une région gay-friendly? Pourquoi une association non mixte ? C'est ce que nous avons demandé à Mathilde, présidente de l'association. En quelle année votre association a-t-elle été créée?En 1996. Elle fête donc ses 10 ans cette année! Pourquoi l'avoir baptisée " LesBienNées " ?C'est un nom qui, à lui tout seul, dit pas mal de choses sur les stéréotypes du genre "lesbiennes = mal baisées". Il s'en dégage une certaine fierté. C'est en outre un jeu de mot bien trouvé, et je tire mon chapeau à celles qui en sont les mères! Quel est le but de votre association et quelles sont vos actions? Les statuts originels de l'association sont clairs à ce sujet. Le premier article va de soi: "aider les femmes à affirmer leur identité homosexuelle ou bisexuelle". Les suivants sont peut-être un peu plus inattendus: "encourager une plus grande participation des homosexuelles à la vie sociale", "travailler avec toute association luttant contre les discriminations quelles qu'elle soient", "promouvoir la culture et la création lesbiennes" et bien sûr "travailler avec les associations de lutte contre le sida". Nos actions sont multiples, et nous essayons de conjuguer au mieux militantisme et convivialité. Chaque jeudi, nous nous réunissons pour échanger sur les sujets qui nous préoccupent (féminisme, lesbophobie, prévention, homoparentalité…) et faire avancer nos projets.  Par ailleurs, nous sommes des adeptes de la troisième mi-temps après les réunions plus ou moins formelles! Tous les mois, nous proposons un calendrier d'activités sportives, ludiques ou culturelles. On fait par exemple des tournois (pétanque, billards, jeux de société, tir laser en labyrinthe, ultimate freesby, etc.). On propose des soirées cinéma, théâtre, concert, match d'impro, etc. On organise des week-end détente dans les Vosges et bien sûr on s'invite chez l'une ou l'autre, pour mutualiser les spécialités culinaires ou tout simplement pour visionner des épisodes de la série The L Word. Pourquoi votre association est-elle réservée aux femmes uniquement alors que vous dites lutter contre les discriminations envers les gays?Nous pensons que l'homophobie prend ses racines dans la construction et la hiérarchisation des genres masculin et féminin et se traduit par un dénigrement des qualités dites féminines chez les hommes et, dans une certaine mesure, des qualités dites masculines chez les femmes. L'association non mixte n'est pas un ghetto dans le ghetto, c'est un lieu de libre parole où l'on réfléchit aux mécanismes communs ou particuliers à toutes les discriminations pour mieux les comprendre et les combattre. Ce qui, bien sûr, profite à l'ensemble de la communauté LGBT et explique notre implication fréquente aux côtés de nombreuses associations de lutte contre toutes sortes de discriminations. Si la non-mixité provoque de prime abord des questions chez certaines femmes, toutes sont convaincues après l'avoir expérimenté. À ce jour, combien avez-vous d'adhérentes?  Une trentaine. Ce n'est pas énorme, quand on sait qu'il y a quelques années, LesBienNées en comptaient plus de soixante. Mais le noyau dur des femmes qui s'investissent est important. Il y a également un certain nombre de femmes, de tout horizon et de tout âge, qui gravitent  autour de nous, qui participent à certaines de nos activités et prennent le temps de découvrir l'univers associatif avant de s'engager (ou non) davantage. À votre avis, lesbianisme et féminisme vont-ils toujours de paire?Les lesbiennes qui affirment leur existence et revendiquent leur sexualité en dehors de l'influence masculine sont par essence et définition féministes. Cependant il peut être bon de rappeler certaines évidences, et avoir aujourd'hui l'impression de dire un gros mot quand on parle de féminisme a sans doute influencé notre choix. Se dire lesbienne ET féministe, c'est pousser le quidam à crier au sexisme, à l'extrémisme, à l'anachronisme, voire au communautarisme hyper exacerbé. Bref, c'est susciter le débat et les questions. C'est aussi pouvoir dire et redire que continuer à agir pour le droit de toutes les femmes est toujours une nécessité. Nancy est-elle une ville gay-friendly?Je ne sais pas si Nancy est réellement une ville plus accueillante qu'une autre pour les femmes homosexuelles mais il est vrai qu'il y fait assez bon vivre, même si c'est relativement récent (2001-2002). Je pense cependant que ce qui se passe à Nancy est l'expression d'une tendance plus générale. Nous le devons beaucoup au débat sur le Pacs qui a d'une certaine façon obligé les médias à parler de l'homosexualité et les politiques à réfléchir sur le quotidien des citoyens homosexuels. L'opinion publique s'est montrée dans l'ensemble favorable aux avancées proposées, devançant en cela les politiques et les médias. Beaucoup d'élus en ont