Moscow Pride: ouverture des festivités dans le calme
La conférence a débuté sans que les participants ne soient la cible d'actions violentes.
Moscou, de nos envoyés spéciaux Pas l'ombre d'un crâne rasé à l'entrée du Swissôtel, où le premier Festival international gay et lesbien de Moscou ouvrait ses portes dès 9 heures ce jeudi 25 mai. Une dizaine d'agents de sécurité filtrent l'accès à la salle de conférence où des activistes venus des pays baltes et scandinaves ont expliqué leurs nouvelles collaborations sur les questions LGBT, devant une petite quarantaine de personnes, en majorité russes. Quelques médias plus intéressés par l'incertitude qui entoure la tenue de la gay pride, samedi prochain, que par le programme des trois jours de festival ont également fait le déplacement. Mais au niveau de la communauté homosexuelle russe, l'intérêt du défilé n'est pas encore réellement perçu. Au sauna Mayakovka sport, aucun des employés n'a prévu de venir soutenir les organisateurs et la perspective d'un cortège homosexuel les fait doucement sourire. L'emplacement de leur établissement, l'un des plus fréquenté de la ville, est à l'image de leur engagement politique: situé dans une cour intérieure, il faut entrer dans une cave très éloignée de la rue. Tout simplement introuvable. Situation identique pour le Stéréo Café, pourtant indiqué sur la Moscow Gay Map, mais qui se dit "neutre" et "apolitique". Denis (photo ci-dessus), 25 ans, est auditeur comptable à Moscou. S'il est relativement out dans sa vie sociale et qu'il accepte de répondre à nos questions, il lui est en même temps difficile d'accepter d'être en photo dans un magazine homo. Il n'est pas certain non plus de se rendre à la prochaine gay pride. "La question ne se pose pas en terme de facilité ou de difficulté à vivre son homosexualité. Je crois qu'on doit tout le temps s'arranger avec son identité. Dans le travail, nous n'avons pas vraiment de question sur notre vie privée donc c'est plutôt tranquille. Mais c'est impossible d'en parler avec sa famille. Mes parents ne savent pas que je suis gay et je pense que s'ils savaient, ma mère se tuerait et mon père aussi. Mais pourquoi est-ce si tragique d'avoir un enfant homo? Je ne le sais pas moi-même." Denis, sans condamner l'initiative de la gay pride, dont il comprend l'utilité, estime que ce n'est "ni le moment ni le lieu pour le faire". En fait, comme de nombreux Russes, ce jeune gay estime que l'on peut vivre sa vie librement, "tant qu'on ne dérange pas les autres". Chez lui, on retrouve une certaine fatalité, celle que les organisateurs de la gay pride aimeraient justement renverser. "Il y a des gens qui s'en prennent aux gays, d'autres s'attaquent aux juifs, d'autres aux Noirs. C'est la vie. Nous avons besoin de lois qui nous protègent bien sûr. Mais nous vivons une drôle d'époque ici. Nous avons besoin de temps pour faire changer les choses. C'est pour cela que je crois que ce n'est pas encore le moment de se lancer dans des initiatives telles que la gay pride. Je comprends qu'on doive se battre pour obtenir des droits mais je crois que cela doit se faire plus en douceur. Pousser les choses de manière trop brutale risque de ne pas améliorer notre situation." Les récentes attaques d'un club gay de Moscou par des orthodoxes ont aussi eu leurs effets. Si Denis explique qu'il n'a jamais eu de problèmes de violences homophobes, il dit quand même craindre des actions de la part des skinheads samedi prochain. Si de nombreux gays sont encore indécis sur leur participation à la marche, les organisateurs de la Moscow Pride ne se découragent pas. Ils ont réitéré leur demande d'autorisation pour manifester. Sans succès pourtant: trois requêtes distinctes de piquets, qui ne mentionnaient pas la gay pride, avaient été déposées il y a deux jours mais elles ont été toutes refusées par la mairie. Et un rassemblement illégal de skinheads a été annoncé sur le site d'une organisation néonazie. Il est prévu pour samedi à 15 heures dans la rue Tverskaïa, en plein cœur de Moscou, entre la Douma et l'Hôtel de Ville. De son côté, le maire de Berlin, Klaus Wowereit, aurait écrit une lettre à son homologue moscovite Youri Loujkov, afin de lui demander d'assurer la sécurité des gays qui braveraient son interdiction. D'ici là , les participants devraient assister demain vendredi à une conférence sur la lutte contre l'homophobie, organisée en collaboration avec Idaho. Des appels à sponsors sont envoyés un peu partout: à l'heure actuelle, le festival accuse un déficit de 20.000 euros, prix à payer pour assurer la sécurité privée des participants dans un lieu géré par un entrepreneur étranger. Photo Fabrice Dimier











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