Moscow Pride: Nicolaï Alekseev leader gay malgré lui
Devant le mutisme des autorités, le besoin d'organisation des gays et des lesbiennes russes se fait de plus en plus criant.
Moscou, de nos envoyés spéciauxLes organisateurs de la Mocow Pride ont pour l'instant réussi leur premier pari: attirer des militants, même si on voit plus de figures LGBT occidentales comme Peter Tatchell (Outrage!), Robert Wintemute ou Louis-Georges Tin d'Idaho que des personnalités locales. De nombreux Français sont présents, dont Jean-Luc Romero (ELCS), Philippe Lasnier (conseiller du maire de Paris pour les questions homos mais venu à titre personnel), et surtout Clémentine Autain, adjointe au maire de Paris. Tous ont fait le déplacement afin de soutenir les militants russes dans leur démarche si singulière. Au 12 Volts, un bar mixte du centre-ville, on commence aussi à voir arriver quelques homos venus spécialement pour l'occasion. Le public habituel reste relativement étranger à l'initiative et s'inquiète surtout de ce qui pourrait se passer lors d'une hypothétique marche. Aidé dans la traduction par son ami Igor, un gay blond aux yeux bleus, Ruslan, le webmestre du site d'information gayrussia.ru, ne voit pas réellement l'intérêt d'organiser une manifestation pour dire qu'il est gay. Originaire de Kazan, une ville d'un million d'habitants à 800 km au sud de Moscou, Ruslan est Tatar et orthodoxe. Il participera à l'événement "parce que je n'ai pas le choix", dit-il en riant. Les organisateurs sont ses amis. "Mais mes parents sont déjà au courant, on n'en parle pas, c'est tout. Cela ne sert à rien. J'ai peur que l'on me voie à la télé et que mon ami ait des problèmes à Kazan. Mais ce n'est pas plus difficile d'être Tatar et gay que Russe et gay. Moi je trouve mon bonheur dans ma foi orthodoxe, cela me suffit, je n'ai pas besoin d'être visible en tant qu'homosexuel. Et mon Église n'est pas contre les homosexuels, elle est contre l'homosexualité, cela n'est pas pareil." Même si cette frilosité rend triste Nicolaï Alekseev (photo), l'organisateur de la gay pride et du festival la comprend: "Je ne veux blâmer personne. Je crois juste que les gays se trompent. Ils ont peur et ont peu d'espoir de voir changer les choses dans ce pays. Ils sont désespérés et ne croient même pas en leur propre identité. Avoir sa vie privée, c'est une chose, mais pouvoir parler de son homosexualité en public, c'est très important. Or c'est maintenant que cela se joue. C'est pour cela qu'il faut venir à la première marche russe. Car si on réussit, dans quelques années, la gay pride passera comme un événement annuel parmi tant d'autres et plus personne ne se rappellera qu'on s'est battu pour cela." Parade ou pas, Nikolaï Alekseev est tout de même impressionné par les résultats engrangés après un an de bras de fer. "Le fait que nos opposants viennent jusque dans la salle de conférence nous lancer des œufs (lire Quotidien du 26 mai) montre à quel point ils sont désespérés. Ils ont peur parce qu'ils voient qu'on ne cédera pas. Ils savent qu'ils ont déjà perdu, parce que les journaux n'ont jamais autant évoqué l'homosexualité que lors de ces dix derniers mois. Au mieux c'était l'indifférence, au pire les journalistes exprimaient des points de vue homophobes. Aujourd'hui, ils sont plus nuancés, certains comprennent nos revendications." Nikolaï Alekseev se retrouve de fait dans un rôle de leader qu'il n'avait pas forcément souhaité, mais qu'il assume jusqu'à la fin des événements dont l'incertitude le plonge dans une tension extrême. Hier soir, les écoliers russes fêtaient leur dernier jour d'école et les trois mois de vacances scolaires à venir. Le pays était bien loin des préoccupations qui occupent ses militants gay et lesbiens.Photo Fabrice Dimier