tiré de façon très pragmatique, les conclusions qui s'imposent. La vie des associations et des administrés en est forcément améliorée. À Nancy tout au moins car il ne semble pas effectivement que les équipes municipales d'autres villes proches de l'Est se soient renouvelées aussi heureusement qu'ici. Nous exprimons à ce propos notre sympathie aux habitant(e)s homosexuel(le)s de la ville de Metz, mais également de Vittel et de Sarreguemines, où les maires sont signataires de la fameuse pétition des "maires pour l'enfance" contre le mariage et l'homoparentalité. La vie gay et lesbienne y est-elle riche? Nancy compte quatre associations: LesBienNées, bien sûr, mais également Homonyme (association mixte), Trans'Aide (association trans) et Rando's Lorraine. Nous avons également nombre de bars, où chacun(e) peut trouver l'ambiance qu'il ou elle recherche. Nous sommes par contre un peu en manque de boite. C'est ce qui explique sans doute le grand succès des soirées organisées par les associations. Y avez-vous déjà souffert d'attaques homophobes? Nancy a connu un meurtre homophobe il a y de cela quelques années (lire Têtu n°88 et Quotidien du 5 août 2003). Par ailleurs, trop régulièrement, des hommes sont agressés. Personnellement, et au sein de l'association, nous n'avons pas subi d'attaques physiques. Mais les agressions verbales, ou la simple négation de notre existence peuvent être tout aussi violentes… et je peux vous assurer que ces agressions sont fréquentes! Participerez-vous à la Marche des Fiertés LGBT de Lorraine qui aura lieu à Metz en juin? Est-ce pour vous un grand moment de visibilité? Depuis l'année dernière, nous sommes membres du collectif d'organisation de cette marche lorraine: nous serons donc présentes le 3 juin à Metz! En 2005, la marche en elle-même a été vécue par les femmes de l'association comme un grand moment de "militantisme festif". Même celles qui étaient - grâce au travail de désinformation de la plupart des médias audiovisuels - réticentes a priori ont été heureuses de participer à cette journée. D'ailleurs, beaucoup d'entre nous ont décidé de prolonger ce moment en se rendant à la marche de Paris, avec la Coordination Lesbienne en France (CLF). Par ailleurs, cela permet de tisser des liens avec les autres associations lorraines, et de mettre en commun nos idées, nos connaissances et de mettre en Å“uvre des actions communes. Comment votre participation a-t-elle été accueillie les années précédentes?Si la question concerne les gens qui nous regardaient défiler, je ne me souviens personnellement que de sourires sympas… Je pense d'ailleurs que dans toute ma vie entière, je n'en avais jamais vu autant sur des visages de passants… D'autant plus qu'on leur bloquait le passage pendant un moment! L'expérience a été moins agréable à Paris où l'agressivité était plus présente. Si la question concerne le collectif des associations parties prenantes, nous avons été très bien accueillies dans le collectif. Ce sont des moments comme ça qui nous permettent de nous rencontrer et de générer des projets communs en dehors de la marche. Quels sont vos projets pour les mois à venir? Pour 2006, nous avons organisé récemment un débat animé par une avocate sur l'homoparentalité dans son aspect juridique, en collaboration avec l'APGL. Nous sommes actuellement en train de finaliser une campagne de communication sur le "sexisme ordinaire" à l'occasion de la Journée internationale du droit des femmes du 8 mars. Nous allons également poursuivre le travail de sensibilisation des élu(e)s mis en place pour le 17 mai dernier (Journée Internationale contre l'Homolesbophobie), et peut-être l'élargir aux professionnel(le)s de la santé. Pour la partie plus festive et culturelle, nous avons organisé une exposition au Coct'au Bar, où des adhérentes ont pu présenter leurs créations. Cela a été l'occasion d'organiser un jeu, du doux nom de Tombe'Olga: les prix étaient, entre autres, des sextoys. Cela nous a permis d'allier ludique et militantisme, en délivrant des messages de prévention et en essayant d'oeuvrer pour la poursuite de la libération sexuelle ! Que diriez-vous à toutes les lesbiennes de Lorraine pour leur donner l'envie de vous rejoindre?Que nous sommes des filles sympas! Que les militantes sont terriblement sexy … Que malgré les avancées, il nous reste encore beaucoup à faire pour atteindre l'égalité, et que ce travail doit se faire avec toutes. Que l'engagement est une perpétuelle source d'enrichissement, de rencontres, de partage. Que l'association est un lieu où l'on tente au maximum de faire en sorte que chacune s'y sente bien, puisse s'exprimer, proposer, s'épanouir. Photo Stef Minella Le site des LesBienNées : http://www.association-lesbiennees.org

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