Plongée au cœur des UEEH, version 2007
Les Universités d'été euroméditerranéennes des homosexualités, à Marseille, s'ouvrent de plus en plus à l'international.
"On se sent un peu plus libre encore ici. On vit l'expérience d'être dans un endroit où chacun peut être qui il veut. C'est très enrichissant. On porte un nouveau regard sur ceux qui nous entourent. En jouant avec les codes vestimentaires aussi, ça permet d'explorer différentes facettes de notre personnalité." João Paulo, 39 ans, Porto, Portugal.
"Pour moi, les UEEH, c'est là où je retrouve d'autres activistes de mon pays pour nous organiser. On a créé un pôle ibérique, c'est très important pour établir des stratégies et prendre rendez-vous pour nos prochaines actions. Les UEEH s'ouvrent de plus en plus à l'international mais il n'y a pas encore assez de personnes pour les traductions, ce qui ralentit les conférences. C'est dommage!" Miguel, 20 ans, Barcelone, Espagne.
"Venir aux UEEH, c'est l'occasion de rencontrer des personnes et des associations de tous les pays. Je suis prof et je fais partie du Réseau éducation sans frontière (RESF) de Marseille. On a fait une présentation de nos actions car il arrive qu'il y ait de jeunes homos dans les familles qui sont reconduites à la frontière." Antoinette, 57 ans, Marseille, France.
"Cette année, le rassemblement international est important: on a plus de 50 personnes venues de l'étranger, aussi bien du Liban, du Maroc, d'Algérie, du Cameroun que de Roumanie. Ça prouve que la cohabitation entre juifs et arabes à travers les associations est possible. Ils travaillent ensemble et, pour moi, c'est un message de solidarité et de paix. Ce qui me plaît aussi, c'est la fraternité entre trans, pédés et gouines: il y a de l'amour. Un amour qu'on ne trouve pas ailleurs. On sent qu'il y a beaucoup à partager parce qu'il y a plus de points communs que de divergences." Pascale Ourbih, 30 ans, Paris. De notre envoyée spéciale Vendredi 20 juillet
"La semaine aux UEEH, pour moi c'est sacré! raconte Delphine, Parisienne de 29 ans. C'est long d'une année à l'autre… mais ça y est, j'y suis! C'est un moment privilégié pour s'ouvrir et partager ses expériences, d'une culture à l'autre". Ce mois de juillet, les UEEH (Universités d'été euroméditerranéennes des homosexualités) de Marseille accueillent plus de 600 participants de France et d'ailleurs avec des intervenants venus du Liban, de Roumanie, d'Espagne mais aussi de Côte d'Ivoire ou d'Arménie. Pour certains, participer aux UEEH représente une prise de risque car leur pays interdit l'homosexualité. "J'ai un ami qui a été battu à mort quand sa famille a appris qu'il était homo. De mon côté, j'ai déjà reçu six coups de couteau mais je veux continuer mon combat", explique un gay venu d'Arménie. À l'occasion des UEEH version 2007, les salles de l'université de Luminy ont été rebaptisées: Pierre Seel, Gisberta Salce, Jean-Luc Lagarce, Frida Kahlo et, bien sûr, l'amphithéâtre Coccinelle. Les UEEH, ce sont aussi les cuisines solidaires où l'on se rencontre et où l'on poursuit les débats, les Sœurs de la perpétuelle indulgence qui surgissent pour des célébrations, les expositions, la fringothèque où l'on mêle les codes vestimentaires, les ateliers prévention des maladies sexuellement transmissibles avec les prospectus et les sachets de lubrifiants qui recouvrent les tables. Samedi 24 juillet
Le colloque sur l'évolution des représentations sociales et sur les révolutions culturelles a rassemblé environ 200 personnes, samedi 21 juillet, au Conseil régional de Paca à Marseille. Parmi les participants, Christian Saout, administrateur de Aides, a lancé un appel à la prise en charge des gays âgés, puisque, pour le moment, aucune maison de retraite pour les homos et séropositifs n'existe en France. De son côté, Emmanuel Château a dénoncé la "complaisance dans la prise de risque" qui existe dans la communauté homosexuelle, où 20% des gays sont déjà touchés par le sida. La sociologue et sexologue Lola Martin Romero, venue de Madrid, a fait le point sur l'histoire de la transsexualité et la nouvelle loi espagnole, ce qui a provoqué de nombreuses réactions dans la salle, en particulier de la part des membres de Guerilla Travolaka. En effet, même si cette loi est la plus avancée dans le monde, elle considère pourtant encore la transsexualité comme une dysphorie de genre, et demande un suivi médical de deux ans avec prise d'hormones et une attestation par un médecin. Elsa Dorlin, maître de conférence en philosophie à la Sorbonne, a analysé la "récupération fasciste du féminisme par la droite française", montrant "l'émergence d'un nationalisme renouvelé qui instrumentalise le garçon arabe", présenté alors comme sexiste et homophobe par des candidats de droite.
Le Patchwork des noms, mouvement international né en France en 1989, a souhaité rendre hommage aux victimes mortes du sida. Ainsi, quatre panneaux de tissus aux noms de disparus ont été dépliés dans le hall du Conseil régional, suscitant beaucoup d'émotion.
Enfin, après le colloque, plus d'une centaine de participants ont manifesté contre l'homophobie et la peine de mort dans le monde, et en particulier en Iran, avec des affiches "Homophobie internationale, Sarkozy, Kouchner, complices" et "Hétérosexualité, système politique", aux côtés d'Act Up-Paris et des Panthères Roses, sur la place du Vieux-port de Marseille. Le rassemblement s'est achevé par un dying. Enfin, cette année, les UEEH auront été marquées par la présence des associations Helem Girls du Liban, Aswat de Palestine avec Rauda Morcos et We For Civil Equality d'Arménie, applaudies pour leur courage et leur détermination dans leur combat pour les droits des LGBT. Photos Charlotte Bourgeois

















